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Les anciennes et les futures explorations. — Les trois routes du pôle. — Le détroit de Smith, — Le détroit de Behring. — Entre le Groënland et la Nouvelle-Zemble, — L'expédition allemande, — Le capitaine Nares. — L'expédition autrichienne. — Les projets de Gustave Lambert. — Coup d'œil rétrospectif. — Wrangel et sa mer libre. — Avenir des expéditions futures. — Création de stations fixes pour le ravitaillement des navires, — Expédition du lieutenant Schwatka.
Les voyages de Kane, de Hayes, du capitaine Nares, au nord du détroit de Smith, de Weyprecht et Jules Payer dans les eaux de la Nouvelle-Zemble, ont prodigieusement agrandi nos connaissances sur la configuration des terres et des mers arctiques situées au nord de la mer de Bañffin, c’est-à-dire aux limites extrêmes du continent américain, et au nord de l’Europe.
Dans l’autre hémisphère, un de leurs émules, le capitaine américain Long, commandant le baleinier /e Ni7, entré par le détroit de Behring dans l’océan Glacial, au mois d’août 1867, prétend avoir reconnu, à environ soixante-dix milles au nord du cap Yakan, « une vaste terre couverte de verdure où se jouaient des morses et des phoques ».
L’amiral Kellet fut le premier homme blanc qui vit cette terre, — en 1849. Le capitaine Long avait recommandé instamment le choix du détroit de Behring pour une expédition au pôle. Cette voie a été suivie par l'expédition envoyée par sir Gordon Rennet dans les mers arctiques. La Jeannette dont l'objectif principal était la terre de Wrangel ou celle de Kellet n’a pas réussi dans son entreprise.
On se rappelle que ce navire, brayé dans les glaces, a été abandonné par son équipage, dont une partie a péri misérablement sur les côtes de la Sibérie,
Enfin, une troisième route, celle qui pourrait permettre de s'élever
au nord dans le large espace qui s'étend entre le Groënland et la Nouvelle-Zemble, a été aussi étudiée par Auguste Petermann. Longtemps, le savant géographe allemand médita l'exécution de ce voyage. Il s'était décidé pour la voie du Spitzberg, en se fondant surtout sur la tentative faite en 1827 par le capitaine Parry, tentative qui fit concevoir tant d’espérances sur la solution de la question dont nous nous occupons. La pointe la plus avancée du Spitzberg vers le pôle, le cap Hakluyt, n’est qu'à 600 milles environ du pôle.
L'expédition allemande partit de Bergen, en Norvège, au mois de mai de l’année 1869.
Le navire /« Germania était un bâtiment à vapeur jaugeant 90 tonneaux, ayant un équipage composé d’une quinzaine de marins brêmois. Ce n’est certes pas le manque de prévoyance qui à fait échouer l’entreprise : tout avait été sagement administré. Mais cette année-là, les parages du Spitzberg et du Groënland se montrèrent exceptionnellement défavorables à la navigation. La mer se trouva fermée par une barrière de glace infranchissable, et la Germania ne put atteindre que le 81° degré 5 minutes. Cette latitude n'avait, du reste, été dépassée jusque-là que dans la tentative faite en traîneaux par Édouard Parry. Le 10 octobre la Germania rentrait au port de Brême.
La /lansa, envoyée aussi par M. Petermann sur la côte orientale du Groënland, rencontra des difficultés du même genre.
Depuis, Hall, en septembre 1871, en longeant la côte occidentale du Groënland, n’a dépassé le 82° degré que de quelques minutes ; de même Payer et Weyprecht, en avril 1874, au nord de la Nouvelle- Zemble, dans le voyage qui leur fit découvrir la terre à laquelle ils ont donné le nom de François-Joseph. Le capitaine Nares en s’avancant en traîneaux à l’imitation de Parry est arrivé si près du pôle nord qu’il n'avait plus que 170 lieues environ à parcourir pour l’atteindre. On est infiniment moins avancé du côté du pôle sud où les glaces forment des amoncellements bien autrement considérables ; là, on n’a pas encore franchi le 78° degré; 300 lieues séparent donc de l’axe terrestre les régions connues de l’extrémité méridionale du globe.
Rappelons brièvement les conditions dans lesquelles le capitaine Lambert voulait accomplir son expédition.
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de neige,
Fig, 68. — Les marins de Ja ZZansu sous les tourbillons
Gustave Lambert, persuadé que le plus grand danger de la navigation dans les mers arctiques est créé par les montagnes de glace flottantes qui peuvent à tout moment broyer un navire, avait choisi une autre voie que celle des détroits du nord de l'Amérique. Les iceberes se formant aux bords des côtes, le capitaine Lambert formulait cet axiome : € Fuir les terres. » Le détroit de Behring, par
Fig. 69, — Résidence d'automne de Schawtka sur la terre du roi Guillaume,
où il voulait pénétrer dans la mer polaire, lui permettait, croyait-il, de se tenir éloigné de tout rivage. L'expédition de la Jeannette et, si l'on veut, celle du Rodgers, — navire envoyé à la recherche de la Jeannette, — n’ont pas réalisé les espérances du capitaine Lambert. Il convient de dire cependant que les marins du ÆRodgers ont visité pour la première fois la terre de Wrangel : c’est ainsi qu'on avance toujours plus vers le point central.
Le capitaine Lambert se faisait évidemment illusion sur cet espace d'eaux libres que les Russes ont appelé Polynia; c'était, selon lui,
l’un des chemins du pôle. Notre regretté compatriote plaçait son projet sous la protection d’un grand nom, en affirmant que Cook avait indiqué le détroit de Behring comme la véritable route du pôle nord et que la mort empêcha seule lillustre navigateur de changer cette hypothèse en certitude.
En jetant un rapide coup d'œil sur les principales tentatives faites
Fig, 70, — Résidence d’été de Schwatka.
Jusqu'ici, et en réunissant les observations recueillies, nous avons essayé d'établir quelles conditions de succès sont offertes aux promoteurs d'entreprises nouvelles.
Mais combien on perd de temps à chaque expédition nouvelle à refaire une route déjà faite tant de fois, à poursuivre un but déjà atteint; que de fatigues et quel mauvais emploi des forces! C’est souvent à l’état d’épuisement que l’on entreprend de pousser plus loin cette recherche fiévreuse que les devanciers ont abandonnée malgré
eux, et qu'on abandonnera soi-même après avoir poussé un peu plus avant la solution des problèmes. Mais à peine est-on arrivé qu'il faut songer à se ménager la possibilité du retour. C’est cette préoccupation qui est fatale. S'il existait à proximité des régions encore inconnues du pôle un ou plusieurs établissements fixes pouvant servir de bases d'opération, les expéditions se perpétueraient pour ainsi dire et l'énergie des hommes de bonne volonté donnerait des résultats chaque jour plus marqués.
On a donc songé à établir sur tous les points où l’on est déjà parvenu, sur ceux du moins où il est sinon facile, du moins possible de parvenir, des stations, des postes à demeure, au cap Shéridan par exemple, et encore au Spitzberg. De la sorte, la recherche se dédoublerait; et en se dédoublant les chances de succès s’accroîtraient singulièrement. Des navires partiront sans cesse des ports. de l’Europe et de l’Amérique et ravitailleront ces postes ; ils renouvelleront les instruments de toute sorte et de toute nature, les barques, les traineaux, les chiens pour les mener ; ils amèneront des marins, des savants, appelés à remplacer les hommes épuisés par la rigueur du climat, découragés ou saisis de la nostalgie de la lumière et de la chaleur, et ces hommes nouveaux, poursuivant avec des ressources inépuisables les explorations commencées, avanceront sûrement sans trop de mécomptes ; chaque année marquera une étape, peut-être an succès ; avec le temps, les stations se multipliant, le pôle sera comme cerné, bloqué, et enfin conquis. On s’avancera d’un côté par les détroits de Smith, de Kennedy et de Robeson, — qui se font suite, — de l’autre par la rive occidentale du Groënland ; ici par le Spitzberg et la terre François-Joseph ; là par la Nouvelle-Zemble; le détroit de Behring ouvrira lui-même sans doute ses champs de glaces impénétrables.
La bonne direction donnée à son entreprise par le lieutenant Schwatka, lors de sa recherche, sur le littoral du Groënland, d'indications propres à nous fixer définitivement sur le sort des compagnons du capitaine Franklin, accusent un progrès notable et de bon augure dans la science des voyages aux régions polaires.