‹ Les convicts en Australie (volume 2)Chapitre 33 sur 112 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

gnette pour voir qu'en somme l'auditoire n'était pas composé de la fine fleur de l'aristocratie. Le jeu des acteurs ne fut rien moins qu'irréprochable ; la plus modeste troupe de province vaut celle de la capitale de FÂustralie. L'amoureux de la belle Hélène avait évidemment fait abus du rhum de la Jamaïque, et celle-ci paraissait avoir également puisé des inspirations à la même source.

Avant la fin de la représentation , je regagnai mon hôtel, et j'y terminai la première journée de mon séjour en Australie par un sommeil que ne troublèrent pas , Dieu merci , ces horribles produits du soleil et de l'humidité « véritables fléaux des pays chauds, dont l'Australie est exempte : les moustiques.

CHAPITBE IT.

Débahpiement. — [Régime de la prison. — Emploi deB déportég au

■errice dn i^ouyememeiit.

Le lendemain, au lever du jour, je retomnai à bord de notre navire. Le secrétaire ^néral du ^BTcwernement y était attendu ; il devait passer es newue nos convicts et les interroger séparéanent. L'nbjct de cette visite ei^ surtout de connaître la profession de chaque déporté. Les ouvriers «obI retenus en général pour les travaux du gouvernement; les individus de professions sédentaires, clercs, commis, entrent au service des particuliers. Les paysans , et , en outre , tous les déportés appartenant à cette nombreuse classe de gens qui n'ont jamais exercé aucun état et qui ont toujours vécu d'industries illicites, sont destinés à passer dans rintérieur comme gardiens de troupeaux et garçons de ferme.

L'ambition des convicts est de demeurer à Sidney. Ds emploient toutes les ruses imaginables, soit poiu" dissimuler leur profession,, s'ils sont ouvriers, soit pour se donner un état qu'ils n'ont

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jamais exercé réèlkinent. De son côté, le secrétaire du gouvernement, aidé par ringénieur en chef et par d'autres agents supérieurs, s'efforce de coccmaitre la vérité par de longs interrogatoires. Un taldeau détaillé contenant les noms, la profession et les antécédents de chaque déporté est adressé d'avance à l'autorité locale par le gouvernement métropolitain. Ce document sert de contrôle aux réponses des convicts. L'un, des stratagèmes employés par les convicts pour édiapper au service du gouvernement, consiste à se faire réclamer par les déportés émancipés de Sidney. D se trouve toujours à propos pour l'usage des convicts des pères, des frères, des cousins prétendus qui sont prêts à affirmer par serment leur parenté d'occasion. Sidney fourmille de vieilles coquines qui, à l'arrivée des déportées du sexe féminin, remplissent très-convenablement, pour qudques schellings , le rôle de tendres mères.

Un jour, le secrétaire du gouvernement vit sur le pont deux femmes assises , enlacées dans les bras l'une de l'autre et répandant une prodigieuse abondance de larmes. Il les questionna, et la plus âgée répondit d'une voix entrecoupée de sanglots que l'autre était sa fille chérie, inopinément retrouvée après une séparation de plusieurs années. La tenue de c^te femme était déoente ; ses manières annon-r <;atenit une certaine éducation , et ses larmes étaient

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si vraies en apparence que le fonctionnaire se sentit touché. Il exauça les vœux de cette excellente mère en lui rendant sa fille. Mais peu de temps après, on lui apprit qu'il avait été dupe d'une comédie, et il fut obligé de séparer ces deux femmes, car la plus âgée avait rendu la plus jeune à Faucien métier qu'elle avait exercé dans les rues de Londres.

A la suitp de l'inspection du secrétaire général, il se trouva que nous n'avions à bord aucun ouvrier des professions qu'utilise le gouvernement de la colonie. Les maçons, les charpentiers , les forgerons sont presque toujours retenus pour le service public. Il n'y eut pas un seul de nos coquins qui voulût avouer des talents en ce geim-- A les entendre , ils n'étaient bons qu'à faire des domestiques. Le plus lourdaud de nos paysaii> d'Irlande voulait se faire passer pour valet de chambre , et un gaillard taillé en Hercule, haut de près de six pieds, jura qu'il avait été grooin à Ijondres. Les trois beaux esprits de la troupe. Nelson, Wellington et Blûcher, se donnèrent modestement la qualité d'employés, et Bob, qui venait le dernier, voyant que ses camarades avaient pris^ les autres qualifications qui eussent été à sa convenance, répondit effrontément au fonctionnaire qui lui demandait son état: h Je suis homme de lettres. » Le drôle avait une tète de boule-dogue.

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