LE MARQUIS DE LA SELLA
Il se nomme Auguste et promet beaucoup : il a de la gaîté ; il a des contes qu'on appelle Augustins, très-plaisants (25).
l'*abbé calchas.
Oui, si vous voulez ; mais tout cela n'est que de la crème fouettée.
M. . MARTELMONT.
Oh ! vous voudriez, Monsieur l'abbé, que tous les poètes fussent des hommes.
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Différentes visites arrivèrent encore, pendant lesquelles ces messieurs disparurent. Il ne se dit plus rien d'intéressant, et madame du Deifand se trouvant fatiguée, fit fermer sa porte, ce qui me permit de me retirer chez moi, de me recueillir et de vous rédiger la séance.
Avant de clore cette lettre, Milord, je vais encore y joindre un petit conte du jour que j'ai entendu faire ailleurs, et qui réjouit beaucoup tous les anti-philosophes, en ce qu'on y tourne en ridicule une héroïne de l'autre parti, une femme de la cour, extrêmement liée avec M. Turgot, et présidente de la secte économique. C'est la duchesse de d'Anville. Elle aime beaucoup à jouera la Loterie royale de France, à faire des combinaisons. Ces jours derniers, elle a rêvé que, pour être heureuse, il fallait qu'elle fît choisir ses numéros par un fou. En conséquence, elle va aux Petites-Maisons, et prie les chefs de cet
DU JOUR DE l'an. 3g
hôpital de lui en faire venir un, mais raisonnable à certains égards, et avec qui elle puisse causer. Le fou venu, elle lui déclare le sujet de sa visite, et le prie de vouloir bien lui nommer trois numéros sur lesquels elle doive mettre avec confiance. Le devin demande très-gravement une plume avec de Tencre, les écrit bien distinctement et séparément, puis montrant le papier à la duchesse : « Lisez, Madame, étudiez bien ces numéros ; les savez-vous par cœur?... — Oui, Monsieur. » Alors il en fait trois parts, les plie en petites boules, les avale, puis il ajoute : « Madame, allez les prendre ; c^est demain le tirage, je vous réponds que ces numéros sortiront, qu'ils vous feront un terne, mais je ne vous garantis pas qu'il soit sec (26). »
Voilà, Milord, mes matériaux pour cette fois-ci : levium spectacula rerum.
( I ) Sans doute le Président au Parlement Rolland d'Erceville.
(2) Cette affaire est racontée dans les Mémoires secrets, à la date du 5 janvier 1777, avec ce détail en plus que Le Breton avait choisi Crébillon fils pour censeur, au lieu de Mairobert auquel il avait été adressé. Celui-ci était, en effet, le censeur ordinaire de VAlmanach^ t un des livres des plus vétilleux, des plus difficiles et des plus ennuyeux à examiner, » dit-il quelque part.
L'exemplaire de VAlmanach royal pour 1777, de la Bibliothèque nationale, a le carton exigé, avec cette note explicite : c Carton pour TA/-
manach ro'ial de 1777, dans lequel rimprimeur Le Breton s'étoit ingéré de lui-même de placer, au nombre des dix anciens Premiers Présidents, Avocats, et Procureurs généraux du Parlement ceux qui, pendant la révolution de 1771/ avaient rempli les places des magistrats dans la commission appelée le Parlement M.aupeou. »
(3) A la lettre, le marquis de Vieuxcharmant. Nous ne savons quel seigneur, d'une galanterie surannée, cache ce nom composé.
(4) Les Mémoires secretSy aux 14 et 20 janvier 1 777, donnent Panecdote dans les mêmes termes. Mairobert n'a fait ici que se copier.
(5) De Burguerieu, d'après VAlmanach royal.
(6) Les réponses du Supérieur des Missions étrangères à la marquise du Deffand ne sont rien de plus que la nouvelle des Mémoires se-' crets du 24 février 1777, coupée et légèrement remaniée pour le mouvement du dialogue.
(7] La comtesse de Beauharnois, maîtresse de Dorât. C'est 1'* Églé, belle et poëte, » de Lebrun- Pindare.
(8)" La comtesse de Bussy d'Agonau, plus inconnue que la précédente, faute d'une épigramme qui ait fait sa gloire.
(9) Mort à la fin de décembre 1776.
(10) Le marquis de Saint-Marc, auteur d'opéras et de comédies-ballets.
(11) L'une des belles histoires érotico-sentimentales de la seconde moitié du siècle.
M. de la Belinaye de la Roirie, officier aux Gardes, devenu éperdûment amoureux de W^* de Beaumesnil, de TOpéra, entretenue, à son insu, par un oncle dont il se promettait l'héritage, lui propose de Tépouser. Sur le refus de Pactrice, il court s'enfermer à là Trappe, à l'imitation du comte de Comminges, héros d'une tragédie de Baculard d'Arnaud. Cependant l'oncle a vu un homme sortir furtivement de la chambre de sa maîtresse; après une scène injurieuse, il rompt avec elle, et va calmer son ressentiment dans une terre qu'il a au Perche. Dans une de ses promenades, il reconnaît son neveu sous les habits de trappiste; tous deux s'expliquent, et vont se jeter aux pieds d'une femme qui eût a mérité des autels. »
Mairobert, dans les Mémoires secrets, 3 janvier 1777, a recueilli les premiers détails de ce touchant imbroglio; puis, informations prises, l'a trouvé digne d'une narration circonstanciée. Il figure donc au tome V de V Espion anglais, lettre X, sous ce titre : Suspension du Journal
de Paris; son rétablissement. Anecdote qui a donné lieu à la première.
(12) Le Journal de Paris avait comnlencé à paraître, le i" janvier 1777, avec un grand succès. C'était la première feuille française quotidienne; de là l'émotion causée par la suspension qui ne dura que cinq jours (23-29 janvier.)
(i3) J»-^Jos. de La Borde^ le banquier de la Cûur*
(14} Il s'agit ici, à mots couverts, de cette imperfection physique de Louis XVI, c dont Tart des médecins, dit Droz, ne triompha que plu« sieurs années après son mariage* » Elle faisait la préoccupation avouée de beaucoup de bons Français. Sans paraître trop indiscret, uû abbé venait de conseiller au roi une posture par laquelle il prétendait apprendre à S. M. à suppléer à son défaut de conformation, et son zèle n'avait £iit qu'amuser « la (lour, le Roi et surtout la Reine, » disent les Mémoires secrets^ 3i décembre 1776.
(i5) Thomas, Marmontel, et l'abbé Arnaud qui avait aisément l'air inspiré.
(16) Franklin, arrivé à Paris depuis peu, y était fort couru ; mais comme il ne se prodiguait pas, la mode fêtait d'avoir, au moins, en ostenta*-
NOTBt. 4&
tioû, son portrait gravé : îl était étalé sur toutes les cheminées. Un entretien de Malrobert avec lui forme la Lettre I du t. V de VEspion anglais,
(!7) La première représentation est du 24 janvier 1777.
(j8) Paroles de Bouteiller, musique de Pointeau.
(19) De Gluck.
(20) Il venait d'arriver à Paris.
(31) De Noverre,
(22) Le marquis de La Salle, auteur dramatique.
(23) Les Mémoires secrets donnent cette chanson, àia date du 22 février 1777.
(24) Ceci dit pour la forme. La marquise en avait entendu bien d'autres, et même s'était toujours mêlée d'en composer, témoin sa fameuse parodie de Vlnès de Castro^ de Houdart de la Motte, recueillie par La Place dans ses Pièces intéressantes,.. Nous n'en transcrirons que le premier couplet :
Reine y je tiens ma promesse , Et mon fils doit, en ce jour,
4b NOTES.
En épousant la princesse, Lui donner tout son amour.
Et son mirliton, mirliton, mirlitaine. Et son mirliton, don, don.
Cet équivoque du mirliton, persistant entre tous, serait donc renouvelé de M^^^ du Deffand ? mais il doit dater de plus loin.
(23) Auguste de Piis, à ses débuts, s'était fait connaître sous son nom de baptême seulement; ses Contes, qu'il publia deux ans plus tard, circu; laient manuscrits.
(26] Ce dernier paragraphe est la copie textuelle de la nouvelle des Mémoires secrets du 25 janvier 1777.