DÉDICACE
Aimer longtonips, infatigablement, toujours, c'est ce qui rend les faibles forts.
MlCBELBT.
Je n*ai pas mis ton nom en tête de ce livre, Et pourtant tu sais bien qu'il fut écrit pour toi ; Car ton cœur est le vase où j'ai puisé ma foi Et les ferveurs d'amour dont mon être s'enivre ; Tout ce que j'ai chanté, tout ce que j'ai rêvé, Tout ce qu'en moi le temps laisse d'inachevé ; Les folles visions où ma raison perdue Court errante et rapide à travers l'étendue ; Les travaux sérieux que mon cerveau lassé Accumule à plaisir en un long labyrinthe Où mon esprit regarde et s'avance avec crainte, Abandonnant souvent le chemin commencé ; Les beaux châteaux d'azur du pays des féeries Qu'ouvrent devant mes pas les lentes rêveries ;
Le soleil qui reluit aux rivages lointains
Que baignent de leurs eaux les fleuves incertains;
Les villes des rois noirs aux coupoles dorées ;
Les longs bois de palmiers dont le sommet mouvant,
Comme de blonds cheveux balancés par le vent,
Frôle le sable rose aux surfaces moirées ;
Les déserte incomius où l'on marche en tremblant,
Précédé du hadji vêtu d*un burnous blanc ;
Cette aspiration immuable et profonde
De rendre l'homme bon et de jeter au monde
Des préceptes sacrés de sagesse et d'amour ;
Mes croyances au Dieu de la vie éternelle
Oui fait vibrer en tout son âme univei'selle
Et montre après la mort l'espoir d'un nouveau jour;
Tout ce que je pressens et tout ce qui s'achève ;
Mon désir, mes regrets, ma volonté, mon rêve.
Ma tendresse, où m'enchaîne une invincible loi.
Tout monte vers ton cœur pour aimer, croire et vivre 1
— Je ne mets pas ton nom en tête de ce Uvre,
Et tu sais bien pourtant qu'il est écrit pour toi !
Décembre 1857.