CHAPITRE VIIi
au-dessus de nos tètes. Accroupis dans une anfrac- (aosîté du rocber, abrités par d'épais buissons, nous entendîmes tomber, puis roul^ en bondissant sur les arbrisseaux qui nous cachaient, et enfin s'engloutir dans les eaux d'un torrent, au fond de la gorge, un corps qui était celui d'Anderson. La profonde obscurité et le silence firent croire à nos gardiens qu'ils avaient atteint deux fugitifs. Les bonds de notre compagnon, renversé par les balles et rejeté par les pointes de rochei-s , pouvaient passer pour la chute de plusieurs corps, liais, tandis que les gardiens nous croyaient gisant avec le malheureux Anderson , nous étions , pour * ainsi dire , tapis sous leurs pieds , et nous ne perdions pas un mot de Toraison funèbre qu'ils nous consacrèrent :
« Les coquins ont dégringolé jusqu'au fond, dit l'un ; j'ai entendu la chute de deux corps : et vous?
— ié l'ai fort bien entendue;
— Les scélérats !
— Bon déhairas !
— Bob Anderson en était ?
— Oui ; et Dirck aussi;
— Bonne nuit !
« Là^dessus , ils s'éloignèr^t.
« Après leur départ, le silence se rétabUt. Oh ne s'aperçut pas sur-le-champ de mon évasion, et
nous passâmes une heure entière dans une al-^ tente assez calme. Un bruit de feuilles et de bran^ ches , quelques soupirs qui s'élevaient du fond d^ la ravine, semblaient indiquer les dernières convulsions d'un homme blessé. Enfin, nous jugeâmes qu'il était possible de quitter notre retraite et nous exécutâmes, non sans peine, notre descente, tantôt glissant sur nos mains et sur nos genoux, qiii furent bientôt déchirés et sanglants, tantôt retenus à peine au-dessus de l'abîme par les racines où nous étions suspendus.
« Nous ne vhnes pas Anderson , et, à vrai dire, . nous ne cherchâmes pas à l'apercevoir. Dans les grands périls , le sentiment de la préservation personnelle est tellement surexcité, qu'il absorbe toutes les facultés et rend insensible. Le torrent était large et profond; mais je connaissais, à peu de distance , un gué vers lequel nos pas furent dirigés. Le terrain où nous marchions était déchire par les eaux qui roulaient avec fureur dans le temps des grandes pluies ; il était semé de pierres aiguës, de troncs d'arbres et de détritus nombreux. Notre marche sur ses bords fut des plus pénibles ; elle était heureusement assourdie par le bruit de l'eau , et pourtant la police , envoyée sans doute à notre recherche , pouvait , à chaque instant , nous adresser quelque messager de mort. Les reptiles venimeux fourmillent dans ce pays. Éveillés à notre