LE GAROU
n est de tradition, dans ma vieille Bretagne, que guiconque voit des malfaiteurs, truands, mignons de la route , bohémiens ou sorciers, voler, tuer un homme, violer une tombe pendant la nuit, et ne porte pas secours, ne crie pas ou n'avertit pas, est, par le fait même, condamné à porter le Garou.
Mais, dira-t-on, qu'est-ce que le Garou?
Ce n'est ni plus ni moins que l'auteur des maux, que le d^le lui-même dans im pot noir, lequel pot noir est dans un panier. Le coupable est forcé de porter tout cela sur sa tête, le long des chemins, pendant les nuits.
Dans les chemins droits, tout va bien, tout est calme: le diable reste coi dans son pot comme un petit lapin ; mais il ne dort pas , pas plus que son triste porteur contraint, hélas I comme le Juif errant, de marcher toujours.
En marchant ainsi, il peut causer avec un voisin,
avec un voyageur, s'il en rencontre, et avec un ami, si dans son malheur, il en a.
Il peut lui raconter ses peines et recevoir des consolations.
Mais s'il est honnête encore, s'il lui reste un bon cœur, s'il ne veut pas causer la perte du bon samaritain qui veut bien l'entretenir un instant et lui tenir compagnie, il doit avoir soin de l'avertir et de lui dire : « Sauvez-vous ! » dès qu'il arrive à une croix ou à un embranchement de chemins.
Connue c'est là , généralement, que se sont faits ou se font les vols ou les meurtres , le diable s'y relève, comme sur son théâtre. Sortant de son pot ou de sa chaudière druidique, il s'allume à grand bruit, éclate en mille éclairs dans le carrefour et autour de la tête de son infortuné porteur : il cherche qui dévorer.
Cette sortie faite, le diable rentre au pot, et le patient continue sa marche dans la nuit en poussant sur les bruyères et sous les bois son cri sinistre : Gare î-hou !
On dit même que soiwent il prolonge sa huchèe celtique et crie plusieurs fois: hou! houl... l'écho répond d'au loin et attriste le bruit.
Et moi aussi, je vois des méchants sur la route; la route n'est pas sûre; le gendarme n'y passe pas, et les méchants sont en bandes. Ce n'est point qu'ils soient sorciers, tant s'en faut, mais ce sont de vieux routiers, connaissant plus d'un tour.
En effet, tous ces étourdis qu'on dirait jeunes aux folies qu'ils font, sont à peu près de la même jeunesse que moi. Malgré leurs fausses gambades, ils s'en vont tous, clopin-clopant, de la cinquantaine à la soixantaine et même au delà.
Par leurs indignités envers la tombe, quel exemple donnent ces pauvres vieux à la jeunesse qui nous regarde et nous pousse , comme si elle était déjà si disposée à respecter ce qui est ancien?
Ce que nous faisons à nos prédécesseurs nous sera rendu, et comme nous n'aurons pour nous défendre que de misérables œuvres et un renom de jalousie , de méchanceté, que sera-ce de nous ?
Mais nous nous occupons bien de cela I Nous nous croyons admirables, tout en étant nuls, et irréprochables, tout en ne cherchant qu'à mal faire.
Ainsi, les méchants sont nombreux sur le irimar, comme dirait Hugo ; la voie pas sûre. Ils la barrent en se donnant le mot d^ordre et la main.
Il y en a de toutes les espèces, de toutes les couleurs. J'y vois des abbés plus ou moins défroqués, des professeurs manques plus ou moins, des hommes de tous les serments, de toutes fidélités, de tous les dévouements.
J'y vois des dévots, et, ô surprise ! l'exterminateur des mécréants, le chevalier, le saint Michel de l'Immaculée Conception , le parangon de toute bonne doctrine, l'ultramontain, l'ultrapapiste, lejpissime Veuillot! Vous feriez mieux de dire votre chapelet que d'être là, ô Veuillot.
Et moi, qui suis-je? où suis-je ? Je suis seul et sans force au milieu de ces forts : c'est bien Daniel dans la fosse aux lions.
Oui, je les vois tous qui s'acharnent sur un mort et sur une tombe. Ils hurlent de concert ; ils essayent à Tenvi de l'outrager et de la souiller.
Il ne fera pas bon de venir déranger ces enfants de la nuit dans leurs coupables opérations; mais, comme je ne veux pas porter le garou pour leurs méfaits, je
crierai; quoique seul et au risque d'être traité comme rillustre mort, je crierai.
Chose étrange ! le plus pacifique et le plus bonasse des humains, me voici obligé d'attaquer bien des gens. Ça m'est pénible, mais il le faut. Ce que je n'ai pas fait pour moi-même , quoique bien des impurs m'aient jeté leur boue, je dois le faire pour un mort qui n'est plus qu'un souvenir, et qui m'a demandé souvent d'être fidèle à sa mémoire.
Souvent aussi, il m'a blâmé d'être trop indulgent, comme on le verra plus tard, et de n'avoir jamais dans mon débonnaire optimisme que du bien à dire de tout le monde.
Si, à l'heure des fantômes, il se levait pour lire ceci à la clarté des astres et de nos phares armoricains, il ne parlerait peut-être plus ainsi ; mais il trouverait encore que je rends assez largement justice à ses ennemis. Je n'ai même jamais relu ces pages, sans adoucir et atténuer le blâme le plus possible ; avec plus de temps devant moi , je serais encore allé plus loin à cet égard. Plus j'y regarde, et plus je vois que la force des choses n'est pas dans la violence du langage. On ne m'en tiendra pas compte, mais n'importe; j'ai fait ce que j'ai pu faire, je n'ai pu tout effacer.
Plusieurs de ces ennemis actuels de M. de Chateaubriand me sont connus et m'ont été chers ; je ne les aurais crus ni si injustes ni si méchants.
Ils n'ont pas toujours agi et parlé comme ils font. Ceux qui s'acharnent le plus ignoblement sur sa bière, je les ai vus faire chorus de louanges, prosternés en humble adoration devant lui.
Pourquoi leur langage et leurs actes ont-ils changé? C'est, hélas! que leurs intérêts ont changé.
Alors ils attendaient quelque chose du grand homme; ils n'en attendent plus rien aujourd hui, et ils brisent leur ancienne idole pour porter leur culte à des divinités qu'ils croient plus puissantes et plus utiles.
Ce sont d'habiles apostats et de savants adorateurs. Le tout dépend des conditions. Ils croient faire honneur aux astres nouveaux en insultant les vieux astres et surtout le soleil couché.
Plus d'une fois ils m'ont fait entendre, quoique dans un moins beau langage , ce que nous chante Virgile :
Berger candide, pourquoi Vobstiner au culte des vieux astres? Voici que celui de César, fils de Vénus, s'avance : c'est l'astre qui rend les moissons fécondes, et qui dore le raisin sur le flanc des collines.
Daphni quid antiquos signorum suspices ortus, Ecce Dionet procès sit Cœsaris astrunij Astrum quo segetes gauderent frugihus et quo DucererU apricis m collihus uva coîorem.
Je respecte ce que peut avoir de bon Fastre de César; mais, ne l'ayant pas insulté quand tout le monde le pouvait faire impunément, et quand beaucoup de ses flatteurs actuels s'en acquittaient passablement bien , je ne lui ferai pas l'injure de venir lui immoler aujourd'hui les vieux astres qu'il a lui-même admirés et qu'il n'insulta jamais.
Il n'en est pas ainsi de la bande dont je parle : c'est la même qui, dans ses premiers élans, présages de tout le reste, allait, à propos d'un drame absurde et au nom d'une école stupide, menant des danses en silènes
et en satyres hébétés^ autour de la statue de notre grand tragique, dans le foyer même du Théâtre-Français et criant : • Enfoncé, ce polisson de Racine ! »
En vieillissant, la bande n^a changé qu'en pire; il a toujours fallu qu'elle allât porter à quelqu'un, aux dépens de quelque autre, ou ses aboiements ou ses louanges, ou son encens ou son venin.
Et c'est toujours le cas de dire avec Lefranc de Pompignan, dans cette belle strophe que Voltaire son ennemi ne pouvait s'empêcher d'admirer et de citer, que, de même que le foyer de notre Théâtre-Français et notre littérature actuelle,
Le Nil a YU sur ses rivages^ De noirs habitants des déserts Insulter, par leurs cris sauvages, L'astre éclatant de l'univers. . .
Cris impuissants, fureurs bizarres; Taudis que ces monstres barbares Poussent d'insolentes clameurs.
Le dieu, poursuivant sa carrière, Verse des torrents de lumière Sur ses obscurs blasphémateurs.
Et c'est là précisément ce que veulent les blasphémateurs. Soit qu'ils blasphèment, soit qu'ils adorent, ils calculent, et c'est toujours pour mettre leur obscurité en lumière, pour attirer les regards de la foule et les distributions de ceux qui tiennent le balcon ou le balusire des encouragements et récompenses, comme le dit naïvement le plus ingénieux et le plus avide d'entre eux.
Ces attaques , pis que sauvages, ont jeté une sorte d'effroi dans le monde honnête ; et tandis que M. Odilon Barrot disait, avec tant de raison, qu'il faudrait
— 24 ~ nommer un tuteur pour les morts, M. Alfred de Vigny écrivait ceci dans son testament, faisant visiblement allusion à l'édition qu^un certain critique n a pas craint de donner de Chateaubriand, afin de pouvoir Tattaquer dans le sanctuaire même de sa pensée : — « L'expérience a démontré, dit le testateur, que, pour renouveler la curiosité publique, les éditeurs souillent, par des préfaces et des annotations douteuses quand elles ne sont pas hostiles, les éditions posthumes des œuvres célèbres. C'est pour mettre à tout jamais mon nom à Tabri de ce danger, que mon ami Louis Ratisbonne voudra bien accepter ce modeste legs. »
Quels temps littéraires que ceux où des mourants croient avoir besoin de prendre de telles précautions !
Je serais donc digne de tout reproche, je mériterais de porterie garou, sur toutes nos landes, et sur le tour de France tout entier, si je ne signalais ce jeu lucratif peut-être, mais peu innocent.
CE qu'Était m. dk cmTBi.CBaii.No.— nos prbmièiiks relations.
Oui, je serais coupable si, en voyant le mensonge et l'envie calomnier le mérite et la gloire, je restais plus longtemps dans le silence qui écoute et qui note , si je ne déclarais hautement qu'ayant eu Thonneur de voir, de fréquenter , d'étudier M. de Chateaubriand pendant plus de vingt années, et Tayant peut-être mieux connu que personne , je ne l'ai jamais vu tel que ses adulateurs renégats voudraient le représenter, à présent qu'il n'est plus et qu'ils n'en ont plus besoin. Ils croient se recommander en le dénigrant ; ils se trompent , et, s'ils gagnent à cela, ce ne sera pas du moins l'estime publique : ils doivent en savoir quelque chose.
Quant à mon témoignage, il sera d'autant moins suspect que rien ne m*y pousse, si ce n'est ma conscience.
Si Ton considère, en effet, les avantages matériels dont, malheureusement pour moi, je n'ai jamais su tenir assez compte, je n'ai pas lieu d'être grandement reconnaissant envers M. de Chateaubriand.
Il m'a fait honneur , sans doute, en m'appelant plusieurs fois auprès de lui , mais, comme on le verra plus loin, il n'a rien fait pour le bonheur de ma vie. Il m'en a pris, au contraire, les plus beaux jours, sans penser au repos de mon vieil âge.
C'est pour cela sans doute que l'un des maires les plus intelligents et les plus distingués de Paris, (}ui vit encore, qui est juge maintenant, qui lira ceci et ne me démentira pas, me disait un jour : ■ Vous avez passé votre vie à rendre service aux hommes les plus distingués de votre temps, et au lieu de vous être utile, cela n'a fait que tourner contre vous.
«—Si telle estropinion des honnêtes gens, répondisje, elle est juste, et je suis récompensé de mes peines, et de la perte de mon temps. »
Parfois M. de Chateaubriand le sentait lui-même , et plus d'une fois, quand je présentais ses lettres à sa signature, il m'a ditd'un.ton visiblement très-sincère : «Vous êtes véritablement un homme bon, et pour vous dédommager de tout le temps que je Vous prends, je voudrais pouvoir vous signer le brevet d'une pension de deux mille francs comme je signe cette lettre; c'est ce qu'il vous faudrait. »
« — Je vous en remercie fort, monsieur le vicomte, lui répondais-je : la bonne volonté est réputée pour le fait. »
Et je ne lui en parlais plus.
Alors, en effet, mon temps avait quelque prix, et mes études un grand attrait pour moi. Elles portaient sur les objets les plus neufs, sur les questions les plus intéressantes, sur les idées les plus brillantes et les plus hautes, sur les littératures orientales commeDçant enfin , après tant de siècles, à se révéler à l'Europe qui les avait ignorées jusque-là.
Je fus, j*ose le dire, le premier parmi nous qui les mît en œuvre et les fit entrer dans notre littérature si pauvre, si monotone, et déjà si usée, quoique d'hier.
J'en fis , d'après les plus récents travaux scientifiques, un exposé substantiel et même détaillé dans mon Histoire et Tableau de l'univers, qui devait remplacer le Spectacle de la nature^ si célèbre en son temps, mais tombé de vétusté.
Ainsi que j'avais lieu de m'y attendre, les esprits étroits et méchants du parti soi-disant religieux^ poussèrent quelques cris injustes, comme devant toute lumière nouvelle ; mais les esprits sérieux et sensés du même monde, esprits plus raisonnables et plus nombreux qu'on ne pense, approuvèrent.
Mon travail , m'assure-t-on , est même dans tous les établissements de haute instruction religieuse, et je ne crois pas me flatter en disant qu'il a été la base et la source de tout ce qui s'est fait depuis, dans ce mondelà, sur l'Orient. Qiielques-uns m'ont cité comme des hommes d'honneur ; d'autres ont préféré me copier sans me nommer, et non sans me donner parfois quelques coups de leur grosse patte, en guise de remerciement.
C'est tout ce que ces gens-là osent donner. Ils croient par là déguiser mieux le larcin et s'approprier plus sûrement le bien d'autrui.
Je sais que nous sommes dans le siècle et dans le pays des petits livres, des compilations et mutilations. Cela ne m'empêchera pas de dire que rien n'est improbe comme ces industriels du ciseau. Ils ne vivent que de plagiats et n'enseignent que Tabsurde. C'est quelque chose de prodigieux que l'ineptie de certains livres soi-disant religieux. Ils ne tendent qu'à abrutir l'esprit humain ; et c'est là que V Index devrait frapper.
Pour un écrivain qui produit et qui crée, il est vingt parasites qui copient et qui pillent. Ils font tranquillement, à Taide de quelques altérations, la monnaie du lingot, et sans peine aucune ils gagnent beaucoup et font de meilleures affaires que l'ouvrier dévoué qui travaille dans la mine pour éclairer les hommes que ceux-là ne font qu'aveugler.
Ils ont une manière de s'acquitter envers lui. Après l'avoir pillé et même dépouillé s'ils le peuvent, ils le décrient soigneusement, afin qu'on s'en Rapporte à eux et qu'on n'aille rien vérifier. Ce sont les ennemis de rintelligence et les vampires des lettres.
Malgré les intrigues malveillantes de l'ignorance pratique et systématique, malgré le travail del'enviechaudement fécondé par une critique déloyale et faussaire, je réussis néanmoins. Et, comme je le dirai plus tard, je faisais même à peu près ce que je voulais dans les lettres.
Ce fut alors, et pour mon malheur cette fois, ainsi que je le ferai voir, que M. de Chateaubriand me rappela de nouveau.
Ce n'était plus seulement pour être son chercheur et son aide littéraire, comme je Tétais depuis longtemps, mais pour être son secrétaire particulier et son collaborateur quotidien, sa béquille littéraire, comme il
le disait quelquefois jusque dans sa correspondance.
G^était toute ma journée prise , c'était tout mon temps que j'avais désormais à passer auprès de lui et pour lui, loin de chez moi, loin de mes propres études, si neuves, si vastes, si absorbantes et si chères.
Je n'ai nulle amertume et ne dis rien de tout ceci pour me plaindre, mais pour faire voir que j'ai lieu de me croire en meilleure position pour parler de M. de Chateaubriand et d'être cru en ce que j'en dirai , que ceux qui, ne Payant vu que du dehors et ne layant jamais fréquenté ni connu intimement, en parlent à tort et à travers : ils en parlent avec un aplomb qui n'a d'égal que leur ignorance. Après l'avoir follement ou bassement adulé par calcul durant sa vie et sa vogue, ils essayent par d'autres visées, d'autres calculs et d'autres bassesses, de le flétrir et de le déchirer après sa mort.
Quoiqu'elle ait beaucoup donné, l'idole, parait-il, n'a pas donné tout ce qu'on lui demandait et n'a fait à certains qu'une part maussade : donc c'est une fausse divinité; il faut l'abattre du piédestal qu'on lui avait érigé, il faut tâcher de la briser et de la fouler aux pieds.
Je n'ai pas eu cette ferveur, je n'aurai point cette impiété. On vient de voir que je n'ai pas lieu d'avoir une grande ardeur de reconnaissance pour M. de Chateaubriand; mais je ne suis pas de ceux qui croient qu'un grand homme n'existe que pour les servir et qui voient toujours leur propre personne , leurs propres intérêts, en premier lieu.
Je Tai toujours fidèlement et affectueusement secondé, mais non flatté pendant sa vie. Je lui ai même dit plus d'une fois des vérités : c'est une raison de plus
pour moi de lui rendre justice et de le défendre après sa mort contre cette espèce d'émeute de la malveillance et du crétinisme conjurés qui le poursuivent et le voudraient immoler aux ennemis de la liberté, précisément parce qu'il aimait et faisait aimer la liberté comme il avait fait aimer la religion.
Ajoutez-y Tenvie de Timpuissance, et ne cherchez pas d'autre cause réelle à tout ce bruit de mauvaises langues, de mauvais lieux, de tous ces commérages et compérages impudents et impurs.
Aux renégats toujours empressés, toujours officieux, obséquieux, qui s'y distinguent, et qui ont tour à tour encensé, conspué tous les pouvoirs et tous les gouvernements, selon ce qu'ils donnent ou ne donnent pas , on peut juger, on peut être sûr qu'il est question , comme ils le disent dans leur noble idiome, de percer à jour, d'exécuter, de démolir un écrivain noble et généreux , un penseur honnête et indépendant, tout en tâchant de satisfaire en même temps les appétits de la bouche et les soifs de l'envie.
Si M. de Chateaubriand avait été, comme tant d'autres, un caméléon à toutes couleurs, à tout langage, un avocat à toute cause ; s'il avait commencé par faire rayonner le sentiment du saint-simonisme et de la restauration de la chair ; s'il avait attaqué et exalté tour à tour le juste-milieu, puis l'Empire; s'il avait servi et trahi toutes les causes, essayé de tous les cultes, et fini par s'en passer comme ses détracteurs , il serait mort riche, il serait resté un fort grand homme, un modèle, un monument. On n'aurait pas eu assez d'admiration pour lui. Mais moins souple que tous ces prestidigitateurs, il n'a su rien être de tout cela, et on l'exécute
sur le frontde la ligne des porte-couteaux de lacritique.
Ces exécuteurs bénévoles, pour se faire craindre et pour mieux assurer leurs coups, sembleraient se faire croire enrégimentés et travaillant pour la politique ; mais je crois qu'ils se trompent ; la politique n'a pas besoin de tels secours : il faudrait qu'elle fût bien malade ; par là elle n'améliorerait pas son sort, et le sacrifice de toutes les gloires du pays lui fût-il, comme on se rimagine et comme je ne le crois pas, un sacrifice de bonne odeur, il ne lui serait pas de bon augure, il ne la sauverait pas.
Et c'est pour cela cependant, semblerait-il, que cette nouvelle secte de hatschischins s'est tant occupée d'en offrir à ses idoles successives.
Le dénigrement et la calomnie , Téloge même jeté à point pour faire ressortir et passer tout le reste, ne sont que les préludes et les apprêts du sacrifice ; c'est Teau lustrale, c'est le boa qui bave sur sa proie avant de la dévorer.
Jamais on ne vit tant de cérémonies de ce genre ; c'est une industrie littéraire, lucrative peut-être, mais qui n'a pas eu en définitive tout le succès qu on pouvait attendre de tant de frais et de tant d'efforts.
De tous ces attentats contre l'honneur et la dignité des personnes, il ne reste même guère que Todieux de la tentative. Le public est plus fin et moins dupe qu'on ne pense, et tout indifférent et si peu secourable qu'il paraisse, il n'aime pas ces meutes toujours prêtes à mordre dès qu'on leur dit : Tayaut! et même sans qu'on leur dise.
Parfois néanmoins, le public va jusqu'à faire remonter plus haut qu'il ne devrait la responsabilité de leurs
B9K>r8ures. Il ne conçoit pas que d'eiu^-mémes et de Hadeté de cœur des hommes, des hommes de lettres, puissent faire ce triste métier. C'est une erreur de sa f^art sans doute, mais il serait peut-être difficile de l'en guérir, si les exécuteurs continuaient le scandale ée leurs exécutions et de leurs vendettas.
î^ous avons dit que presque tous les détracteurs actuels de M. de Ctiateaubriand furent ses zélés thuriféraires durant sa vie. Et ces zélés se retrouvent surtotft |>armi ces écrivains tacticiens qui, des rangs de Yextrême opposition, ont su, tout en leur faisant la guerre, parvenir aux faveurs, aux emplois des gèuverneiïents divers et s'y maintenir bravement soùs tous les régimes, sous toutes les couleurs.
Oui, c'est surtout parmi ces adorateurs à double face, à àouble but, que se trouvent les anciens enthousiastes de M. de Chateaubriand, et ses détracteurs, ses ennemis d'aujourd'hui.
Autrefois, ils ne formaient tous qu'un chœur, qu'im concert àe louanges en son honneur et gloire.
Aujourd'hui qu'il est mort et ne peut plus rien pour l'avancement et la vanité des troubadours, ce n'est plus que calomnies, injures et malédictions.
Ils semblent avoir reçu ou plutôt s'être donné le mot pour le mettre sous les pieds, après l'avoir élevé jusqu'aux cieûx, i
Us ont sans doute oublié leurs anciens cantiques d'apothéose; ce n'est pas à eux que je tiens à les rappeler; ils s'en moqueraient bien, ces grands maîtres des voites-faces ei des palinodies!
Mais c'est à l'honnête public qui l'ignore et qui ne
s^en douterait pas, que je veux faire connaître ce gu^ils disaient autrefois de Tidole, gu*ils s'efforcent de renverser maintenant.
Alors ^ dans le premier élan de la jeunesse , dans la première ferveur de leur libéralisme et dans la virginité de leur indépendance, peut-être étaient-ils sincères. Ils parlaient peut-être d'après leurs convictions, si tant est qu'ils aient jamais eu quelque chose de si simple que des convictions, et si, mieux inspirés, ils n'ont pas toujours pensé et parlé selon le temps, et comme le dit M. Nisard, selon de sordides intérêts de boire et de manger.
Plusieurs d'entre eux, y compris et en tête Thypercatholique M. Veuillot, ont même eu la naïveté de l'avouer, de l'écrire, de le publier, et d'y voir la marque d'un esprit supérieur entièrement dégagé des préjugés vulgaires.
Ils croyaient, en ce temps-là, avoir intérêt à louer et célébrer celui dont le nom seul était un charme, dont le sourire était un brevet de capacité et marquait son homme du signe des élus dans les lettres et des fameux dans le monde.
Aujourd'hui qu'il n'est plus, au lieu de continuer de s'appuyer sur lui, de se recommander de lui, on lui pose hardiment le pied sur la tête pour se grandir, et, croyant avoir le même intérêt à l'attaquer qu'on avait eu à le louer, on s'y est mis avec le même entrain, le même zèle et la même jeu/nesse.
Cependant il faut le dire à l'honneur des lettrés et des lettres, ces industriels de la plume, quoique nombreux, n'y forment néanmoins qu'une infime minorité ; la saine majorité reste fidèle à sa dignité et à la
Çloire. La truanderie seule, de toutes les exogérations, de toutes les réactions a tout fait. C'est son triste métier.
Non , il nV a , relativement au grand corps des lettrés, qu'un petit groupe de renégats ; c'est le même à peu près qui dansait autour de la statue de Racine enfoncé ^ lequel Raeine est cependant toujours debout, tandis que plus d'un enfonceur est déjà bien enfoncé dans Toubli.
Ceux qui survivent semblent parfois unis, comme le sont assez souvent les méchants daus le mal. Chacun oublie sa passion, sa couleur, s'il en a, pour venir, en commun , et en frères et amis, broyer du noir sur la mémoire et sur la face jadis adorées.
Ils se font des signes d'intelligence, se renvoient des cris de triomphe, des signaux de reconnaissance; ils se hèlent. « Hi! Sainte-Beuve! ha! Veuillot! hi! ha! — Quelle couleur? — Couleur régnante. —Quel port?— Port ministre. — Quelle destination? — Port au prince. — La cargaison? — Bons journaux, discours en faveur du peuple français, et autres primeurs du bureau de l'esprit public, à. l'usage de la France et des colonies. Adieu, Vatt. » Et chacun va de son bord comme si le diable l'emportait. Il a emporté mieux.
Ils ont même un «bon journal » qui sera nommé plus tard. Toujours ouvert à leurs denrées suspectes, à leur commerce interlope, il a grand soin de se dire libéral comme eux, afin de tomber avec plus d'efficace sur le véritable défenseur de la liberté.
Le journal n'est pas dévot, ce qui n'empêche pas le grand apologiste , comme on dit en Belgique , le pieux Veuillot d y être cité comme un oracle, comme un maître en l'art de démolir Tautenr du Génie du christianisme.
Quel honneur, ô Veuillot! Augier lui-même applaudit.
Il se croit revenu aux beaux jours où ils travaillaient ensemble la même matière dans le même bureau^ pour lo même gouvernement et en faveur du même public.
Il écoute, il admire, et de joie éperdu, Il retrouve en Veuillot sa première vertu.
Le fait est que vingt gallicans mis à mal , plusieurs centaines de libres penseurs, rationalistes, philosophes, républicains, jetés à Tenvers auraient moins fait pour la gloire du grand Veuillot auprès des ultramontains, que ne lui en a fait, à VOpinion nationale et compagnie le pâté si délicat, si plein de goût qu'il a eu le noble cœur de plaquer sur la mémoire vénérée de l'auteur des Martyrs, sur la face du génie au tombeau.
Ce fut de même à peu près que les honnêtts gens, chez les Juifs, traitèrent sur la croix le premier des martyrs, le dévoué rédempteur; ce fut de même que l'élite de l'empire romain traita les deux premiers apôtres et ensuite les vierges flétries par les bourreaux avant d'être dévorées i)ar les bêtes dans le cirque.
Il est des bêtes, il est vrai, qui caressent les vivants et n'attaquent que les morts : en sont-elles moins méchantes et plus pures?
Mais revenons à nos hommes d'esprit, au lien édifiant, à la noble entente qu'un but commun, celui d'écraser lin mort, semble avoir établis entre eux.
Comme le dit très-bien M. Veuillot, ajoutent les écrivains rédacteurs de VOpinion nationale, pour confirmer et corroborer leurs déclamations... Cependant ils n'osent en citer que quelques mots: la juste crainte de blesser le goût et rhonnêteté de leurs lecteurs les empêche d'aller jusqu'au bout des pages grossières et iniques de celui
qui se donne ou qu^on nous donne depuis vingt ans, malgré le bon sens et le bon Dieu, comme le maître de la bonne doctrine et le soutien de la foi. Ainsi les écrivains profanes sont plus délicats que le saint.
Nous ne pourix)ns imiter Thonorable pudeur de ces écrivains qui ne se posent pourtant pas, comme M. Veuillot, en croyants accomplis.
Non, nous ne pourrons imiter la réserve de bon goût dont nous les félicitons; nous devons dire les choses comme elles sont et donner le paquet de M. Veuillot dans toute sa trivialité rabelaisienne et panurgique.
Nous essayerons même de le mettre dans tout son jour et de l'annoter comme il le mérite.
L'auteur du Génie du Christianisme eut aussi à essuyer de vives attaques, mais au moins des attaques littéraires, de la part de quelques écrivains de Tépoque où le chef-d'œuvre parut. Ils n'en avaient pas bien compris la portée. Ils croyaient d'ailleurs que le bonheur de l'humanité était en d'autres voies.
Honnêtes et sérieux, ils avaient des doctrines; c'étaient des hommes à convictions profondes ei non des sauteurs politiques, comme on en a tant vus depuis. Vétérans de la philosophie, débris fidèles de la libertéj ils croyaient, et non à tort, à la légitimité de la république, comme Chateaubriand à celle des monarchies.
Les agresseurs de nos jours n'ont rien de ces grands mobiles ni de ces fortes convictions; ils n'ont que des passions, des cupidités, des industries.
S'ils ont affiché toutes les convictions tour à tour, c'a été pour s'en servir et non pour les servir : ils ne tiennent à rien qu'à eux-mêmes, à leurs petites manies, à leurs petits intérêts; tout est petit.
Les idées, pour eux, sont comme des souliers pour marcher, pour faire leur chemin. Après les avoir usées, ils les quittent, sauf à les reprendre si la vogue y revient, si elles peuvent redevenir utiles en quoi que ce soit. S'ils vivent et si je vis, je les reverrai libéraux.
lia guerre des premiers, c'est-à-dire des rédacteurs de IdiDécade était naturelle et même courageuse. Ils avaient affaire à un géant qui se levait^ appuyé sur un autre géant. -Tous deux ils s'emparaient de l'espace avec leurs feux et leurs foudres : il était noble d'y répondre.
Les agresseurs d'aujourd'hui ne sont pas provoqués; ils n'ont affaire qu'à un mort. Le géant est couché dans le silence immobile : il n*est plus sur la voie de personne. Il laisse libres à tous et le champ et l'espace.
Par ses chefs-d'œuvre il leur facilite même l'ascension vers la gloire. 11 nous a jeté un pont entre l'abîme et le ciel. Quel courage donc et quelle dignité àTattaquer! mieux ne voudrait-il pas lui rendre grâce de nous avoir laissé quelque chose de son manteau étoile? Contentonsnous du moins de déchirer le manteau pour nous parer de ses débris, et ne déchirons pas le prophète.
D'ailleurs, il faut le répéter, la guerre de la Décade, uniquement critique, littéraire et doctrinale, n'était ni systématiquement ni perfidement diffamatoire ; c'était de la critique étroite, passionnée, si Ton veut, mais ce n'était point de la basse calomnie.
Et depuis ces épreuves jusqu'à nos jours, depuis que l'auteur du Génie du Christianisme se fut mieux fait connaître, et eut fait voir ce que c'est que l'indépendance dans les temps les plus difficiles, jusqu'à Forageuse apparition des Martyrs, ce ne fut plus qu'une longue suite d'applaudissements et de succès incontestés.
• La révision laborieuse des Martyrs étant achevée, dit M. Villemain dans sa Tribune moderne, le manuscrit ayant passé par la censure et subi à Tamiable des suppressions de phrases et de mots, le livre enfin fut publié en mars 1809.
« Là s'arrêtait, delà part du pouvoir, ajoute M. Villemain, une tolérance bientôt amèrement dénientie. Il fut d'abord prescrit aux journaux censurés d'attaquer à fond Touvrage dont la presse anglaise s'empressait de relever les allusions *.
« Cette première persécution par la critique littéraire était d'autant plus facile que, par-dessus la censure, une réforme récente dans le régime des journaux, c'est-àdire la confiscation de la propriété, détruisait même ce reste de liberté littéraire, dans le partage ou la mesure du blâme et de l'éloge, qu'avaient gardé jusque-là les fondateurs et cessionnaires des journaux censurés d'ailleurs. Un décret les avait dépouillés et assignait sur le produit de chaque journal des pensions distribuées directement comme grâces impériales, à quelques personnes choisies.
« On concevra sans peine que-, sous le coup de cette transformation, la feuille publique alors la plus accréditée, qui avait accueilli et comme adopté d'enthousiasme les débuis glorieux de M. de Chateaubriand, le Journal des Débats , fondé par M. Bertin , mais devenu maintenant un fief bénéficiaire^ attribué à quelques hommes de cour et à quelques fonctionnaires de la police, se montrât fort rigoureux pour un auteur indépendant et suspect, objet à la fois de disgrâce et d'envie.
1. Voici revenir la calomnie, non de la part de la Décade •philo so-phique^ mais des journaux officieux.
t Tout autre compte rendu que celui da vaudevilliste (Etienne ou Hoffman) mis à la place des Berlin dépouillés fut écarté par ordre supérieur.-
• De nombreux articles de cette main, amusants et satiriques, mirent en pièces, la conception, les caractères, le style des Martyrs,
« Au xvn* siècle, sous un pouvoir absolu moins uniforme et moins dur que celui de Napoléon, le Télémaque avait trouvé dgtns le public français plus de faveur em-^ pressée, plus d'approbation sérieuse, et quoique introduit furtivement et dénoncé à la cour de France par les éloges malins des étrangers, il avait été fort admiré du grand nombre des lecteurs. »
La vieille France avait son indépendance.
Ce fut surtout depuis la publication de Vltinèraire que les applaudissements et les louanges devinrent unanimes. Les adversaires eux-mêmes, je ne dis pas ceux qui écrivaient par ordre, ceux-là ne comptent pas, mais ceux qui écrivaient d'après leurs propres pen- .sées, étaient les premiers et les plus vifs à l'éloge.
Aussi, dans l'édition générale de ses œuvres (1826), M. de Chateaubriand a-t-il cru devoir dire : « Cène sont pas mes ennemis qui m'ont calomnié. •
En effet , c'étaient ses rivaux , ses concurrents politiques, car il n'avait plus d'autres ennemis.
Aujourd'hui il en a : les abbés Morrelet et les droguistes Cadet-Gassicourt et compagnie sont revenus. Les exthéologiens de la Presse et de V Univers s'entendent de la manière la plus édifiante avec l'ex-saint-simonien du Constitutionnel pour assaillir l'immortel dans sa bière. Mais, excepté quelques autres petits compagnons, le trio est cependant seul encore dans sa belle œuvre.
Ce concert d'éloges d'autrefois, au milieu duquel perçaient bien aussi quelques faibles notes discordantes. mais perdues, remplissait tous les journaux et revues : il suffit de les rouvrir pour s'en assurer.
On y voit que ceux-là même qui, d'après des visées, des calculs , je ne dis pas des ordres (car quel service peuvent-ils rendre et qui ne compromettraient-ils point par leurs services?) , mais par Teffet du mal de l'envie, des dépits de l'amour-propre, de Tinsuccès de leurs propres œuvres et de Timpuissance de bien faire, sont devenus les détracteurs les plus attentifs , les plus minutieux, les plus acharnés du grand homme, en ont été naguère les plus exagérés louangeurs.
Il était alors debout, il est vrai, et son suffrage était' une sorte de fortune ; c'était u» passe-port, même aux incapables, pour les académies, les honneurs et surtout les bénéfices littéraires; tout cela, dis-je, se voit dans les journaux du temps.
Mais pour épargner au lecteur la peine et l'ennui de les aller chercher dans ces catacombes, nous profiterons d'un petit recueil fait sous les yeux et sous les auspices de M. de Chateaubriand, par son secrétaire d'alors.
Il a pour titre : Lectures des mémoires de M, de Château- 6nand (in-8o. Paris, Lefèvre, rue de TÉperon, 6.— 1 834).
Ce recueil ne fut peut-être pas mis en vente à part, mais il fut distribué aux souscripteurs des œuvres complètes. Il est peut-être assez rare aujourd'hui.
M. de Chateaubriand, dont j'étais depuis longtemps, non pas le secrétaire proprement dit, mais l'aide, le préparateur, pour ne pas dire le collaborateur littéraire, m'enremitun exemplaire en me disant: «Gardez-lebien: vous pourrez en avoir besoin, s'il vous souvient de moi. •
En effet, ce recueil vient maintenant fort à propos.
Après la préface de M. Nisard, l'article principal, non par sa valeur, mais par son intérêt de circonstance, est tiré de la Revue des Deux-Mondes , 15 avril 1834. Il est .signé : Sainte-Beuve.
Nous verrons ce qu'il contient, et si le Sainte-Beuve de 1834 pensait comme le Sainte-Beuve de 18(i2.
Pour moi, il me semble qu'on ne saurait mieux répondre aux attaques actuelles de Vingénieux crilique que par ses ingénieux éloges d'autrefois.
Cet enthousiasme admiratif de ï&ge mûr peut compenser avec avantage les injures et dénigrements plus décrépits que désintéressés de la vieillesse du critique.
Si, comme on Tassure, le premier mouvement est toujours le meilleur, •ce qui a été dit d'abord suffira pour infirmer un peu ce qui se dira plus tard : car c'en est exactement la contre-partie ; on ne vit jamais le sic et non si bien équilibrés, ni le système de bascule si exactement et si ingénieusement établi.
Du reste, le lecteur en jugera : nous allons mettre les pièces sous ses yeux en commençant par la préface que fit M. Nisard tout exprès pour ce recueil. Elle ne manque pas non plus d'intérêt en ce moment.