‹ Les convicts en Australie (volume 2)Chapitre 44 sur 112 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

« Pimr quel port êtes-vous frété, Jack? »

Cette question me parut tant soit peu hardie» La -ëg^Ie générale est d^éviter la compagnie des in- MMinns. Cependant , en dépit du proverbe : « Disnoi qui tu hantes, je te dirai qui tu es, » j'ai touours eu du penchant à ne laisser passer aucun ncid«nt, même équivoque , sans chercher à Tap- >rof0ndir. Cette fc»s , m'apercevant que mon pféendu marin nariguait sons de fausses couleurs, je le pus résister au désir de savoir où il voukit en i^efirir.

. Prenant un air de simplicité* je l'encourageai à devenir plus communicatif. Il se mit alors à me vanter les merveilles de l'Océan, les félicités de la vie de marin, en insistant avec une emphase toute particulière sur la ration journalière de grog et autrei? particularités du même genre. Il entrelardait sa conversation de termes nautiques qu'il avait $ans doute appris dans la compagnie de matelots ivres.

« Vous êtes mi vieux marin? lui dis-je.

— El comment ne le serais-je pas, répondit-il, puÊsque j'ai été ballotté sur ta mer d^Hiis quinze années , et que je viens seulement de mettre pied à terre pour dépenser ma paye ? Quand il ne restera plus rien dans ma cambuse, je ferai m<m paquet et je retournerai à bord de quelque bâtiment. Mais ne vmilez^vous pas arroser notre conversa-

iOH LES GONVICTS EN AUSTRALIE.

lion? Rien ne dessèche le gosier comme un flux de paroles à terre. »

En disant ces mots, il se dirigeait vers un débit do gin. En dépit de sa phraséologie, il ne fallait pas beaucoup de pénétration pour reconnaître qu'il faisait partie de cette classe méprisable dont les membres sont flétris, en Australie, d*un sobriquet ignoble. Le peuple, et surtout les matelots, leurs donnent le nom d'un poisson de mer fort commun. Us sont les agents recruteurs des capitaines des navires mouillés dans le port, et ils reçoivent une prime par tête de fbarin qu'ils amènent à bord, après lui avoir fait signer un engagement. Le bâtiment où ma nouvelle connaissance me proposait de m'embarquer était un baleinier. La pèche de la baleine est un genre de service très-pénible, et il est toujours difficile de compléter l'équipage des bâtiments qui y sont employés. J'affectais tant de crédulité et d'ignorance, malgré l'indignation qu'excitait en moi sa description mensongère d,e la mer et de la profession de marin, que le juif maudit, qui n'avait jamais mis le pied sur le pont d'un navire, crut en avoir fait bien vite assez pour obtenir mon consentement. Il me présenta une plume, poussa un papier devant moi, et, faisant sonner quelques pièces d'or qu'il m'offrit de m'avancei* sur mon salaire futur, il m'engagea vivement à signer un engagement provisoire, sauf à en

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