‹ Les conversations de m. de Chateaubriand;Chapitre 4 sur 19 · SIC KT NON : NISARD · texte numérisé non relu

SIC KT NON : NISARD

En effet, M. Nisard aussi a quelque peu changé, non avec plus de dignité, mais avec moins de scandale Sa préface est du 27 juillet 1834. On sait que, depuis ce temps, M. Nisardaaussiattaquéméchammentsonidole, cependant sans insinuation trop indigne contre sa personne etsa vie privée. Il l'attaqua d'abord sous le rappo! t

littéraire , ce qui est permis quand o-'est juste et modéré * .

Cependant, on Ten blâma vivement à cette époque : on y vit presque un dédit félon de ses anciens éloges et roifre d'une réconciliation avec le gouvernement de Juillet qu'il avait combattu dans le National et même assez maltraité dans la préface qu'on va lire.

Quoi qu'il en soit, nous allons voir jusqu'où s'élevait, en 1834, son admiration pour Tillustre écrivain, et son peu d'estime pourle pou voir qu'il devait servirplus tard.

Nous croyons que, vu sa spécialité , cette curieuse préface ne se retrouve guère ailleurs, et même nulle part dans son intégrité, que dans notre petit recueil intitulé : Lectures des Mémoires. C'est pour lui seul qu'elle fut faite, et ne se voifnulle part reproduite en entier*.

Ce recueil est maintenant oublié lui-même, et il ne fui jamais très^connu, quoiqu'inspiré par M. de Chateaubriand, pour suppléer un peu, comme il le disait, au défaut de publicité des Revîtes.

On sait donc qu'après avoir collaboré au Journal des

1. Quand j'écrivais ces mois, je ne savais pas tout : je croyais encore au respect de soi-même chez M. Nisard : j'ai appris depuis qu'en la mutilant il a réuni à d'autres articles la préface dont nous allons donner des extraits et qu'il en a fait un volume où les anciens éloges, comme je le ferai voir, sont dextrement changés en blâme. Je n'aurais jamais cru à cette habileté de main de la part de M. le directeur de l'École normale supérieure, si je ne l'avais de mes yeux vu ; je ne m'aviserai pas non plus de prier mes lecteurs de le croire sans le voir, et sans l'admirer de leurs propres yeux.

2. Quand j'écrivais ainsi, je n'avais pas encore découvert le volume de M. Nisard, dont je viens de parler. Tout ce qui va suivre était même écrit. Et au lieu de chiffres, je devrais peutêtre me servir de lettres pour indiquer mes nouvelles notes et les distinguer des anciennes : il est des gens avec lesquels on n'a jamais fini, tant ils vous jettent de surprise en surprise.

Débats^ alors ministériel, puis au iVa(tonfli, déjà républicain, M. Nisard arriva, sous Louis-Philippe, à la direction de la division des lettres au ministère de Tinstruction publique : c'était une grosse faveur provenant non sans doute de ses services au National^ mais aux Débats.

Sous TEmpire, M. Nisard est devenu, non sans quelques épreuves, directeur de TEcole normale avec M. Sainte-Beuve pour maître des conférences, après avoir été comme M. Sainte-Beuve aussi^ professeur mal accueilli ou plutôt non accueilli par la jeunesse au Collège de France et à la Sorbonne.

C'est ainsi que ces deux grandes infortunes se consolaient entre elles, ou plutôt étaient consolées par un ministre courageusement secourable.

Repoussés par la jeunesse, ils.durent se trouver heureux d'être admis à former des professeurs pour la jeunesse. — Cette jeunesse avait-elle quelque raison d'agir comme elle l'a fait?— Peut-être.

Elle avait toujours admiré, acclamé M. de Chateaubriand, quoiqu'il voulût, au sein de l'émeute victorieuse, empêcher Un changement de dynastie.

Cette même jeunesse l'avait même porté en triomphe au milieu des barricades triomphantes de Juillet.

Plus tard, elle n'avait pas goûté la mystérieuse et incompréhensible émigration du petit détracteur du grand homme. Pris d'une terreur panique et secrète il fuyait devant la plus inoffensive et la plus anodine des républiques. Qu'y a-t-il là-dessous, disait-elle? Pourquoi fuir? Pourquoi s'en aller, quand la liberté arrive? Qu'allait-il faire à l'étranger?

Pourquoi s'établir le colporteur du dénigrement

de la politique et des grands hommes de la France?

Pourquoi s'exposer à la réprobation de l'étranger lui-même qui connaît, qui respecte nos tendances libérales comme une partie de son avenir et admire nos grands écrivains comme une partie de sa propre gloire, parla raison qu'ils sont la gloire de l'humanité?

A l'étranger, il ne trouvait pas la jeunesse moins française qu'en France. Celle-là ne concevait pas nou plus, même dans un émigré fuyant devant la liberté, cette espèce de félonie et d'impiété antinationales.

Elle en concluait, à tort ou à raison, que ce n'est pas se montrer digne d'instruire la jeunesse que de fuir et de calomnier ainsi un ordre de choses qu'on avai t jadis appelé de tous ses vœux, et d'outrager ainsi, après Tavoir tant louée, la gloire qui est respectable partout et toujours *.

Quanta M. Nisard, la jeunesse des écoles lui reprochait aussi ses versatilités, ses deux morales. Tune pour les grands, l'autre pour les petits, et le frappait du même ostracisme. Mais heureusement M. Nisard,

1. Cependant voilà l'homme qui, pour tâcher d'entraîner cette même jeunesse dans ses haines, lui répétera jusqu'à trois fois, dans son gros pamphlet, que Chateaubriand la haïssait, qu'il en était jaloux et ne pouvait la regarder que d'un œil menaçant. Il revient sans cesse à ce dire, qui est de toute fausseté; de sorte que s'il est vrai que parfois Homère sommeille, il faut avouer aussi que Zoïle rabâche, qu'il rabâche des absurdités méchantes et n'ayant pas même l'avantage d'offrir l'ombre de la vérité.

Entre autres témoins du contraire, j'ai, sans aller plus loin, le jeune et honorable éditeur de cet ouvrage. Il avait voué un culte filial à M. de Chateaubriand, et s'est vu bien reçu du bon et grand homme jusqu'à ses derniers moments. Le jeune Edouard Dentu, alors enfant, ne se contentait pas de le visiter souvent : il se faisait pour lui canéphore, et lui apportait, dans d'élégantes corbeilles, les plus beaux fruits de son jardin; il lui

plus sérieux que sod frétillant coprofesseur, tient ferme au port de salut qui raccueillit dans son naufrage, et continue de diriger rÉcole normale, lapremière école de France, et parconséquent la plus influente surlesidées, sur le moral de la nation, par les professeurs qu'elle forme pour former la jeunesse et^u'elle envoie partout.

Tel est l'état de la question ; maintenant, on comprendra, on appréciera mieux l'article de M. Sainte-Beuve et la préface de M. Nisard.

Voici les passages principaux de cette préface. Je souligne les phrases qui m'ont paru les plus frappantes :

« L'histoire de ce livre-ci (Mémoires (f Outre-Tombe) est touchante ; je vais tâcher de la raconter.

amenait ses amis de collège, lesquels amenaient aussi leurs amis ; de sorte q^ue plusieurs collèges se trouvaient ainsi représentés. Ces scènes touchantes se sont reproduites plusieurs fois.

Or, comment le vieux René recevait-il ces gentils représentants de nos collèges, cet espoir d'une littérature meilleure et d'écrivains plus justes, s'ils ne se laissent pas pervertir? Demandez-le à celui qui les guidait, les introduisait, et qui est maintenant l'un de nos plus célèbres éditeurs.

Tous ne portaient pas des fruits comme Edouard, mais tous portaient quelque chose, sinon de leur terroir, du moins de leur cru : c'étaient des discours, c'étaient des vers.

En recevant toujours avec une tendre bienveillance ces jeunes orateurs et ces jeunes poètes, M. de Chateaubriand écoutait avec un touchant intérêt leurs discours et leurs vers.

Quand ils avaient fini, de quels yeux les regardait-il? avec des yeux pleins de sourires et de larmes. Voilà comment il les menaçait: puis, lorsqu'il pouvait trouver une parole, c'était pour leur dire, d'une voix non moins émue que ses regards : « Courage, messieurs, beaucoup de succès dans vos études, bien du bonheur dans votre vie. » — Que diront les zoïles devant ces faits? et que deviennent leurs inventions indignes? Ces faits avaient lieu, je le répète, jusque dans les dernières années de M. de Chateaubriand. Fiez-vous donc aux rapports de la calomnie !

« Depuis de longues années M. de Chateaubriand travaille à ses Mémoires^ avec le dessein de ne les laisser publier qu'après sa mort. .. Quand les affaires le quittaient, pauvre et honoré comme devant, et que^ {sic) le pouvoir, qui s'était résigné à ses susceptibilités pour te recommander de son nom *, le rendait à la liberté et à la solitude, il s'allait reposer dans ce livre favori, heureux de retrouver ses loisirs, son indépendance, ^on titre et sa gloire incontestée d'homme de lettres, sans haine, mais non pas sans mépris pour les médiocrités remuantes et les complaisants de cour qui l'avaient écondùit, et se souvenant de ses ennemispour les juger, non pours'en venger... interrompant ses Mémoires pour dire de nobles vérités au pouvoir qui se perdait, . .

« Certes, s'il y aune situation intéressante et triste, c'est celle d'un homme de génie encore plein de vie, qui n'aspire plus qu'à des admirations posthumes et ne veut plus recevoir de couronnes que sur sa tombe. Il n'a pourtant pas à se plaindre de nous ', ni de la gloire que lui a faite la France, le pays où la gloire est si douce et si enivrante, le pays où il fait si bon avoir du génie *; nous lui avons donné toutes les louanges que le

1. Quand et que: un écrivain sachant sa grammaire n'écrirait pas ainsi.

2. lien est bien d'autres que le j3oui?otr qui ont voulu «se recommander de son nom, » et qui s'évertuent depuis, mais en vain, à flétrir ce nom.

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