‹ Les convicts en AustralieChapitre 106 sur 119 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

animé entre mes deux anciennes connaissances. Dirck et Anderson avaient peine à digérer l’abandon où je les avais laissés ; mais la lutte aurait été périlleuse; et, tout considéré, ils jugèrent qu’il valait mieux s’associer avec moi que de me combattre.

— Est-il vrai que vous soyez si nombreux, dit Bob?

— Mon nom est légion , déclama Dirck.

— Vous pouvez avancer, répliquai-je ; nous serons bons amis.

« Cette promesse fit cesser leur indécision ; ils m’abordèrent avec un air de gaucherie et de contrainte qui me fit rire.

— Point de rancune, leur dis-je. Je vous ai laissés sur la plage; il est vrai; mais c’était une représaille méritée du coup de feu que vous m’aviez adressé, Bob; et des conseils que vous, Dirck, aviez ensuite charitablement donnés à votre compagnon. Nous sommes quittes. Oublions le passé. Nous voilà réunis tout près de Sidney; rendonsnous dans cette ville, où je me charge de vous trouver un gîte ; ensuite nous combinerons les moyens de faire notre fortune.

« Cet arrangement fut conclu. Bob et Dirck voulaient profiter de l’embarcation qui m’avait amené pour sortir de l’Australie; mais je leur fis le tableau de la condition misérable où j’avais été réduit pen-

dant plusieurs mois; je leur exposai qu’une grande ville seule pouvait nous offrir des chances de prospérité et plus tard d’évasion.

« Nous entrâmes à Sidney au milieu de la nuit. L’hôte d’une taverne à moi connue dans le quartier des Roches m’accueillit à bras ouverts, et, à ma recommandation, admit aussi mes compagnons.

Nous restâmes au repos dans ce caravansérail , où nous fûmes heureux de nous refaire de nos fatigues. Je connus à mon tour l’épopée de mes deux camarades. Lorsque je les avais quittés, ils s’étaient trouvés dans le plus grand embarras, et ils auraient sans doute péri de misère et de faim, s’ils n’avaient eu le bonheur de voler les chevaux de deux touristes, amateurs du pittoresque, qui, ne se doutant guère de leur voisinage , s’étaient endormis paisiblement sur l’herbe. Ces animaux portaient chacun les provisions de leur maître , ainsi qu’une bonne carabine. Ils conduisirent d’instinct leurs nouveaux cavaliers à l’habitation la moins éloignée, et alors Bob et Dirck commencèrent la vraie vie du bushranger : pillant les habitations , luttant de vitesse avec la police, dormant dans les creux de rochers, l’oreille toujours au guet, l’œil sans cesse ouvert sur les attaques de l'extérieur et sur la trahison de leurs propres amis. Pendant son odyssée , Bob avait changé de nom et pris celui de Buchan Charley, sous lequel il s’était acquis quel-

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