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elle relève d'un sentiment intérieur, d'une assurance acquise par des preuves internes. N'en déplaise à ces caciques de la psychiatrie et à ces barbacoles entendus, qui, ne pouvant rien expliquer, classent sous l'étiquette de l'autosuggestion ou de la démence les phénomènes de la vie divine qu'ils ignorent, la Mystique est une science résolument exacte. J'ai pu vérifier un certain nombre de ses effets, et je n'en demande pas davantage pour croire : cela me suffit1. »
Par Sainte Lydwine, Les Foules de Lourdes, La Cathédrale et d'autres œuvres, on s'aperçoit que Huysmans a fréquenté les grands auteurs mystiques; ses dernières années et sa mort admirable ont montré qu'il sut pratiquer héroïquement leurs conseils. C'est bien. Mais de quel tréfonds ténébreux et de quelles fanges il a surgi vers la lumière ! Je m'avoue incapable, et peu curieux, de vous exprimer tout ce qu'eut d'abord de détraqué, de bizarre, d'artificiel, cette vie d'artiste raffiné, partagée entre l'orgueil et la luxure, égarée dans le spiritisme, le satanisme et le sadisme. Il disait plus tard, avec humour : « Il faut que Dieu ne
1. Ici., ibid. Je n'avais pointa nie demander nia constater, dans cette étude, à quelle école de mystiques se rattache Huysmans 5 si c'est aux Flamands et aux Espagnols, plutôt qu'aux Français, aux Italiens, aux Allemands. C'est chose en dehors de mon sujet.
soit pas difficile pour se contenter de gens comme moi 1 ! » Dieu n'est jamais difficile pour les âmes qui manifestent un humble et sincère repentir. Et Huysmans y arriva. L'expérience qu'il fît — laquelle est, Dieu merci, peu commune — lui fit toucher comme du doigt le surnaturel. Certainement, c'était le chemin le plus long pour aller à Rome, selon la remarque spirituelle deCoppée, qui ajoute, en résumant cette transformation miraculeuse : « Il y a quelques années, un attrait malsain lui faisait étudier les mystérieuses abominations du satanisme; et à lire de suite Là-bas et En route, on pourrait croire — si l'on ne savait que le premier de ces deux récits est tout à fait imaginaire (je le souhaite, et je voudrais en être aussi certain que M. Coppée) — que Durtal, c'est-à-dire Huysmans, courut se réfugier à la Trappe au sortir de quelque messe noire. Ce qui est vrai, c'est que cet incroyable dédaigneux, cet homme si difficile à satisfaire en toutes choses, aussi bien en matière de style que de cuisine, en arriva un jour au dégoût de soi-même. Ce sentiment, qu'il a souvent exprimé avec la plus énergique franchise,
1. F. Coppée, qui rapporte cette parole, écrit humblement : « Et comme moi donc, ajoutcrai-je. J'ai entendu railler cette parole, que je trouve, au contraire, touchante. Pourtant elle est trop découragée, et il ne faut pas parler ainsi. » [La Bonne Souffrance, p. 231.)
devait prendre finalement, dans une conscience scrupuleuse, la forme du repentir. Quiconque se repent éprouve le besoin d'être pardonné : et il n'existe qu'un tribunal où l'indulgence soit infinie et l'absolution parfaite : c'est le confessionnal. Durtal se rua donc dans la pénitence —vous trouverez dans En route, sur cette crise d'âme, des pages d'une singulière et pénétrante émotion — et il fut désormais un chrétien. » Le chrétien fut dévot. Il goûta extrêmement, autant que le pouvoir prenant de la Mystique, les délices du plain-chant grégorien et le charme des vieilles cathédrales gothiques, non sans malmener très fort, par un reste de vieille habitude, ses nouveaux coreligionnaires qui n'avaient pas un sens artistique aussi aiguisé que le sien. Il devint même oblat de saint Benoît. II fit mieux, beaucoup mieux encore : heureux de la vie intérieure et surnaturelle que seule l'Église catholique peut distribuer, il souffrit en héros et mourut en saint, béni et protégé parla Vierge de Lourdes!
Paul Bourget, lui, n'est pas un mystique: c'est un philosophe, un sociologue *, que ses observations et ses réflexions ont peu à peu
1. Cf. Paul Bourget sociologue, par Tancrède de Visan (Nouvelle librairie nationale, 85, rue de Rennes).
amené au catholicisme. Avant l'apparition du Disciple, qui fut comme la première étape de sa marche, on discernait déjà, dans le snobisme anglo-parisien, parmi le tourbillon du cosmopolitisme et les bagatelles des salons dorés où le romancier se complaisait, un philosophe qui faisait sa récolte de vérités sociales, et donc chrétiennes. En analysant les passions, il découvrait les remèdes qu'il faut leur appliquer. Il a écrit dans son autobiographie : « Parti d'un point de vue simplement positiviste, celui de la constatation indifférente, j'ai été conduit de la Psychologie à l'Ethique par la même nécessité qui fait qu'avec tout son scepticismeunmédecin, assuré de sondiagnostic, ne peut s'empêcher de s'interroger sur le remède.» Par quels degrés s'est faite son ascension1; comment l'élève de Stendhal et de Balzac, délaissant enfin le scepticisme, le pessimisme
1. Le mot de conversion ne fait pas peur à M. Bourget. Cependant il déclare qu'il en aimerait mieux un autre. Il a écrit, dans Outre-Mer : « ... Tel n'est pas mon cas particulier. On se convertit d'une négation, on ne se convertit pas d'une attitude purement expectative. Cette position d'analyste sans doctrine et, pairconséquent, qui cherche, n'est qu'une des formes du doute méthodique. Il me serait aisé de montrer que, s'il y a eu développement dans ma pensée, il n'y a pas eu contradiction, et que l'avant-dernier chapitre d'Un Crime d'amour, l'épilogue de Mensonges, vingt passages de la Physiologie, les dernières pages du Disciple, celles sur la confession et le péché dans Cruelle Énigme, se raccordaient déjà entièrement à ce que j'ai appelé depuis l'apologétique expérimentale. » Soit. Parlons donc de développement et d'ascension.
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ou le réalisme un peu brutal de ses premiers modèles, et dépassant Taine, son autre maître, 9'en est allé vers des horizons plus élevés, plus larges, plus sains ; comment il a pu écrire YÉtape, et surtout Un Divorce, ce beau livre et cette bonne action qui veut protéger les âmes faibles contre la tentation permanente que leur offre une loi néfaste ; comment il est devenu un bon chrétien et, à sa manière, un soldat de l'Église et de Jésus-Christ : essayons de le démêler et de le dire rapidement.
D'où il partit, il va nous le dire : « La science [toujours la Science I) rend impossible toute croyance aux révélations du surnaturel et, du même coup, elle se proclame impuissante à résoudre les problèmes que la Révélation résolvait jadis1. »
Telle est l'antinomie que se formulait, au début, le philosophe, incroyant mais sincère et sérieux, tout ami qu'il fut des dilettantes. En s'efforçant loyalement de la trancher, il découvrit que la vraie science n'est pas du tout l'ennemie du surnaturel. Sa méthode fut l'étude expérimentale de l'âme humaine et de la société.
De l'âme humaine, prise individuellement. Y a-t-il une meilleure psychologie et une morale à la fois plus avertie et plus profonde
1. Essais de psychologie contemporaine, Ve édition, 1883, p. 82.
que celle du catholicisme, lequel impose à ses fidèles l'examen de conscience fréquent, conseille l'examen quotidien, montre en cela « l'importance infinie de la vie morale » et soutient efficacement la volonté dans sa lutte contre les passions ? La raison toute seule est souvent vaincue par les sens. Et que sont, contre les passions frémissantes, même les arguments du cœur, l'amour maternel et l'amour filial ? Des digues parfois trop faibles, que le torrent peut emporter. Mais la religion, et la religion catholique seule, met au cœur du croyant un amour efficace, surnaturel, et elle nous offre dans les sacrements, sources de la grâce divine, une force qui nous préserve contre le mal et nous relève après la chute1. D'où peut venir au catholicisme cette connaissance profonde et sûre de l'âme ? De Jésus- Christ, qui a fait l'âme et fondé, pour la soutenir ou la relever, le catholicisme. — Mais il y a des philosophes qui ne sont pas catholiques et qui ont une vie irréprochable : Monneron, par exemple, dans VÉtape. — Oui : Monneron et ses pareils, peu nombreux, sont d'honnêtes gens : « chrétiens dévoyés » qui marchent en vertu de la vitesse acquise et, avec les idées de justice et de solidarité, se sont refait une religion. Mais la masse des autres,