NÉE
Le pôle austral. — Sa ressemblance physique avec le pôle boréal. — Point par lequel il diffère essentiellement. — Dumont-d'Urville. — Sir James Ross. — Les volcans « Erebus » et € Terror ». — Les deux & glacières » des pôles et le futur déluge.
Le pôle austral a de si nombreuses ressemblances avec le pôle boréal qu'il doit trouver sa place ici si nous ne voulons pas nous exposer à répéter ce que nous avons dit sur la nuit polaire, le froid, les glaces, et surtout ces tempêtes durant lesquelles les vagues s'élèvent à une hauteur effrayante, déferlant par-dessus les montagnes de glace les plus hautes, précipitant et brisant ces masses énormes l’une contre l’autre, puis les engloutissant sous une couche épaisse d’écume blanche pour les lancer de nouveau dans l’air et les choquer sans répit avec une violence épouvantable.
Il y à pourtant une différence essentielle entre les deux pôles, c’est qu'on ne connaît aucun habitant dans les terres du pôle sud. Ni Cook, ni les baleiniers, ni Charles Enderby, ni le lieutenant Wilkes, de la marine américaine, ni le capitaine Dumont-d’Urville, ni, après lui, James Ross, — qui, le premier, s’est avancé au delà des limites de la vie végétale, — n’ont signalé d’indigènes sur les terres qu’ils ont découvertes.
« Le danger qu’on court à reconnaître une côte, dans ces mers inconnues et glacées, est si grand, disait le capitaine Cook dans la relation de son deuxième voyage, que j'ose avancer que personne ne se hasardera jamais à aller plus loin que moi, et que les terres situées tout à fait au sud, — s’il y en a, — ne seront jamais reconnues. Les brumes y sont trop épaisses, les tourmentes de neige trop fréquentes, le froid trop aigu, tous les dangers de la navigation trop multipliés. L'aspect
des côtes, plus horrible qu'on ne peut l’imaginer, accroît encore ces difficultés. Ces régions sont condamnées par la nature à ne jamais sentir la chaleur des rayons du soleil et à rester ensevelies sous d’éternels frimas. »
Le sillage des navires de Cook a néanmoins laissé une trace que d’autres explorateurs ont suivie. Le drapeau de la France a été planté sur les terres antarctiques par notre illustre Dumont-d’Urville.
Le capitaine Cook, dont les travaux sont venus en aide à ses émules, n'avait rien exagéré. Dumont-d’Urville a raconté toutes les difficultés qu'il a vues surgir devant lui : les îles de glace, falaises dangereuses ne pouvant qu’entraîner à sa perte le navire qui fût venu un seul instant y chercher un abri contre le vent, des murailles droites dépassant de beaucoup lamâture des deux bâtiments de l'expédition : il fallait s’y aventurer comme dans les rues étroites d’une ville de géants, ville ruinée aux toits surplombants. Dans l’épaisseur de ces glaces la mer s’engoufirait avec fracas dans de vastes cavernes ; mais comme dédommagement le soleil d'été dardait ses rayons obliques sur d'immenses parois de glace, semblables à du cristal, produisant des effets d'ombre et de lumière vraiment magiques et saisissants.
Malgré de tels obstacles, accumulés en si grand nombre qu’il n’a pas encore été possible de s’avancer aussi près de ce pôle qu’on l’a fait au pôle nord, sir James Clark Ross à vu, dans les terres antarctiques, des volcans trois ou quatre fois plus élevés que l’Hécla.
Dans la nuit du 27 janvier, mois qui correspond au mois de juillet de France — le capitaine Ross avait jeté l'ancre au milieu d’une mer libre de glaces ; lorsque le jour parut il fut extrêmement surpris de trouver devant lui une montagne s’élevant à plus de douze mille pieds de hauteur au-dessus du niveau de la mer, et qui vomissait d’épais tourbillons de flammes et de fumée.
I appela ce volcan le mont Erebus et il donna le nom de Terror à un autre volcan éteint, situé à l’est du mont Erebus. « La mer et le ciel, écrivait alors sur son journal sir W. Hooker, le savant naturaliste de l'expédition, étaient d’un bleu aussi beau et même plus foncé que celui qu'ils ont sous les tropiques ; toute la côte ne formait qu’une masse de pics de neige, d’une blancheur éblouisante qui, au moment où le so-
Cravé par RHausermann
Fig. 72. — Carte du pôle austral.
leil approcha de l'horizon, prirent des teintes jaune d’or et écarlate de l’éclat le plus brillant : alors s’éleva du cratère une épaisse colonne de fumée, au centre de laquelle étincelait un jet de flammes, la moitié noire comme la nuit la plus obscure, l’autre moitié éclairée par les rayons du soleil; et parfois, quand elle était parvenue en ligne droite à une certaine hauteur, un coup de vent la renversait à angle droit et l’emportait, en l’éparpillant, à une distance de plusieurs milles. Il est impossible de se faire une idée de la grandeur d’un pareil spectacle. »
Le navigateur anglais ne s’est arrêté dans sa course hardie que devant une muraille de glace de cent à cent cinquante pieds de hauteur qui, sur une étendue de cinq cents milles, présentait un obstacle absolument infranchissable.
Suivant M. Adhémar, l’ingénieux auteur de la théorie des déluges périodiques, la « glacière » du pôle austral n’aurait pas moins de mille lieues de diamètre sur vingt lieues d'épaisseur. Si les calculs de M. Adhémar sont justes, l'accumulation incessante de ces glaces éternelles doit, dans l’espace de dix mille cinq cents ans, déterminer le déplacement du centre de gravité de la terre et l’irruption diluvienne des eaux d’un hémisphère dans l’autre. Nous y marchons. Mais qu’on se rassure ; nous avons encore une belle marge!