‹ Les convicts en Australie (volume 2)Chapitre 9 sur 112 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Cette observation fît quelque impression sur l'esprit de M. Brov?n.

« Le drôle est, en effet, bien capable de boire sans demander qui remplit sa bouteille, dit -il. Faites donc comme vous l'entendrez, docteur ; au surplus, c'est votre affaire. Vous avez la conduite de ces gens-là , et je ne suis chargé que de diriger le navire. Dieu sait pourtant que je voudrais avoiiune toute autre cargaison à porter. Parlez -moi d'un commerce pacifique sur la côte d'Afrique, où l'on puisse réaliser , sans bruit , des bénéfices de deux cents à deux cent cinquante pour cent. Voilà une occupation raisonnable et digne d'un marin. »

Le capitaine accompagna ces mots d'un geste très-significatif des épaules, et, lançant une bouffée de tabac qui ceignit sa tête d'une auréole de fumée, il tourna les talons et rentra dans sa chambre.

A partir de ce moment-là , nous eûmes tous les jours une escouade de convicts employés à haler sur les manœuvres. L'équipage, loin de paraître mécontent de celte innovation, accepta dès le premier jour avec plaisir une aide qui tendait à diminuer ses fatigues. Quant aux convicts, ils regardaient ce travail comme une distraction. Ceux qui étaient admis sur le pont sans être autorisés à y participer regardaient les autres d'un œil d'envie,

et l'empire seul de la discipline les empêchait de se joindre à eux et de donner , dans Toccasion , leur coup de main.

Le jeu est la principale occupation des convicts , pendant les heures de loisir qui leur restent après le nettoyage de la prison , des vêtements et la promenade sur le pont. On combat cette passion, mais il est très-difficile de la détruire complètement. A défaut de cartes et de dés , les déportés ont mille inventions pour courir les chances du hasard. A défaut d'argent, ils jouent leurs rations, et parfois Campbell eut à traiter dans l'hôpital des malheureux que l'inanition avait rendus malades. Les paysans, ceux d'Irlande surtout, sont toujours dupes des citadins infiniment plus madrés. On voit de ces nigauds jeûner plusieurs jours de suite parce qu'ils ont perdu leurs rations pendant ce laps de temps. Mais d'autres n'ont pas la même intégrité. Ils acquittent au moyen du vol leurs dettes de jeu , et dérobent à cet effet tout ce qui leur tombe sous la main. Les anciens de la bande, qui, de manière ou d'autre, s'arrangent pour ne jamais perdre^encouragent ce genre de payement. C'est une satisfaction pour eux de voir les novices entretenir lem* adresse pendant la traversée. Ces vols ont lieu la plupart du temps au préjudice des autres déportés , «aussi le bruit n'en arrive-t-il que rarement aux oreilles de l'autorité. Les convicts exercent des représailles

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