LES SEMAILLES
SONNET
Quand nous nous verrions non-fieulement délaissés de tout le monde, mais tout le monde contre nous, nous ne laisserions pas pour cela, jusqu'au dernier, de nou§ défendre, vu Téquité et la Justice du fait que nous maintenons.
GdILUUME le TAC1TU11!<(£.
Lorsque le laboureur, marchant sous les rayons D'un soleil de novembre, au loin répand la graine Où dorment les épis qui jauniront la plaine, Et qui seront plus tard fauchés sur les sillons ;
11 ne sait si le grain qu*il disperse à main pleine Ira nourrir le riche ou le pauvre en haillons,
Ou si, dans le flanc noir des âpres tourbillons
Le vent l'emportera ! — Qu'il aille où Dieu le mène !
Comme le laboureur jetant la graine au vent,
Jetons notre pensée à travers tous les hommes
Sans nous lasser jamais, ô semeurs que nous sommes!
Nuit et jour, jeune ou vieux, au ponant, au levant , Partout, toujours, jetons la se|nence éternelle : Dieu saura la conduire où Ton a besoin d'elle !
Février 1856.
TBRREr TERREf
Pourquoi avez-vous peur, gens de peu
de foi ?
Saint Matthieu.
O C4h]?k4dfh6 Colomb 1 6 martyr i à glrarad sage ! Quand de tes matelots- abdiquant touf courage La rumeur imbéeUe animât jusqu'à toi ; Quand la menaee lâche et les eri$ et Fk^juré S^élançaient vers ton front (kâs un bAPdi BSMtfEHirei Lorsque tu n*avad& plus pour soutien que ta foi y
Quand, meurtrissant de coups ton âme endolorie, Ils te redemandaient leur ancienne patrie Et le clocher natal, le champ et la maison ; Quand niant ton génie et repoussant ton rêve Ils voulaient revenir au havre de leur grève Et qu'ils se détournaient de ton cher horizon ;
Alors tu leur disais : Ëncor une semaine, Encor, encor trois jours, car la terre est prochaine Où nous devons trouver la fin de nos travaux ! Et tu leur promettais, plein de ta foi féconde, Que bientôt ils pourraient aborder à ce monde Que ton regard cherchait sans trêve et sans repos !
Ils t'écoutaient ! Tu l'as trouvé, ce monde immense !
Et la terre aujourd'hui fait encore sQence
En tressaillant d'orgueil au seul bruit de ton nom ;
Tu ne doutas jamais de ta haute aventure.
Et sans të soucier de ta gloire future
Tu marchas intrépide , et toi seul eus raison.
Pourquoi n'es-lu plus là, sublime capitaine?
Les temps sont revenus de recherche incertaine , Nous voguons au hasard vers le monde nouveau ; Sans boussole, égarés sur les océans mornes, Et fouillant du regard les horizons sans bornes, Nous allons ballottés entre le ciel et Teau !
Vois ! nous ne rencontrons que rochers et naufrages, L'atmosphère est épaisse et le ciel noir d'orages ; Le découragement a saisi les plus forts; L'embrun, gros de périls, sort des flots pleins d'écume. Et ses brouillards obscurs se mêlent à la brume Pour cacher à nos yeun le phare ardent des ports !
La voile est en lambeaux et l'oiseau des tempêtes •Plane funèbrement au-dessus de nos têtes; Le pilote éperdu met son front dans ses mains ; Le gouvernail brisé bat les flancs du navire. Les fanaux sont éteints et la vague en délire Déjoue en mugissant tous les efforts humains !
Une épouvanté impie a gag))4 )*é^v^iif e ;
Les uns coiMihés, moayanfts, contm tekiistii^age,
Sanglotants etcrisuits, de ttepreni* abrotis,
Ayant tout oubtié, tes périls et te voûte j
Le cœur faili, les yêux ferftiésv l'unie en déroute ^
Disent : Hélas ! pDarqmi sommes-nous donc partis?
D'autres, comme un noyé qui se fsttcvoche m% branches ,
Se soulèvent encore ; ils^ dépècent les pfenches,
Les mâts et les plat^-borde pour construire un radeau ;
Guidés par je ne sais quelle Me espérance,
Us oseront tenter leur vsdne dâivrasee.
Et sous les goëmoû& ti*ouverMt un toc^ieM.
D'autres, pour alléger le nîmre êti détresse, Laissant parleif tout ba^t leu^ âme pécbere^e Et pensant palUer leur froide lâcheté, Reniant tout devoir, toute fot, tout courage. Jettent, à qui mieux mieux, par-dessus le bordage, Leur lourde conscience avec leur probité.
D^autres plus résolus, hélas! en petit nombre, La manche retroussée el dispersés dans Tombre, Sans écouter les cris de tous les défaillants, Gardant au fond du cœur la croyance au grand œuvre. Courent au gouvernail, grimpent dans la manœuvre, £t hittent les derniers debout, droits et vaillants !
Capitaine fervent ! ô découvreur ! ô maître ! Si dans cet ouragan tu venais à paraître, Si, de l'horizon noir pénétrant les secrets, Tu venais te mêler encor parmi les hommes.
Souriant de mépris aux périls où nous sonunes, Et raillant nos efiErois insensés, tu dirais :
« Debout, les matelots I Espérance 1 énergie I « Secouez vos torpeurs et montez en vigie ; « Gravissez les haubans jusqu'au sommet des mâts; « Ne vous arrêtez pas : plus haut, plus haut encore ; « Sans repos et sans fia regardez vers Faurore, « Le pays radieux que Ton cherche e§t là-bas !
«Elle est là-bas, au loin, celte terre voilée; « Elle se montrera quand la brume envolée « Aura fait la mer calme et rendu le ciel pur ; a Vous la verrez alors rayonnante et splendide , « Mirant ses sables blonds dans l'océan limpide, c< Couchée à Thorizon sous l'immuable azur.
« Qu'importe l'ouragan ! qu'importe le tonnerre !
c( Qu'importent les lourdeurs qui chargent l'atmosphère !
« Agrandissez vos cœurs et croyez au ciel bleu !
« L'imprescriptible espoir qui bat dans vos poitrines,
« Et qui vous a poussés sur les vagues marines,
« Est, n'en doutez jamais, la promesse de Dieu !
« Vous reniez déjà l'essor de vos pensées,
« Vous jetez à l'oubli les fatigues passées,
« Les rêves du dépai't, le chemin parcouru,
« Et parce qu'un ciel noir a caché la lumière,
c( Vous vous tordez les mains, vous tombez en prière,
« Et croyez qu'à jamais le jour a disparu.
(( Mais ne sentez-vous pas. glisser sous leô nuages « Les parfums enivrants arrachés aux rivages, « Et parmi les oiseaux, précurseurs de la mort, « Qui volent près de vous avec un grand bruit d*aile, « N'avez-vous donc pas vu la paisible hirondelle a Qui chante à la tempête et qui connaît le port ?
« Si vous êtes maudits et si, comme Moïse, « Vous ne pouvez entrer dans la terre promise ; « Si Dieu d'un sceau fatal a marqué votre* front, « Si vous devez toujours, allant de grève en grève, « Quêter la terre en vain et ne la voir qu'en rêve, « Et bien ! qu'importe encor, vos fils y toucheront !
« Ils iront prosternés, abordant à la plage
« Que vous aurez cherchée avec tant de courage,
« Parmi tant de dangers et tant d'énervements,
« Et bénissant le nom des glorieux ancêtres,
« Sur les sables heureux ils marcheront en maîtres
« Et planteront leur tente aux rivages charmants 1
« Et puis ils bâtiront, dans la cité nouvelle,
« Le temple merveilleux de la paix éternelle,
« Le temple aux grands piliers d*amour et de bonheur
« Que vous avez un jour entrevu dans un songe,
(( Que les lâches tremblants ont traité de mensonge,
« Et que pour vos enfants réservait le Seigneur ! i>
Avril 1855.