‹ Les convicts en AustralieChapitre 23 sur 119 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

lion, avait porté coup. D’ailleurs, M. Brown avait le sentiment de la supériorité intellectuelle du docteur, et, quoi qu’il pût dire dans ses moments de boutades, il avait une profonde estime pour son caractère.

« Je méprise vos pièces de théâtre , et surtout les pièces françaises , car je déteste cordialement tout ce qui est français , comme le doit tout vrai marin de la Grande-Bretagne. Vous avez beaucoup trop de littérature pour moi, docteur, et je n’approuve pas que vous puisiez les règles de votre conduite dans des livres étrangers, qui ne peuvent être une bonne lecture pour un véritable Anglais. Quant à moi, je déclare que l’idée de faire jouer la comédie à celte canaille que nous avons sous le pont ne me serait jamais venue, quand même j’aurais navigué, pour mes péchés, pendant cent ans en pareille compagnie. Mais, Dieu merci, je ne suis pas chargé de leur direction, et, si le lieutenant est de votre avis , je ne mettrai point d’obstacle à l’exécution de votre projet. >•

M. Brown ne demandait jamais mon opinion, en pareille circonstance, qu’avec l’espoir de me voir partager l’avis du docteur. C’était une ruse qu’il employait pour pouvoir se rendre avec les honneurs de la guerre. Je l’aurais extrêmement désobligé, si, par extraordinaire, je m’étais rangé de son côté. Du reste, cela n’arrivait jamais; car, dans

les débats qui avaient pour objet la direction des déportés, le docteur Campbell se montrait toujours le plus prudent et le plus éclairé des deux ; aussi n’hésitai-jc pas à répondre que je partageais sa manière de voir.

— Fort bien , messieurs ! répliqua le capitaine , qui n’attendait que ma réponse pour céder et faire retraite d’une manière honorable. Fort bien! vous êtes deux contre un ; je vous rends les armes. Faites comme vous l’entendrez. Seulement, faites bien attention à ceci, docteur : je me lave les mains de ce désordre; je n’y veux prendre aucune part. Vous en répondrez seul.

— C’est convenu, capitaine, répondit Campbell en saluant M. Brown, qui avait reporté sa pipe à sa bouche comme ayant hâte de terminer l’entretien. C’est entendu : je prends tout sur moi. Venez, Georges, me dit-il ensuite; nous allons tâcher d’introduire un peu de variété dans cette monotone et ennuyeuse vie de bord. »

Le docteur convoqua Paddy à notre conférence. Campbell n’entendait pas se mêler aux convicts, ni participer directement à l’amusement qu’il consentait à leur laisser prendre; mais il jugeait à propos d’en régler d’avance avec le capitaine du pont certains détails dans l’intérêt du bon ordre. Quelle que fût la vivacité de son esprit, il avait, comme nous l’avons dit, une grande solidité de

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