‹ Les conversations du jour de l'an chez Madame Du Deffand il y a un siécleChapitre 10 sur 22 · EN I · texte numérisé non relu

EN I

Comme les visites du jour de l'an, Milord, durent ici pendant tout le mois de janvier, qu'on se pique d'en faire beaucoup et qu'elles se rendent souvent entre citoyens qui ne se voient qu'à cette époque, qui n'ayant aucune liaison, aucun rapport, se connaissant à peine, sont fort embarrassés de leur contenance, ce serait le cas assurément de faire usage de notre méthode, et

au défaut de matière, de prendre son ouvrage ou un livre, ou de rêver en tisonnant ; mais les Français, loin de l'adopter. Pont décriée, et je trouve partout cette aisance de société ridiculisée dans des caricatures sous le titre de Conversation à l'anglaise:

il faut donc qu'ils s'évertuent de cent manières pour rompre le silence où je les vois retomber souvent ; je parle des hommes, car pour les femmes, elles sont inépuisables en tous temps, et dans celui-ci leur ajustement et la fécondité des modes sont une ressource admirable. Quoi qu'il en soit, parmi notre sexe, les gens de précaution évitent cette disette par le soi^j de se pourvoir la mémoire d'historiettes qui puissent servir d'aliment aux entretiens. On a observé que c'était le temps le plus utile pour ceux qui en font recueil : vous pensez bien que mon zèle ne m'a pas laissé oisif dans cette abondante moisson. Vous allez être étonné de ce que j'ai ramassé hier en une

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