CHAPITRE IX
propres plaisanteries; il échangeait sur la route d’agréables sarcasmes avec les piétons.
Nous gagnâmes le premier relai. Pendant qu’on changeait d’attelage, M. X.... entra dans une taverne, où il se rafraîchit pendant une heure. Nous avions trois heures de retard et la perspective de voir les tavernes se multiplier dans les environs de la ville! Mais M. X.... fit un pompeux éloge de ses chevaux et les poussa en conséquence. A coups de fouet il leur mit, comme il le dit lui-même, le diable au corps, jusqu’à ce que l’un de ces animaux, piqué trop fortement, regimba, rua, et mit en pièces un des panneaux de la voiture. Ce petit incident nous lit faire une station, et, quand nous arrivâmes au relai suivant, je calculai que nous avions mis deux heures et demie pour franchir la distance de cinq lieues en plaine.
M. X.... ne laissait passer aucune auberge sans y faire une pause. A la fin de la route, il fut décidément ivre, et alors j’eus toutes les peines du monde à l’empêcher de charger les arbres et de descendre les hauteurs en roulant la voiture sens dessus dessous. Son idée fixe était de nous mener tous à la geôle; car, disait-il, M. Winlte, le gardien de la prison , avait des chambres trèssaines et bien aérées, et prendrait de nous tous les soins imaginables. Cette plaisanterie dut être cruelle pour plusieurs de nos compagnons de
voyage , en qui elle éveillait des souvenirs peu flatteurs.
Enfin nous arrivâmes à bon port, sans autre avarie que le panneau brisé et deux fouets mis hors de service.