‹ Les convicts en AustralieChapitre 105 sur 119 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

« Ces populations ne sont pas absolument sans industrie; elles recueillent la dépouille des oiseaux de mer, et elles vendent au marché de Launceston, dans nie de Van Diemen , des quantités considérables de ces plumes. Elles font, en outre, la pêche du phoque; mais, comme elles n’osent pas s’aventurer loin de leurs îles , leurs travaux ne sont pas lucratifs. Leur faible commerce se fait par l’intermédiaire de ceux des habitants qui sont libres; car, chose étrange , il est des individus qui ont embrassé volontairement ce genre de vie. Les insulaires du détroit de Bass pourront être plus lard d’un grand secours aux bâtiments qui se perdent si fréquemment dans ce passage dangereux , et le produit des sauvetages contribuera à diminuer la pauvreté de cette république naissante.

« C’est à l’une de ces îles que j’abordai. L’autorité de mon nom déjà connu, mes exploits contre les hommes de la police, ma vigueur physique, me mirent bientôt à la tète de toute la population de eonvicts disséminée dans le détroit. Il ne tenait qu’à moi d’y passer ma vie. J’avais un palais composé de quelques blocs de rochers, et ma cour était formée de huit ou dix chiens, de chèvres, de. coqs, de poules, de huit femmes indigènes et d’un pêcheur malais, qui me servait de domestique. Mais ce repos ne me convenait pas. La fécondité de mon imagination m’appelait sur un terrain plus 70 n

vaste et plus riche. J’avais consenti à partager la vie misérable des réfugiés de Bass-Strait dans l’espoir de les amener à s’emparer d’un navire qui ramènerait les plus hardis d’entre nous dans la métropole; mais c’est en vain que j’essayai de ranimer quelque étincelle d’ambition parmi ces esprits abâtardis. Je les trouvai sourds à mes insinuations et satisfaits de leur rude existence.

« Las de frapper inutilement le caillou de ces natures grossières, je partis un jour, accompagné de ma fidèle Australienne, sur une barque montée par huit rameurs. Ils me conduisirent sans mauvaise rencontre jusqu’aux environs de Sidnev. C’était là seulement que mon génie pouvait trouver un exercice digne de lui. Nous débarquâmes à la nuit tombante sur une plage qui me paraissait déserte. Dès les premiers pas, je rencontrai deux hommes qui s’avançaient vers moi, et qui me firent signe de m’arrêter en braquant de mon côté leurs carabines : j’en fis autant. Après nous être observés ainsi pendant quelques secondes , un de ces deux personnages me cria :

— Rendez-vous !

— Rends-toi toi-même, Rob, répondis-je; j’ai reconnu ta voix, et nous sommes neuf pour te mettre à la raison, toi et ton compagnon, si lu bouges.

« Cette réponse fut suivie d’un entretien assez

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