MADAME LA COMTESSE DE HARNOISBEAU
Oh ! M. Bouvart n'avait pas besoin de cette mort pour augmenter le nombre de ses pratiques.
LE DOCTEUR
Ge n'est pas cela, Madame la comtesse :
on voit bien que vous êtes peu instruite des querelles de notre Faculté, et celles de nos beaux-esprits, en effet, doivent vous occuper davantage ; vous étiez trop jeune d'ailleurs. Bref, il y a dix-sept ans environ' que Bordeu eut un procès très-grave
20 COMVmtaATIONS
au Parlement avec les héritiers d^un mar* quis de Pondenas qu^il avait accompagné malade, allant aux eaux, mort en route, et qu'il fut accusé d'avoir volé des infamies, des horreurs M. Bou vart, son
antagoniste, le dénonça à la Faculté, et voulut le faire rayer; mais étant sorti favorablement de Taffaire, il resta parmi nous. Depuis ce temps M. Bouvart, toujours implacable dans ses haines. Ta détesté, et le poursuivant jusqu'après son trépas, lorsquMl a appris cet événement, il a dit avec son sang-froid ordinaire : « Je n'aurais jamais cru qu'il fût mort horizontalement. »
LA COMTESSE DE BUSSY
Ah ! voilà qui est abominable.
M. DORÂT
On ne peut rien de plus horriblement méchant : heureusement. Madame, l'ombre du défunt en est bien dédommagée
DU JOUK DB l'an. 21
par votre charmant bon mot sur son compte : « La mort a eu peur de lui : elle Ta pris en dormant» » Oh ! c'est trop joli !