Les conventionnels
Les listes des députés à la Convention sont nombreuses ; mais il n'^n existe pas deux de tous points identiques. Cette diversité provient de plusieurs causes. Beaucoup d'inexactitudes sont imputables à la négligence des auteurs : certains noms ont été omis par eux, d'autres dénaturés; ainsi se sont produites des confusions ou des erreurs multiples. Si on consulte notamment les doubles listes, alphabétique et par ordre de départements, placées en tête des almanachs nationaux de 1793, de l'an II et de l'an III, on remarquera bien vite, non seulement que ces états diffèrent d'une année à l'autre, ce qui se comprend sans difficulté, la composition de l'Assemblée ayant été profondément modifiée dans l'espace de quelques mois, mais encore que les deux listes du même almanach ne concordent pas entre elles. Certains noms inscrits dans la liste alphabétique ne se retrouvent plus dans le classement géographique, et réciproquement.
Cette observation s'applique également aux nombreux tableaux des députés à la Convention, au nombre de dix ou douze, publiés pendant la durée des travaux de l'Assemblée. Sans doute, certaines nomenclatures sont moins défectueuses que d'autres; mais il n'en existe pas une
II AVERTISSEMENT
seule qui mérite pleine confiance. On pourrait adresser les mêmes critiques aux publications plus récentes, notamment aux listes imprimées, soit dans les j^rands dictionnaires historiques et encyclopédiques, soit dans les revues spéciales (i).
Cependant il y aurait des distinctions à établir entre les derniers travaux, et il faut reconnaître que de sérieuses tentatives ont été faites en ces derniers temps pour sortir de ce chaos. Si le résultat n'a pas entièrement répondu aux efforts des historiens qui ont tenté de donner une liste définitive des Conventionnels, c'est que l'entreprise présentait des difficultés presque insurmontables pour quiconque ne disposait pas de certaines sources particulières d'information et n'était pas résolu à user d'une extrême circonspection.
Tout d'abord, personne n'ignore que la Convention, qui tint sa première .séance le 20 septembre 1792, pour se séparer le 4 brumaire an IV (26 octobre 1795), fut profondément modifiée dans sa composition, pendant la durée de son existence, par suite de ses dissensions intestines, des proscriptions, des décès et des démissions. La lisfe des députés au 1" janvier 1793 diffère donc sensiblement de celle du i" janvier 1794, et encore davantage de celle du 26 octobre 1795. C'est ce qui justifie, en partie du moins, les divergences que présentent les almanachs nationaux contemporains de la Révolution.
De plus, le mode de remplacement des députés n'était pas le même à cette époque qu'aujourd .lui. Lorsqu'une vacance venait à se produire, il n'était pas besoin, pour la combler, de recourir à des élections partielles, puisque, lors des élections générales, le corps électoral non seulement avait pourvu à la nomination des députés titu-
(i) On trouvera en appendice un tableau bibliographique des listes des Conventionnels publiées jusqu'à ce jour. On remarquera que bon nombre de ces listes contiennent des noms qui n'ont jamais appartenu à des Conventionnels, comme Cavenelle, J. Fenède, Joël Barscow.
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laires, mais avait en même temps désigné des suppléants destinés à prendre la place de ceux qui viendraient à disparaître. La règle ordinaire, qui subit d'ailleurs plusieurs exceptions, était de nommer un suppléant pour trois députés, ou une fraction inférieure à trois. Ainsi, les départements dont la représentation comprenait quatre, cinq ou six députés, nommaient deux suppléants; ceux qui comptaient de sept à neuf députés, avaient trois suppléants, et ainsi de suite. Paris, représenté par ving^quatre députés, élut donc huit suppléants.
Parmi les départements qui dérogèrent à la règle générale, le cas le plus étrange est celui de Seine-et-Marne. Ce département, nommant onze députés, avait droit à quatre suppléants; il en désigna un nombre égal à celui des députés ; les Bouches-du-Rhône eurent dix suppléants pour douze députés. On ne doit pas oublier enfin que les démissions données après la clôture des opérations électorales par des députés élus à leur insu provoquèrent, dès le mois d'octobre 1792 (i), un décret ayant pour but de combler les vides causés par ces refus dans la représentation nationale.
Beaucoup de ces suppléants, nommés dès le début ou lors des élections supplémentaires, prirent place à la Convention. Sur près de trois cents suppléants élus, plus de cent soixante-dix furent appelés à siéger. Et encore, dans ce nombre ne compte-t-on pas ceux qui remplacèrent les députés ayant refusé d'accepter le mandat avant même la clôture des opérations électorales.
(1) Voici l'extrait du procès-verbal de la séance du 6 octobre 179a {p. 191% relatif à ces élections complémentaires : » Un membre observe <« que la plupart des départements ont nommé à la Convention nationale « des citoyens absens qui, depuis la séparation des assemblées électorales, « ont ou refusé d'accepter, ou déclaré leur précédente acceptation dans « quelqu'autre département. Il demande que les assemblées électorales, « lors de leur prochaine réunion, soient autorisées à nommer un nombre <v de suppléants égal à celui des députés qui pourraient avoir donné leur « démission, ou refusé d'accepter.
« Cette proposition est décrétée. »
IV AVERTISSEMENT
Ces derniers, qu'on peut considérer plutôt comme non acceptants que comme démissionnaires, ne sauraient figurer à un titre quelconque parmi les membres de la Convention. Il importait toutefois de les signaler en les distinguant soigneusement de ceux de leurs collègues qui ne donnèrent leur démission qu'après la cl«*»ture des premières opérations électorales et qui, sans avoir jamais siégé, figurèrent cependant au début sur la liste officielle des députés du département où ils avaient été nommés.
A cette seconde catégorie appartiennent naturellement les députés élus dans plusieurs départements (i). Si quelques-uns, informés en temps opportun, firent connaître leur refus au cours des élections, la plupart ne purent se prononcer qu'après la clôture des opérations. Dans ce cas, les suppléants furent appelés de suite pour compléter la représentation de leur département.
Les détails dans lesquels on vient d'entrer suffisent
(i) Voici la liste des d»5putés dlus dans plusieurs départements :
Les italiques désignent les départements pour lesquels optèrent les députés nommes plusieurs fois.
Carra, élu sept fois : Bouches-du-Rh6ne, Charente, Eure, Loir-et-Cher, Orne, Saâic-ct-Loire, Somme.
CoNDORCET, élu Cinq fois : Aisne, Eure, Gironde, Loiret, Sarthe.
Dubois dk Crancé, élu quatre fois : ArAcnncs, Bouches-du-Rhône (i" suppléant», Isère, Var.
Paine (Thomas^ élu quatre fois : Aisne, Oise, Pas-de-Calais, Puy-de- Dûme.
Brissot, élu trois fois : Eure, Eure-et-Loir, Loiret.
SiEYEs, élu trois fois : Gironde, Orne et Sarthe.
Les douze députés suivants furent élus dans deux départements :
Barere : Seine-et-Oise, Hautes- Pyrénées.
Albitte aîné : Eure, Seine-Inférieure.
Cloots : Oise, Saône-et-Loire.
Crassous : Charente-Inférieure (j= suppléant), Martinique.
GoRSAS : Orne, Seine-et-Oise.
HÉRAULT-SÉCHELLES : Sommc, Seine-et-Oise.
Lanthenas : Haute-Loire, Rhône-et-Loirc.
Marquis : Loiret (i" suppléant), Meuse.
Mercier : Loir-et-Cher (!«■■ suppléant), Si,'t«t:-e/-0/s<r.
Merlin (de Thionville) : Somme, Moselle.
Priestley : Orne, Rhône-et-Loire (refuse.
Robespierre aîné : Pas-de-Calais, Paris.
En tout, dix-huit députés obtiennent cinquante nominations, dont trois en qualité de suppléants.
AVERTISSEMENT V
déjà pour faire apprécier les difficultés multiples que rencontre rétablissement d'une liste exacte et définitive des Conventionnels, et nous n'avons pas fini ! Qu'on n'aille pas s'imaginer que ces explications sont superflues et ne servent qu'à mettre en relief le mérite de l'auteur. Elles sont, croyons-nous, absolument indispensables pour montrer l'origine des erreurs commises et faire sentir les précautions, la prudence qu'exige la préparation d'un relevé si simple en apparence.
Et, de fait, je n'ai jamais entrepris, pour ma part, un travail, quel qu'il soit, aussi compliqué que celui-ci. L'abondance même des textes officiels, souvent en contradiction formelle les uns avec les autres, condamne celui qui cherche la vérité à des hésitations perpétuelles. Un document qui paraît décisif, irréfutable, est parfois entaché d'erreur. N*ai-je pas été amené à constater qu'un député des Ardennes (i) qui avait pris séance dès l'ouverture de la Convention, qui n'avait cessé de siéger régulièrement, qui avait répondu à toutes les questions lors du jugement de Louis XVL était désigné dans le procès-verbal officiel du 12 juin 1793 (page 246) comme suppléant appelé à remplacer à cette date un de ses collègues du même département ?
Pour dresser une nomenclature définitive et complète des Conventionnels, il fallait donc laisser de côté les listes existantes et recourir aux documents originaux, les contrôler sans cesse les uns par les autres, et, en cas de contradiction, appeler la critique à son aide pour décider entre des affirmations opposées.
(l'i II s'agit de Jacques Blondel. i*' suppléant des Ardennes, qui siégea dès le début en remplacement de Raux, ancien Constituant, non acceptant. D'ailleurs le véritable rang de Blondel parait avoir été ignoré môme de ses contemporains. Sur les listes des députés des Ardennes, lors de l'appel nominal pour le jugement de Louis X\'l, il figure avant tous ses collègues, tandis que le premier député est réellement Dubois de Crar.cé. Ce n'est qu'après bien des recherches que je suis parvenu à établir positivement que Blondel avait été élu !«' suppléant et avait siégé dès le début aux lieu et place de Raux.
VI AVERTISSEMENT
Le document qui devait servir de base à ce travail minutieux se trouvait tout naturellement indiqué. Il était alorsenjoint aux députés de se présenter après leur élection aux archives de l'Assemblée, où l'exact Camus inscrivait sur un registre destiné à cet usage les noms, prénoms et domiciles des représentants, en les faisant suivre de la date de l'enregistrement de l'acte d'élection et de celle de la comparution aux Archives. La déclaration était signée du déposant à qui l'archiviste remettait un certificat attestant que la formalité de l'inscription avait été remplie.
Si tous les Conventionnels avaient obéi à cette sage prescription et en avaient surveillé soigneusement l'exécution, bien des erreurs eussent été évitées. Mais tous ne se sont pas également piqués de ponctualité. C'est ainsi que beaucoup d'indications non signées sont sujettes à caution. De plus, les suppléants qui n'avaient pas de motif de se rendre à Paris dès le début de l'Assemblée, puisqu'ils ne furent appelés que plus tard et successivement, furent inscrits d'office, de sorte que leurs prénoms manquent souvent et que l'orthographe de leurs noms présente beaucoup d'inexactitudes.
Quoi qu'il en soit, le registre d'inscription des députés est un document d'une réelle valeur; dans la plupart des cas il mérite confiance et doit faire autorité. Il offre de plus cet avantage de nous avoir conservé la signature officielle en quelque sorte des comparants. Or, nous remarquerons bientôt que nombre de noms sont mal orthographiés sur beaucoup de listes et sont encore imprimés inexactement chaque jour. Il y a des habitudes prises contre lesquelles on aura beaucoup de peine à réagir.
Nous nous sommes attaché à reproduire l'orthographe du nom telle qu'elle résulte de la signature apposée sur le registre d'inscription, en comblant les lacunes de ce registre avec des documents empruntés aux archives de l'Assemblée, lettres, feuilles de présence, appels nomi-
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naux, etc. Sur le registre en question, il manque environ i86 signatures : 84 de députés, 102 de suppléants, La presque totalité des suppléants non comparants n'a jamais siégé. Sur les 84 députés qui n'ont pas signé, 36 ont refusé le mandat, ou ont opté pour un autre département que celui où leur signature fait défaut. Il restait donc à vérifier l'orthographe d'une cinquantaine de noms, que nous avons tous retrouvés, soit dans les pièces officielles, soit dans des collections particulières.
Ajoutons que M. Etienne Charavay, qui connaît comme personne au monde le personnel des hommes de la Révolution, a bien voulu revoir l'orthographe de tous les noms et ajouter à nos notes les renseignements que sa longue étude du sujet lui a permis de réunir. Nous ne saurions trop le remercier de ce précieux concours.
Il n'est que juste de reconnaître ici que la lourde tâche que nous imposait la multiplicité des vérifications minutieuses exigées par ce travail, a été singulièrement allégée par le concours efficace et assidu que nous a prêté, pendant toute la durée des recherches, c'està-dire durant plus de quatre mois, notre soigneux collègue M. Alexandre Tuetey, sous-chef de section aux Archives nationales.
Pour donner quelques exemples des erreurs le plus communément répandues, nous citerons Chaudron-Roussau que tous les historiens écrivent Chaudron-Rousseau. Saliceti signe toujours avec un seul t, et Arrighy termine son nom par un y qui fait une singulière figure dans une désinence italienne. I.e nom de Jeanbon Saint-André est toujours écrit par les historiens en quatre mots, tandis que ses signatures réunissent toujours les deux premières syllabes. Que de fois encore a-t-on imprimé Hermann pour Ehrmann !
Cette reproduction exacte de la forme véritable des noms a souvent une réelle importance pour éviter les confusions entre plusieurs députés se nommant de
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même. Elle permettra de distinj^uer Coupé de l'Oise de Couppèdes Côtes-du-Nord. Dans les Houchcs-du-Khône, figure Moyse Bayle à côté de Pierre-Marit; liaille ; comment les reconnaître si on ne respecte pas l'orthographe de leurs noms? Et nous avons pu constater que, dans les pièces imprimées du temps de la Révolution, le peu de soin qu'on a pris de respecter cette orthographe des noms propres est une cause de confusions perpétuelles.
On trouvera peut-être que c'est pousser le scrupule de l'exactitude au delà de ses dernières limites que de reproduire les accents et les trémas des signatures originales. Il nous a semblé pourtant queces minuties n'étaient pas tout à fait indifférentes. Parfois un tréma nous donne la prononciation ancienne. Ainsi, on détachait évidemment l'i, en prononçant le nom de Laplaigne, député du Gers. Pâcrôs, qui a toujours soin de surmonter les deux voyelles de son nom de deux sortes d'accent circonflexe, ne nous indique-t-il pas ainsi que ces deux voyelles sont longues et que la voix doit traîner en les prononçant? On remarquera encore combien l'accent grave est rare en 1792; dans bien des cas où nous l'employons sans hésiter, on ne rencontre que l'accent aigu.
Un certain nombre de députés portaient, suivant un usage répandu dans quelques régions, un double nom, comme Chaudron-Roussau, par exemple. Quand les deux noms figurent à la signature, pas de difficulté ; mais si le député ne signe que d'un seul, nous avons inscrit à la suite la seconde partie du nom sous lequel il est généralement connu, en l'enfermant entre crochets [ ].
Cette indication était indispensable pour permettre de retrouver certains députés désignés quelquefois sous leur appellation la moins usuelle. Tout récemment un certain Lonchamp, en mission dans le Calvados, a intrigué longtemps un de nos écrivains les plus versés dans l'histoire révolutionnaire. Comment le reconnaître en effet, si l'on
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ne sait que Jouënne, du Calvados, s'appelait Jouënne- Lonchamp et sig^nait quelquefois de son double nom, mais jamais Lonchamp tout court? De plus, bien peu de listes imprimées, s'il en est, le nomment autrement que Jouënne. Aucune ne cite un Lonchamp.
Il arrive parfois que le même individu a changé de signature dans le cours de sa carrière. Le fait est rare, mais il s'est produit, et les exemples ne seraient pas difficiles à citer. Avions-nous à tenir compte de ces différences? Cette recherche nous eut entraîné bien loin, sans grand profit. Encore n'aurions-nous jamais eu la certitude d'être complet. Ce qui importait, c'était de déterminer l'orthographe des noms propres et leur véritable forme au début de la Convention ; or, tous les documents que nous avons mis à contribution, en dehors du registre d'inscription, sont à peu près de la même date, c'est-à-dire delà fin de 1792, de 1793 ou de 1794. On verra, par l'examen de ces listes, avec quel soin les députés appartenant à l'ancienne noblesse retranchent ou dissimulent la particule nobiliaire, vestige de leur ancienne qualité.
Pour faciliter les recherches, nous avons multiplié les renvois dans le classement alphabétique, afin que lorsqu'un député se trouve désigné par un seul de ses noms, fût-ce le moins usité, il puisse être facilement identifié.
La nécessité de ce travail un peu méticuleux nous a été démontrée par l'examen attentif des procès-verbaux imprimés de la Convention et de la table encore manuscrite de ces procès-verbaux qu'il serait bien utile de faire paraître, en plaçant en tête la liste des Conventionnels, suivant la règle suivie pour les autres tables déjà publiées des Assemblées révolutionnaires. Or, dans les procès-verbaux officiels, se rencontrent constamment des noms de députés presque méconnaissables. L'établissement d'une liste bien complète, donnant l'orthographe exacte, était le seul moyen de déterminer les noms répétés sous deux