‹ Les convicts en Australie (volume 2)Chapitre 96 sur 112 · CHAPITRE IX. tî · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. tî

grande supériorité d'expérience acquise. Voilà le comte ski, noble Polonais, et le docteur allemand, gradé dans tous les arts imaginables, professeur de sciences innombrables, avec tout un alphabet de consonnes à la tin de son nom. Çà et là un Français, quelques nègres, des Malais, un ou deux Chinois. Le clergé même a des représentants parmi les mineurs.

Dernièrement un homme fut assassiné à Ballyrat, et les journaux publièrent que le révérend M. tel, de telle bande, exploitant telle mine, avait lu le service divin sur son corps inanimé. Parfois on peut apercevoir un couple de nouveaux mariés marchant bras dessus bras dessous , et tout amoureusement, vers les mines. Il n'est pas rare qu'un mineur heureux laisse la pioche et la pelle pour courir à Melbourne j^ la ville voisine, et y épouser la première fille qu'il rencontre.

Le tailleur, le cordonnier, les boutiquiers de toute espèce, les traficants de tout genre s'avancent aussi sous un soleil tropical , portant sur leur dos tout leur avoir. Quelques-uns ont vendu tout ce cpi'ils possédaient pour acheter un cheval, une charrette, les provisions et les outils nécessaires, laissant leurs femmes à la ville se tirer d'affaire comme elles le pourront jusqu'à leur retour avec de l'or, la seide chose qui leur paraisse précieuse au monde. Vous voyez là-bas le lourd chariot

traîné par huit bœufs et diarçé de trois tonnes de marchandises , dont la vente aux mineurs donnera un équitable profit de trois ou quatre cents pour cent. L'éleveur australien, notre gentilhomme campagnard, a quitté ses pares à moutons et les a laissés sous la conduite de son assoôé ou de son gérant : ' le Van Dieménien (tel est le nom qu'on donne aetuellement aux déportés) ose usurper le nom ëe « peuple, » et s'écrie que les riches ont eu leur temps, et que le tour du « peu]^ » est vena.

Chacun 9 du reste, paraît de boni^ humeur, et c'est une des particularités les plus agréables de œ Toyage. La blouse bleue et la pcMissîère établissent l'égalité la {dus complète entre tous les Tojaigeixn. Si vous apercevez un bivouac, vous pouvez en approcher et y prendre place avec la {dus grande familiarité.

Vous dites : « Bonjour; » vous demandez ks nouvelles ; vous vous informez de l'état des routes; vous allumez votre pipe ; vous prenez une tasse de thé, et il vous arrive rarement qu'on vous laisse la peine de la demander. Avez-vous besrân d'acheter un objet quelconque ? vous pouvez vous le procurer en payant, et: même tort dier. Est-ce Faide d'un travail manuel qui vous est néoessahv? detoanéez-ie comme une &veur; mais garde&*TOiis d'offirir de l'argent.

« Aide^moi à porter ce sac deisocre^etle vous

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donnerai un si^elling, dit en ma présence un cher* dienr d*or à nn autre mineur.

— Nouez les cordons de mon soulier, répondit celui-ci, et je tous donnerai une demi^cou* ronne.»

Sur la route, je fus obligé d^en^r dans une ta- Tcrae. Je portais le costume de rigueur, c'est-à-dire une ciiemise de laine et un chapeau de paille.

La salle d'entrée était pleine de voyageurs; un fumet savoureux ayant séduit mon odorat, je demandai & dîner, et Ton me conduisit dans une espèce de long réfectoire : des tables mal rabotées , de la vaisselle graisseuse, desr couteaux malpropres, en un mot tout Tappardl d'un repas grossier était préparé pour une société plus grossière et plus repoussante encore. Le premier aspect de ces ap-' prêts m'enleva tout mon appétit. Mais lorsque je vis un garçon aux mains sales et aux vêtements crasseux, le factotum de l'établissement, m'apporter un plat de pommes de terre qu'il avait auparavant façonné avec ses mains, en laissant les traces palpables de ses doigts à la surface, j'eus toutes les peines du monde à me décider à y mettre la dent, et je n'y aurais certainement pas touché sans la présence des autres convives qui suivaient tous mes mouvements, n est juste de dire qu'ils payaient de leur personne et faisaient le plus grand honneur au repas.

Me sentant fetigué, je voulus me retirer de bonne

heure. Le domicile qui me fut destiné était une chambre à deux hts dont la fenêtre s'ouvrait sur utke cour carrée , entourée des quatre côtés par des appartements de même espèce, qu'on pouvait comparer, sans injustice, à de spacieuses niches à chiens. A l'exception de deux lits, il nV avait dans la chambre aucun meuble, ni quoi que ce fût de portatif. La clef était à la porte, et le valet qui me conduisit montrait Tintention de m'enfermer. Je ne pus Fen empêcher qu'en lui assurant que je n'étais pas dans Tintention de m'enfuir sans payer la carte. D'après cette promesse, on me laissa l'usage de la serrure, que je fermai en dedans. Mes propres couvertures étaient infiniment préférables à celles dont mon hôte m'avait gratifié, ie m'en servis et je me jetai sur le lit, où je ne tardai pas à m'endormir.

Vers onze heures on frappa lourdement à ma porte; je m'éveillai. C'était le garçon qui disposait de la moitié de ma chambre en faveur d'un nouveau locataire. J'eus beau protester, il ne voulut pas entendre raison ; et, comme il menaçait de ne pas me laisser dormir, je consentis, bien malgré moi , à donner entrée au compagnon inconnu qu'on m'amenait. Le malheiureux était tellement ivre qu'il tomba sur le lit, où il s'endormit immédiatement sans quitter ses vêtements ni ses bottes. Je donnai un double tour à la sernire, et, après ni'ètre rejeté

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