‹ Les convicts en AustralieChapitre 22 sur 119 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tes traitez en enfants gâtés. Que feriez-vous, s’il vous plaît, pour d’honnêtes émigrants, de braves laboureurs, de dignes mères de famille? C’est à peine si l’on s’occupe d’eux à bord des navires de transport, où ils sont parqués comme des bestiaux. Si l’un d’eux est malade, le chirurgien lui tàte le pouls , le saigne, et ne songe plus à lui dès qu’il a le dos tourné. Mais qu’au contraire il y ait à bord des escrocs, des voleurs, des vauriens, des misérables de toute espèce, on les choie, on les caresse, on leur demanderait presque pardon de les déporter. Ils sont nourris comme des lords, logés comme des passagers de première classe ; et voici , docteur, que vous vous occupez de leur procurer des distractions dans la crainte qu’ils ne s’ennuient.

— Il y a du vrai, capitaine, dans ce que vous dites. Je voudrais, comme vous, qu’on fit plus d’efforts pour assurer le bien-être des émigrants volontaires, et surtout pour augmenter leur instruction religieuse; mais remarquez qu’ils sont libres, et qu’on ne peut, sans porter atteinte à cette liberté, leur imposer même des amusements pour abréger les longueurs de la traversée. Pour le moment, je ne me préoccupe que de ce qui me concerne. Je suis chargé de la conduite des déportés , et je me crois tenu d’employer les moyens qui me paraissent les plus efficaces pour les maintenir en

ii LES CONVICTS EN AUSTRALIE.

bonne santé et pour assurer parmi eux le règne de la discipline.

— Est-ce pour qu’ils observent la discipline, s’écria le capitaine , que vous voulez mettre sens dessus dessous mon entre-pont? Prenez-vous le Gouverneur-Macquarie , un honnête navire qui jusqu’à présent n’avait été employé qu’à un commerce paisible, pour un foyer de baladins et un théâtre de mascarades? Fi , monsieur Campbell ! un homme rangé, un homme de mérite, qui a l’honneur de porter l’uniforme de Sa Majesté, devrait-il se laisser entraîner, par esprit de système , à permettre de telles scènes de confusion et de désordre?

— Comme il vous plaira, capitaine, reprit le docteur. Je puis être systématique à ma manière, comme vous l’êtes à la vôtre. Nous sommes comme le médecin tant mieux et le médecin tant pis de la pièce française, appréciant tout différemment les symptômes de la maladie morale des transportés et le régime qui leur convient. Au surplus , capitaine, il ne se fera jamais rien à bord sans votre consentement. Il me suffit que ma responsabilité soit à couvert par la communication que je vous ai faite. »

Le capitaine Brown ne craignait rien tant que d’assumer sur sa tète le fardeau d’une responsabilité qu’il pouvait se dispenser de prendre. La dernière phrase du docteur, phrase dite avec inten-

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