CHAPITRE Y
itiyiionMDâe des yoleaFs tilim à Siàney.
En Australie, tous les malfaiteurs ne sont pas entre les mains du gouvernement. Il en est <pii, à Fexpiratian du temps de leur peine, contiBueBt leur ancien métier à Sidjiey jssqu'à ce cpL'on i& reprenne et qu'il soient ccKoduits devant la justice coloniale. J*eus occasion, avant mon départ, de faire connaissance avec cette classe d'individus. 1/ G<mvernem'Maequarie était à la veille d'appareiller. La soirée. était frokle et humide, j'étais entré àsm un café, et, par passe-temps, je regardais jouer au billard, incertain de savoir à quel théâtre j'accorderais mon patronage. Une lourde main se posa sur mon épaule, et une voî& enroirëe maumura cfê mots à mon oneille :
« Je {mis vous faire voir un spectade phis afiUQ' sant , monsieur, À vous voul^ me suivre. »
Tournant vivement la tête , je rememànl le regard d'un robuste personnage à pfaysionoiiûe i^ boule-dogue , barbu comme un bouc : c'était Paddy,
LES GOimCTS EN AUSTRAUE. 99
gai, en récompeBBe de sa bonne conduite, ayait obtenu nn poste de ooi^ance dans la prison 4e Paratnatta, Les notions précieuses quH pouvait me fomnîr sur le caiactëre et les morars des déportes me rendaieiit, en ce moment, sa renomtre agrèa- Ue. n avait retrouvé 4ans la ville un grand nombre d'anciennes eonnsJssanœs, et un mms avaSt suffi pour rinitier à des erâtences dont je n'aurais jamais eu l'idée par moir^s^me, en supposant qae j'eusse passé vii^ amées en Australie.
Je lui fis signe de me montrer le chenmi.
Sdney^ comme toutes les grandes ^es , a son Saîut-GUles. Le <}Eiartier gé&âral des mendianis, des escrocs et des repris de justioe s'appdle « ks Roches, » da&s la capitale de l'Australie. Après de longs détours par fes rues les ptns mal éclairées et les plus mal fasnées^ im/m BerMaoes au bot de notre promenade nocturne. C'était une maison «où tout semblait disposé four échapper à la sinreillanoe de k pcfioe. Au dehois , cette babitalkm présentait l'aspect le phs ééceirt ; aucun indice ne révélait sa ph^sianoniie mtérienre* Sftd ne pouvait y être admis, â, par ses méfeits, il m is'Htait rendu digne de figura dans l'iMmorabie compagnie qui s'y réunissait. Les seuls iniâ£s (Amenaient entrée dans ce sanctura'e. Le mol 4e |Hisse était : € Tout va bien. »
Iton ititroducteur frappa d'une eeitaine maaaièPe ;
iOO LES GONVICTS EN AUSTRALIE.
il s*ensuiyit une reconnaissance à travers le gui chet de la porte , puis on tira des verrous et nous fûmes admis. Un vieillard, véritable cerbère, m'examina de la tète aux pieds, et nous conduisit par divers passages à une autre porte, qui fut ouverte après de nouvelles formalités. La salle où nous fûmes introduits était longue et basse ; on } voyait divers groupes, composés en tout d'une trentaine d'individus , hommes et femmes. A notre arrivée, toutes les conversations cessèrent; la compagnie s'assembla autour de nous. Alors je devins l'objet d'une multitude de questions faites pour la plupart en argot. Lorsque Paddy eut répondu que je n'étais ni un filou , ni un voleur de grand chemin, ni un évadé de la chaîne, une sorte de désap pointement se manifesta sur les visages, et mon importance présumée diminua beaucoup dans Tesprit de mes bûtes.
• Serait-ce un espion? dit un individu de uiau- > vaise mine ; et , au même moment , je sentis une légère secousse à ma poche.
— Non, répondit Paddy, c'est un ami à moi; bàte-toi donc de lui rendre son linge. »
Je regardai derrière moi : on venait de nveiiicver mon mouchoir.
Tournant la tète d'un autre côté pour réponiirt à une nouvelle question , je sentis un faible tiraillement vers la région de mon gilet : c'était m
I CHAPITRE V. iOl
montre qui passait entre les mains d*un adroit filou. Paddy avait remarqué les légèretés que ses compagnons se permettaient à mon égard. Il dénonça leur conduite au reste de la société avec tant d'indignation , que mes nouveaux amis renoncèrent à exercer plus longtemps leur adresse à mes dépens. Ils eurent même la générosité de me rendre ma montre et mon mouchoir.
Tout habitant de Sidney a entendu parler d'Élisabeth Meredith, la mère des voleurs. Personne n'a jamais su receler les objets dérobés et en disposer avec une telle adresse; personne n'a soustrait plus de malfaiteurs à la justice. La rusée vieille femme était assise dans un coin , fumant cette espèce de pipe que le peuple appelle « un brûleiriieule. » On me fit l'honneur de me présenter à <*!le. Ses yeux gris, ordinairement ^ifs et perçants, I lavaient en ce moment aucun éclat; sa voix, enrouée par l'usage immodéré du gin , était affectée d'nn tremblement continuel; et pourtant je ne pus, sans un certain frémissement, subir le torrent d'imprécations et de blasphèmes que vomit sur moi , sans me connaître , cette infernale créature. Mme Meredith avait, d'ailleurs, une excuse.... elle l'tait ivre.
n serait difficile d'énumérer les nombreuses professions exercées par toute cette canaille. Chacun déguisait sa véritable occupation : le vol, sous l'ap-
ICa LES CONVICTS EN AUSTRALIE.
parence d'im métier piddiquanent exercé. Vxm Y&aàaii d€& krgnteties , l'autre des allame^s chimiques. Le plos grand nombre spéculait sur la crédulité publique. Le vieux soldat , soî-disanl amputé d'une jambe , avait jeté de côté sa béqoâUe et marchait avec ses deux membres parfaitement siuns. Plus loin, un pauvre aveugle, que Dieu l'assiste , jouait aux caries avec un prétendu matelot qu'on aiH*ait cru privé de son bras droit , mais qui , s'étant débarrassé de ses tendages , avait recouvré le poing , dont il se servait pour menacer son adversaire.
l&ie certaine catégorie d'individus , à la physionjomie basse et aux allfEres tortueuses, semblait combiner quelque méfait à commettre ou réfléchir sur MIL crime accompli. La crainte était peinte dans tous leurs traits , et leur sombre visage présentait un contraste frappant avec les figures épanouies du coounun des escrocs de notre compagnie. Semblables à des animaux de proie, ces gens-là se montraient rarement pendant le jour. Quand l'ombre élait venue , ik se glissaient hors de la maison et se répandaienit dans la campagne , en quête d'un bcsi coup à faire* De tous les hôtes de cette triste demeure , c'étaient ceux qui m'inspiraient le plus de défiance. Mais heureusen^nt ils s'attachaient à éviter emxHtnèmes tous les regards.
- Je me raêki à plusieurs coupes. Ici on s'excr-
ciAnTiar t. los
ait à divers tours d'adresse; là, on apprenait à aire sauter la coupe et à retourner les atouts. Un oleur émérite, déjà sur le retour de Tâge, était Lssis y et tenait entre ses mains une sermre dont il expliquait le méeamsme. Jamais je n^avais tu d'éloliers si attentifs, et qui montrassent un tel désir le s'instruire, que ces apprentis dans Tart de forcer les portes.
Mais rhonnne qui attirait le pins nombreux en* curage était « le dédamateur. » Tous les filous de lotre réunion se montraient jaloux de se faire nitier à la science de cette partie lucrative de eur profession. Le déclaraateur. doit être doué par a nature d'un extérieur grave; il affecte des deriors de piété, et, pour se domier un air tout à fait orthodoxe, il porte des lunettes. Ses vêtements, d'une forme particulière , sont ceux que préfièrent les ministres de la religion, et, d'après la coupe de son frac râpé , on pourrait le prendre , à Oxford, pour un des plus respectables pédants de l'université. Ce n'est pas lui qui mettrait jamais la lumière sous le boisseau. Une parole abondante et facile , une grande présence d'esprit, et le don de découvrir les faiblesses des caractères, en feraient im sujet précieux pour propeser et soulesiir un candidat dans un bourg pom'ri. Je ne tardai pas à apprendre le motif qui avait déterminé l'un des membres de cette respectable corporsction à favo^
riser notre réunion de sa présence. 11 était eu ; mésintelligence avec la justice. Peu de temps auparavant , il avait eu Feifronterie de parcourir les environs en se donnant pour un missionnaire. Uii vrai ministre de Dieu, fort éloigné de penser qu'un homme de si édifiante apparence fût un loup couvert de la peau d'une brebis , Tavait fait officier dans son Église. A la fin du service, le faux apôtre, séduit par l'éclat de deux chandeliers d'argent, les avait cachés sous ses vêtements et s'était mis à jouer des jambes !
Mais un fumet savoureux vient frapper mon odorat* C'est un large chaudron suspendu au-dessus du feu qui l'exhale.
«« Venez, me dit Paddy, nous sommes servis. »
Je me penchai pour voir le contenu de la chaudière. Le liquide, en bouillant, amenait à la surface divers objets, tels qu'un os de gigot, une côtelette, une carcasse de poulet, une cuisse de dindon et une quantité de'croûtes et de fragments dont II eût été impossible de déterminer la nature.
« Que pensez-vous de notre cuisine ? me dit un drôle à mine de renard qui surveillait cette oUa podrida.
— Elle a très-bonne odeur, et , si j'en juge d'après l'apparence, le garde-manger d'un de ces coquins d'honnêtes gens a été mis à contribution pour notre repas.
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— Uue le ciel vous bénisse ! vous êtes un gitind innocent. Ne m'avez-vous pas vu ce matin rôder autour de l'hôtel royal et demander au cuisinier, (i*un ton plaintif, les restes du dîner pour nourrir une pauvre créature affamée? Voilà, ajoiita-t-il , tandis qu'un éclair de triomphe brillait dans son regard , voilà comment nous levons notre impôt , nous autres. »
En effet, l'odorante étuvée était composée des miettes tombées de la table du riche, recueillies (lans la besace d'un mendiant pendant sa tournée (|notidienne.
La compagnie avait déjà commencé le festin.
L'argus de la porte présidait, et c'est lui qui, plon- ?:eant dans la marmite une longue cuiller, servait à chaque convive, sans aucune préférence, une rquitable portion de ce ragoût équivoque.
« Sottise, murmura Paddy, qui aperçut dans mes traits la répugnance d'un estomac délicat. Vous avez été présenté ici comme mon hôte :
mangez, ou vous ferez injure à tous les convives. »
Lorsque mon tour vint et que la cuiller dispanit dans la profonde chaudière, je conçus l'espoir involontaire de voir la cuisse de dindon devenir mon partage, et réellement , dans l'assiette d'étain qui me ftit présentée, je trouvai le morceau désiré. L'avouerai-je ? cette portion de volatile, sans doute refusée, comme coriace, par quelque dame friande
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et dégoûtée, était deyeiuie délicieuse en passant par la dbaudière du mendiast.
Le jour sulTanl, dans PiDrStreet, je rencontrai l'ayeugle que j'avais tu jouer aux cartes;
« Silence est le mot d'ordre, n^s mattres, ditnil eu s'adressant à mon compagnon et à moi.
— Oui , répondi&-je : plus la langue est l^ite et plus la tête est sage ; mais, mon brave, une astre f(ns, n'oubliez pas qu'un avenue ne doit reeonnattre personne. »
Quelques heures après, comme j'errais dans Sidney pour recueillir toutes les informations que ' mon court passage en cette yille pouvait me pei^ mettre d'obtenir, j'aperçus au coin d'une rue un individu vêtu ^'une jaquette verte, d'un pantalon de grosse toile et ccHfië d'un chapeau dré. Il désirait évidemment qu'on le prît pour un marin, car il roulait et faisait dans la rue des embardées comme les personnes de cette classe anfâii- Me. Il jouait fort bien sou rôle ; mais il y avait en lui quelque chose qui démentait sa pantomiine et k s^nalait comme une simple contrefaçon :
c'était son nez crochu, preuve de son origine iaraélite. A mon approche , je le vis ftser sur moi l'œil perçant qui distingue sa race.
Au même moment, les mots : «Ifettez en paame, capitaine, » m*arrêt^ent tout court.
Le juif continua.