CHAPITRE PREMIER
Embarquement des conricts cl départ du navire.
11 y a quelques années, je fus engagé comme second à bord du navire le Gouverneur-Macquarie , frété pour le transport en Australie de quatrevingt-dix eonvicts. J’avais déjà parcouru toutes les mers; cependant mes nombreuses traversées ne m’avaient jamais conduit à Sidnev. Mon nouveau voyage m’offrait donc beaucoup d’intérêt. Il tendait vers une terre tout originale, dont les productions naturelles et les animaux indigènes n’ont pas leurs pareils dans l’ancien monde et en Amérique. En outre, j’étais curieux d’apprendre par moi-même ce qu’il fallait penser de la déportation. Dès cette époque, les sociétés philanthropiques qui infestent l’Angleterre, et qui ont des ramifications daps toutes les possessions britanniques, avaient orga-
nisé une agitation générale contre ce système peni-, tentiaire. Us le battaient en brèche par les moyens ordinaires: les meetings, les pétitions, les articles de journaux, les brochures, et la discussion dans la chambre des communes.
Contester les résultats merveilleux du travail des condamnés en Australie, c’était impossible; nier que la société ait le droit de rejeter de son sein les malfaiteurs, c’eût été absurde. On avait pris pour thème la moralisation des convicts. On disait que la déportation était une école de vice, une prime offerte aux criminels, et que le gouvernement n’avait le droit de les détenir qu’en vue de travailler à leur réforme. Il semblait que ce fut là son unique obligation. La défense de la société ne comptait pour rien. Tout cela était accompagné de déclamations dont un esprit positif comme le mien est toujours disposé à se défier. La vérité môme, quand elle est ornée de grands mots, m’est suspecte. Je n’étais donc pas fâché de l’occasion qui se présentait d’examiner les faits de mes propres yeux. Nous autres marins, d’ailleurs, c’est toujours avec satisfaction que nous obtenons la perspective d’un changement quelconque dans la monotonie habituelle de nos traversées.
La veille du jour où j’entrai en fonctions, je fus présenté par l’armateur du Gouverneur- Macquarie au capitaine de ce navire et au chirurgien de la