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C'est le mot de Brunetière, dit à Besançon

2. « La constitution même du cœur humain nous permet de comprendre les lenteurs de toute conversion religieuse... Cette démarche libre, par laquelle un homme intelligent fixe sa destinée, exige une longue préparation de l'esprit et du cœur. Ce que l'oreille a entendu, il faut aussi que le cœur l'entende; ce que l'esprit a saisi, il faut encore que toute l'âme le goûte. Que de préjugés à dissiper, que d'impressions à effacer ! Et, comme la religion tient l'âme aux fibres les plus profondes, c'est un tempérament nouveau qui doit se substituer au tempérament ancien : c'est comme une seconde nature qu'il s'agit de créer. » (J. Guibert, Le Réveil du catholicisme en Angleterre au XIX* siècle, p. 12d. Paris, Vn Ch. Poussielgue, éditeur.

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lectuelle et mit fin aux hésitations de leur volonté. Bien plus, comme on ne saurait être bon chrétien en notre temps sans être un apôtre, ils se sont faits les apôtres de cette foi qu'ils ont laborieusement reconquise. En prose et en vers, F. Coppée chanta les bienfaits de la religion de Jésus-Christ. M Paul Bourget, dans chacun de ses romans nouveaux, dans l'Étape, Un Divorce, même V Émigré, s'est fait comme le prédicateur de la fécondité sociale du catholicisme. Les Foules de Lourdes, qu'estce autre chose qu'un hymne d'amour et de reconnaissance à la nouvelle Eve, à la Vierge, « Lumière de bonté qui ne connaît pas les soirs, Havre des pleure-misères, Marie des compatissances, Mère des pitiés », qui se révéla, sous le nom de l'Immaculée Conception, dans la grotte de Massabielle, à une humble pastoure de la montagne ? Sainte Lydwine de Schiedam est un livre étrange, assurément, mais combien empoignant ; et comme il s'éclaire d'une lueur fulgurante, quand on réfléchit que Huysmans, par l'héroïsme de ses dernières souffrances et de sa mort, l'a imprimé dans sa chair, après l'avoir écrit avec tout son cœur! Ce n'est pas une exagération, non plus, d'affirmer que Brunetière est tombé sur la brèche, comme un vaillant soldat, en luttant pour la foi chrétienne, en voulant aplanir pour les

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autres « les chemins de la croyance ». Ceux qui l'ont vu assis à la table du conférencier, qui ont contemplé la flamme aiguë de son regard et entendu sa voix martiale sonner la charge, sentaient que chacun de ses « discours de combat » diminuait d'autant ses forces et pompait le sang de ses veines. Et le dernier arrivé, Adolphe Retté, que fait-il maintenant, chez les Bénédictins exilés en Belgique, sinon d'achever la conversion parfaite dont il nous a raconté les débuts en un livre très émouvant, et de se former, dans la méditation et la prière, à la vie d'apostolat qu'il veut mener parmi le monde ? En vous livrant ces réflexions, j'ai l'air de m'attarder ou même de m'écarter de ma route. Mais non : car ceci éclaire cela ; et de tels actes jettent un éclat singulier sur les motifs qui les ont produits.

Il est juste, et il m'est très doux, pour la même raison, de vous faire observer que nulle considération d'intérêt humain n'a pu influer sur leur décision. Au moment où ils se rangeaient résolument parmi les catholiques, TÉglise n'avait aucun avantage matériel à leur offrir ; et l'État, tombé au pouvoir des Loges maçonniques, l'État, quitenaitrigueuràl'Eglise et qui allait se séparer d'elle, ou même qui venait de le faire, ne pouvait que leur savoir très mauvais gré de leur adhésion : car elle

tombait à point, comme un soufflet, sur la joue des persécuteurs. De fait, ainsi qu'il arrive dans la bataille, les ennemis leur furent injustes; et leurs alliés nouveaux, parfois, furent oublieux. On sait, par exemple, que F. Brunetière avait ardemment désiré, comme couronnement de son brillant professorat, la chaire de littérature au Collège de France, et que, à cause de sa conversion, « au grand scandale du monde universitaire et lettré, cette ambition légitime fut déçue par la véhémence des passions politiques (et j'ajoute religieuses) et la pusillanimité des pouvoirs publics1 » ; et que, Tannée précédente, il fut le seul à être privé de sa chaire à l'Ecole normale, sans compensation, alors que les autres maîtres de conférences étaient transférés à la Sorbonne. On sait, de même, que, pour avoir maladroitement conseillé à l'Episcopat de France Fessai loyal de l'odieuse loi de 1905 sur la Séparation, il reçut en plein front, comme une injure, l'épithète de « soumissionniste ». Assurément l'écrivain et ses co-signataires s'étaient trompés. Pie X eut raison de ne pas se rendre à leur désir. Mais les catholiques n'eurent-ils point tort de faire fi de la bonne intention et, pour cela, de bouder l'athlète ? Encore un coup,

1. Eugène-Melchior de Vogué, Revue des Deux-Mondes, 1" janvier 4907.

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n'estimez-vous pas que les attaques des adversaires et l'ingratitude des amis font valoir puissamment le témoignage qu'ils ont rendu à l'Église catholique * ?

Ceci accordé, voyons donc quel est ce témoignage. Nous allons constater, sans peine, que les motifs qui l'ont dicté peuvent varier beaucoup, tout comme les tempéraments.

Vous connaissez le proverbe : « Tout chemin mène à Rome», c'est-à-dire, si je ne me trompe, à la sainteté et à la canonisation qui la consacre aux yeux du monde. En repassant dans votre esprit les chemins divers que nos convertis ont parcourus2, vous vous convaincrez

1. «Ce fait n'est-il pas très remarquable.,, que plusieurs écrivains laïcs, tout à fait indépendants et désintéressés, puisqu'ils ne peuvent attendre immédiatement de leur acte que des moqueries et des injures, confessent publiquement leur retour aux croyances religieuses ? (Il s'agissait de Huysmans, de Verlaine, de Brunotière et de lui-même.) Et n'est-ce pas là une preuve manifeste que, parmi tant de ruines accumulées par la banqueroute sentimentale philosophique, politique et sociale de cette désastreuse fin de siècle, la foi reste debout, pareille à ces imposantes cathédrales qui fermes sur leurs assises depuis tant de siècles, attestent la force inébranlable du christianisme et la permanence de l'Église ? (Goppée, La Bonne Souffrance, pp. 233-234.)

2. «Il y a bien des chemins qui mènent à la croyance. » Brtjnetière, Discours de combat, nouvelle série, p. 45. « Les arguments classiques ne peuvent avoir d'influence qu'en devenant pour chacun des certitudes personnelles. » (Revue pratique d'Apologétique,!" décembre 1907, p. 344, article de M. Lebreton.)

aussi que de toutes les régions, même les plus éloignées et les plus étrangères, on peut et on doit revenir à l'Eglise. Il est très clair que « ni la vérité n'attire à soi toutes les intelligences par le même côté d'elle-même, ni la religion ne touche tous les cœurs au même endroit. Et, quoique individuels,... il n'y a pas un de ces « cas humains » qui ne pût servir de point de départ à toute une direction de l'Apologétique1 ».

Le cas de F. Coppée2 est le plus simple de tous. Dans la préface de la Bonne Souffrance*, il nous a fait le récit de la révolution morale qui Ta rejeté dans les bras de Dieu. Elevé chrétiennement, il fut fervent jusque vers la quinzième année. Survint la « crise de l'adolescence » et, avec elle, les chutes. Par fausse honte, par crainte des aveux nécessaires, le jeune homme cessa de pratiquer. Puis, comme bien d'autres, il chercha, pour s'excuser, dans sa raison et dans la science, des arguments

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