‹ Les convicts en AustralieChapitre 2 sur 119 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

marine royale , chargé de la surveillance des convicts jusqu’à leur arrivée à Sidney. M. Brown était un vieux capitaine de la marine marchande , d’origine hollandaise, froid, silencieux, et tout occupé de la pipe qui ne quittait jamais ses lèvres. M. Campbell, le chirurgien , formait avec le commandant du bâtiment un contraste frappant. Vif, spirituel, instruit déjà et désireux d’apprendre encore, c’était le plus agréable compagnon qu’on puisse désirer en voyage. Le capitaine n’a aucune autorité sur les condamnés qu’il transporte; il a seulement pour mission de diriger le navire. Les déportés sont placés exclusivement sous les ordres du chirurgiep et confiés à ses soins.

Le lendemain de ma présentation à ces messieurs, nous appareillâmes. L’équipage était composé d’hommes jeunes et vigoureux , mais novices pour la plupart dans le métier de la navigation. Les premières manœuvres me convainquirent de leur inexpérience. Je pris donc la résolution d’apporter une extrême vigilance dans l’accomplissement de mes devoirs de marin.

Une escouade de vingt-cinq hommes, sous la conduite d’un sergent, formait la garnison du bord. Nous avions, de plus, quelques passagers : • entre autres , la femme du chef de notre force armée. Une dunette avait été établie à l’arrière, et sur cette espèce de terrasse une sentinelle se pro-

menait nuit et jour, avec mission de surveiller les mouvements des convicts, lorsqu’ils étaient sur le pont.

Les faux pas et même les chutes qu’occasionnaient à ces militaires les brusques mouvements du navire firent, pendant tout le cours du voyage, la récréation des matelots. C’était un amusement pour nos marins de fixer les yeux sur ces malheureux soldats , qui cherchaient vainement à affermir leur démarche, et il fallait entendre les rires bruyants qui éclataient et se propageaient d’un bout du bâtiment à l’autre, quand un roulis imprévu faisait trébucher l’habit rouge ou le forçait à saisir un point d’appui. Cette gaieté sardonique avait un écho parmi les convicts , ennemis naturels des soldats préposés à leur garde. Quand on riait sur le pont, on entendait sortir, par les écoutilles, des profondeurs du navire , les éclats d’une joie infernale.

La prison s’étendait, dans l’entre-pont, sur toute la partie antérieure du bâtiment. Elle comprenait, outre une salle commune, des compartiments où les convicts couchaient trois par trois, enveloppés dans leurs couvertures. Ce séjour recevait l’air et la lumière par les écoutilles et par des sabords percés dans les flancs du bâtiment. Écoutilles et sabords étaient pourvus de grillages en fer, et la prison même était séparée du reste du navire par

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