SOLEIL COUCHANT
Vous que dans le calme de la nuit éveille un cœur plein de souci et d'amertume, Diou vous rende des heures tranquilles ! Dieu vous fasse sains et contents.
• Herel.
Mon àme était partie, ainsi que dans les rêves, Vers le pays obscur où tout est nuit et deuil ; J'avais au fond du cœur la pointe des sept glaives; Je me sentais plus mort qu'un mort dans son cercueil.
Des désolations ardentes, éperdues, Psalmodiaient en moi leurs sinistres concerts; Mon œil fouillait en vain les mornes étendues, Je me trouvais tout seul dans le vide univers;
J'avais froid, j'avais peur ; mes paupières brûlantes Laissaient couler des pleurs qui ne pouvaient tarir; Je voyais s'envoler mes vertus chancelantes ; Je me disais tout bas : Pourquoi ne pas mourir ?
Je sortis de chez moi; Paris était tranquille ; On allait, on venait, on paraissait heureux; Des hommes affairés se pressaient dans la ville. D'autres riaient tout haut en se parlant entre eux.
Octobre commençait ; les feuilles desséchées S'agitaient tristement sur les arbres noircis, Et, par le vent du nord à leur tige arrachées, Elles tourbillonnaient sous les cieux obscurcis !
De jeunes cavaliers aux façons élégantes Galopaient lestement par le large chemin.
Et suivaient du regard les calèches fringantes En leur faisant de loin un signe de la main.
Chacun était joyeux; seul, pressant en silence La blessure insondée où saignait ma douleur, Ainsi qu'un naufragé qui bat la mer immense, Je me sentais perdu dans ce monde railleur.
J'allais, baissant le front sous la force malsaine Qui fait le cœur amer, plein de doute et méchant; J'allais, et m*arrétant près des bords de la Seine, Je relevai les yeux vers le soleil couchant.
Au fond du ciel montait une brume sanglante Qui poussait son flot roux vers l'horizon troublé; Le soleil s'abaissait et, dans sa marche lente, Semblait un disque d'or sous la pourpre voilé ;
Des nuages pesants, allongés, immobiles.
S'étendaient lourdement sous les fauves clartés. Sombres et monstrueux, pareils aux crocodiles Qui dorment dans l'Indus sur les rocs écartés ;
Mes yeux se remplissaient de larmes afïluées, Mon àme s'abreuvait de douleur et de fiel, Et je crus voir,. hélas ! dans ces rouges nuées Tout le sang de mon cœur répandu sur le ciel !
Octobre 18...