‹ Les convicts en Australie (volume 2)Chapitre 76 sur 112 · CHAPITRE Mil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Mil

Muie Barrj : celle-ci , assise et lisant le journal ; moi, debout et occupé à essuyer ma carabine, qui, pour le moment, était sans capsule. La porte s'ouvrit brusquement. Thiny Field , les yeux hagards , la respiration haletante , se précipita dans la chambre et tomba sur une chaise en disant : « Charley ! •» Puis ses yeux s'ouvrirent démesurément et restèrenl fixés sur la fenêtre, qu'il considérait avec l'immobilité d'une statue. Ma première idée fut qu'il était ivre et qu'il venait dire comme tant d'autres : « C*est la faute du bushranger; » mais, au même moment , j'entendis une voix qui me criait :

« Si vous bougez, vous êtes mort. »

Le canon d'une carabine se présentait par la fenêtre ouverte et me couvrait tout entier. A la moindre menace, au moindre mouvement pour me mettre en défense , j'eusse été tiré comme un lièvre et à bout portant :

— Ne bougez pas, » me dit à son tour Mme Barry, avec le cahne le plus parfait.

En même temps nous vîmes entrer dans l'appartement un individu mis avec toute la recherche que comportaient le pays et le genre de vie que mène un bushranger. Il avait des bottes en cuir verni trop étroites pour ses pieds et souillées de poussière ; un pantalon de drap noir, un gilet de cachemire rouge orné d'une profusion de chaînes d'or; un habit de chasse vert avec des boutons de métal. Sa

coiffure était une vieille casquette de peau de kangiuroo fort dédiirée, et qui faisait un contraste singulier avec le reste de son accoutrement, n s'avança vers Mme Barry, et, soulevant sa casquette avec une rondeur de geste qui sentait d'une lieue son gentilhomme d'estaminet, il lui dit :

« Ne craignez rien , madame ; nous ne sommes pas gens à vous causer le moindre désagrémait; nous savons trop ce qui est dû au beau sexe. Mais nous sommes dans un état de gène momentanée qui nous force à vous emprunter quelques objets iudispensaldes.

— Allons, allons, cesse tes manières, dit au dehors la voix brutale de l'homme au fusil braqué ; 9 nous faut de l'argent, des chevaux et à boire.

— Excusez ce langage vulgaire , madame ; mon compagnon , le brave Buchan Gharley, n*a reçu qu'une éducation fort négligée ; il est malheureusement très-illettré ; mais la vérité est que les circonstances nous forcent à vous demander de Targent et des chevaux. Nos montures sont sur les dents. La police à cheval rôde dans ce district, et je dirai, madame , comme le chevalier Falsta£r, dans Henri IV : « Quand on pousse la plaisanterie si loin, « et à pied encore, je la déteste. »

— As-tu bientôt fini, maudit bavard? s'écria Charley de la fenêtre. Le diable m'emporte si je n'ai pas envie de fenvoyer une balle dans la mè-

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