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A Tarse, où il y avait des écoles célèbres

égaré dans le manichéisme, enseignaient plus efficacement aux autres où devaient se porter leurs efforts. Mais, sans trop les mettre en cause tous les deux, ni surtout les comparer à nos modernes convertis, parce que l'un fut illuminé directement par le Christ, et que l'autre est peut-être le plus grand génie du Christianisme, est-ce qu'un Newman et un Manning, par exemple, ne sont pas pour nous, dans la bataille des idées où se joue le sort des âmes, un incomparable appoint? De même, toute proportion gardée, un F. Brunetière, bien que je ne songe pas, même de très loin, à en faire « un Père de l'Église ». Il vous souvient peut-être du programme d'action, sinon complet, du moins très actuel et très beau, qu'il traçait à Tours, le 23 juillet 1901, pour la « Jeunesse catholique ». Relisons-le ensemble, s'il vous plaît, pour en goûter la sévère grandeur et Pà-propos.

« ... Voyez les choses comme elles sont1. Vous avez affaire à des intellectuels et vous ne gagnerez rien que sur eux et contre eux. C'est à eux qu'il s'agit de montrer que la science, en dépit de certains savants, n'a rien pu ni ne pourra jamais rien contre la religion. « Ce sont « des domaines séparés, a dit Claude Bernard,

1. Il venait de dire que, pour avoir raison de nos adversaires, Yaction sociale ne suffit pas.

(( dans lesquels chaque chose doit rester à sa « place.» Et il ajoutait : « C'est la seule manière « d'éviter la confusion et d'assurer le progrès « dans l'ordre physique, intellectuel, politique « et moral. » C'est aux intellectuels et contre eux qu'il s'agit de montrer que, pas plus que la science n'a supprimé le mystère, pas plus l'immutabilité des lois de la nature n'a fermé le monde, pour ainsi dire, à l'action du surnaturel. Il s'agit de leur montrer que, bien loin de s'opposer au développement du progrès religieux, l'immutabilité du dogme en est la condition; que cette immutabilité du dogme est l'unique fondement de la morale, s'il n'y a pas de morale sans un impératif qui la commande et sans une sanction qui l'assure ; que cette morale, la morale du Décalogue et du Sermon sur la montagne, est le bien commun, indivisible, universel, inaliénable, de l'humanité tout entière ; que le vrai progrès, le seul peut-être qui soit digne de ce nom..., serait de réussir à graver dans tous les cœurs les prescriptions de cette morale; et qu'enfin, ce progrès, le christianisme est seul capable de le préparer et de le consolider; j'entends le christianisme épuré de tout esprit de parti et rendu, pour ainsi dire, à son universalité1. »

1. Discours de combat^ nouvelle série, pp. 119-120. L'action catholique.

La citation est longue, j'en conviens, mais je n'ai pas cru devoir trop l'abréger, ne fût-ce que pour faire toucher du doigt le service que l'Église peut attendre des esprits de cette envergure, et de cette trempe, quand la force de la vérité les lui amène. Ce programme, ou plutôt ces quelques idées qui lui étaient chères, le conférencier, devenu franchement catholique, les a développées, ici ou là, au hasard des circonstances ; et il se proposait de les creuser plus profondément dans sa grande construction apologétique. Aussi un autre Académicien a pu dire de lui, au lendemain de sa mort, qu'il était « l'un de ces rares laïques contemporains qui eussent lu la Somme de saint Thomas, le seul capable de récrire cette Somme pour notre âge1 ».

Qui le sait ? Et que valent de tels jugements ? Mais M. de Vogué, par ce salut au lutteur tombé sur la brèche avant l'âge, entendait louer Fimmensité de son érudition, constamment tenue à jour, et la vigueur peu commune de sa dialectique. Cependant — et cette autre conclusion de mon travail sera probablement, pour plus d'un, assez imprévue — j'aimerais mieux que cette Somme, s'il était possible à quelque contemporain de la

1 . Vle Eugène-Melchior de Vogué : Ferdinand Brunelière, Revue des Deux-Mondes, 1er janvier 1907.

reprendre et de la récrire, fût faite par une intelligence qui eût toujours été vierge d'erreur et d'hérésie. Voyez, en effet, ce qui se passe, de notre temps, autour du nom et de la doctrine de Newman ; combien l'illustre converti, malgré l'absolue pureté de ses intentions, nettement hostiles au modernisme, et la sérénité de sa foi, serait-il navré de voir que plusieurs, et en Angleterre et chez nous, interprètent si mal son enseignement! C'est que les habitudes intellectuelles, malgré qu'on en ait, laissent dans l'âme une empreinte durable1. Je préférerais donc, pour cette tâche, un grand esprit nourri dès l'enfance dans le goût de la vérité catholique, et, en même temps, largement ouvert aux besoins et aux aspirations de son siècle : un Thomas d'Aquin ressuscité, un Bossuet non gallican; ou, à un étage inférieur, un Pie, un Freppel, un d'Hulst... Qu'il se lève donc; et que, dans la nuit où tant d'opinions s'entre-choquent, il vienne à notre aide ; qu'il bâtisse pour nous ce « palais d'idées » où d'autres voyageurs, fatigués de tous les systèmes qui éclosent, pourront se

1. De tels hommes, si honnêtes, si intelligents et si chrétiens qu'ils soient, ne se montrent pas toujours, « sur les nouveautés de doctrine, prudents jusqu'au scrupule et soupçonneux jusqu'à la prévention ». Je goûte beaucoup cette parole et ce sentiment de Louis Veuillot, qui fut, lui, un si admirable converti et un soldat si vaillant de l'Eglise catholique.

reposer quelque temps dans la paix de l'âme, dans la joie de la lumière et de la vérité ! Exoriare aliquis /...

En attendant, remercions Dieu qui, des chemins de l'erreur où elles s'étaient égarées, ramène de hautes intelligences au chemin de la vérité, au foyer de l'Eglise catholique, pour être, à la fois, et un argument victorieux en sa faveur et, dans le combat, de très précieux auxiliaires. Car, ce besoin de Dieu, qui tourmente l'âme humaine, ils ont prouvé, une fois convertis, et parles arguments de leurs livres, et mieux encore, par leur vie, qu'il ne peut être pleinement satisfait que dans l'Église catholique...

Paris. — Imp. Levé, rue Cassette, 17. — S,

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