‹ Les convicts en Australie (volume 2)Chapitre 10 sur 112 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

les uns sur les autres , mais ils ne dénoncent point leurs larcins réciproques.

Un jour que je traversais la prison, j'entendis les invectives que s'adressaient mutuellement deux déportés :

« Tu n'es qu'un lâche, disait l'un des deux, un misérable poltron. Les vols que j'ai commis, personne ne peut prétendre qu'ils aient été faits maladroitement. Mais, toi, canaille, en pourrais-tu dire autant?

— Quoi, tu oses m'insulter, infâme coquin, répondait l'autre ; toi qui dois être si étonné de n'avoir pas encore été pendu 1 toi qui ne fais pas plus de cas de l'existence d'un chrétien que de la vie d'un chien! Tu oses me dire des injures, sans réfléchir qu'un mot suffirait pour t'envoyer à la potence! Attends! attends! je vais te fermer la bouche. »

Je m'interposai aussitôt pour empêcher les voies de fait. Le capitaine du pont. Paddy, était accouru (le son côté. Je jugeai à propos de lui faire subir lin interrogatoire. Je m'attendais, d'après des reproches si violents, à entendre la révélation de quelque crime épouvantable ; mais notre capitaine du pont m'apprit qu'il s^agissait simplement d*une dénonciation faite par l'un des deux antagonistes. Ce n'était pas même une dénonciation , ce n'était qu'uh aveu de complicité. L'un de ces drôles avait

2i LES CONVICTS EN AUSTRALIE.

volé le sac d'un matelot, et, pour fermer la boucht* à son camarade, témoin du méfait, fl avait partagé avec lui le produit de son vol. Mais ce dernier s'était grisé «isuite en compagnie du matelot victime du larcin; il avait le vin tendre , et, dans son ivresse, ayant éprouvé subitement la plus vive sympathie pour son compagnon de débauche, i] lui avait tout conté. C'est ce qui faisait le sujet de la querelle. Je fis comparaître les deux voleurs et j'eus, en cette circonstance, un exemple de l'effronterie que montrent souvent les déportés.

Lorsque je rappelai au premier ses aveux , il affecta le plus profond étonnement. Sa physionomie prit un air d'humiliation comme s'il eût réellement éprouvé le plus vif chagrin à la pensée qu'il pût être l'objet d'une telle accusation. Non-seulement il nia obstinément ce qui était l'évidence même*; mais encore il m'exprima le regret le plus vraisemblable d'être si mal placé dans mon opinion. Si je n'avais pas su, à n'en pouvoir douter, qu'il était coupable , j'aurais été touché de ses protestations.

Ce fut bien autre chose encore quand je passai à l'interrogatoire de son complice. Le rusé coquin commença par regarder négligemment autour de lui, comme si l'accusation s'adressait à tout autre. Puis il sourit niaisement en affectant de croire que je voulais plaisanter. Il me lit répéter vingt fois h\ plainte , me regarda d'un air ébahi comme sMl

Page 1