CHAPITRE VHI
aspérités des rapports entre les individus de notre sexe, qui fait aimer le commandement, qui j*end plus légers à supporter les monotones et pénibles travaux d'une exploitation agricole dans le désert, La vie d'un colon de l'intérieur serait trop triste, si la solitude où elle s'écoule n'était animée par la société et les soins d'une femme. Campbell éprouvait plus que personne le regret de n'être pas marié; car la fermeté de son esprit n'excluait pas une certaine disposition à rechercher les émotions douces. C'est ce qui le retenait à la ville , malgré son goût très-prononcé pour la vie pastorale.
Quand nous eûmes épuisé toutes les émotions de la solitude, tous les commentaires philosophiques que fournissait notre situation, quand notre curiosité fat satisfaite et que le spectacle d'une nature bizarre n'eut plus rien de nouveau pour nous , nous commençâmes à ressentir quelque lassitude de notre éloignement. Plus d'une fois il fut question entre nous de retourner à Sidney. Mais la surveillance de Campbell était utile en ce moment à la ferme , où rien ne pouvait remplacer l'œil du maître. En outre, les derniers jours que nous passâmes dans l'intérieur furent animés par la présence d'une personne célèbre, Mme Barry, fort connue, sous le nom de Marguerite Catchpole, en Angleterre, où ses aventures romanesques ont été publiées et lues avec avidité.
Mme Barry pouvait avoir à celte* époque environ soixante^deux ans. Quoique sortie de la classe del convicts, elle était l'une des personnes les phH riches et les plus considérées delà colonie. On sait d'ailleurs , qu'elle avait été victime de l'applicatiofi judaïque d'une loi véritablement cruelle qui, en Angleterre , punissait de mort le vol domestique. Pouvait-on dire que Marguerite Catchpole avait volé son maître? Non : elle avait pris un cheval à h ferme où elle servait pour rejoindre son fiancé à Londres, et pour l'aider à sortir de la situation la plus critique. Se serait-elle approprié le cheval? ce n'est pas probable. Les juges d'Angleterre, liés par la lettre d'une loi barbare , avaient cru devoir, pour cette faute, condamner la pauvre servante à être pendue. La sentence avait été commuée en sept années de déportation. Peu après son arrÎTée dans la colonie , Marguerite , qui s'était distinguée par une conduite exemplaire , avait retrouvé , dm les rangs des hauts fonctionnaires , un ami de si jeunesse , un homme que ses chaiines brunis et la hardiesse de sa nature avaient subjugué et qui Feùt épousée en Angleterre si, à cette époque, elle n'eût déjà donné son cœur à un autre. Ce premier amanl était mort. Marguerite, retrouvant le second dans un autre hémisphère , n'hésita pas à le prendre pour époux. Elle reçut de lui la réhabilitation et la liberté, et de plus une des plus grandes fortunes de