‹ Les convicts en AustralieChapitre 25 sur 119 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

les derniers à manifester le plaisir qu’elle leur causait. Quelques soldats , placés à l’extrémité de la salle improvisée pour y maintenir l’ordre, perdirent dans le cours de la représentation la gravité qui convenait à des sentinelles, et le poste entier lit retentir la salle par l’explosion de son hilarité.

. Les acteurs se montrèrent pleins de verve. Je n’ai jamais su lequel des trois drôles que j’ai nommés plus haut était le véritable auteur de la pièce. Peut-être avait-elle été faite en collaboration. Le fait est que des vaudevillistes de profession n’auraient pas montré dans leurs meilleurs jours plus de tact et plus d’observation. Le choix du sujet était d’ailleurs assez impudent. C’était une satire de l’état-major du navire. On y voyait la caricature du capitaine et du docteur représentée sous les traits d’époux mal assortis; le capitaine , bourru , grondeur et d’intelligence médiocre, était dominé par sa femme, et Unissait toujours, après une explosion de mauvaise humeur, par obéir à toutes les volontés de sa moitié. Un troisième personnage , qui figurait le lieutenant du navire, opinait toujours du bonnet dans les discussions qui s’élevaient entre les deux conjoints, et se rangeait du côté de la dame quand il était poussé dans ses derniers retranchements.

L’effronté qui se faisait appeler Wellington remplissait avec beaucoup de finesse le rôle difficile ;o <i

de la maîtresse du logis. Il avait passé par-dessus ses vêtements masculins deux chemises auxquelles il ne manquait que d’être plus longues pour ressembler à la robe d’une femme hindoue ; un foulard était chastement croisé sur sa poitrine, aux deux côtés de laquelle avaient été placés des pelotons d’étoupe; sa tête était coiffée d’un mouchoir blanc, et ses pieds chaussés d’une paire de babouches jaunes prêtées par le domestique de M. Brown. Ainsi parée, cette maîtresse femme allait, venait sans bruit dans la maison, ordonnant tout, conduisant tout, balayant, époussetant et faisant disparaître les traces plus ou moins sordides de la présence de son époux.

Ce dernier était représenté par Blücher, grand et gros garçon de vraie race saxonne. 11 était vêtu pour la circonstance d’une vieille veste blanche en coton qui, pendant le dernier voyage du Gouverneur-Mncquarie à la côte d’Afrique, avait fait les beaux jours de John, le valet de chambre du capitaine , et l’admiration des nombreuses négresses victimes des distributions de foulards que faisait à chaque relâche M. John , toujours fort empressé auprès du beau sexe. Un large pantalon de toile, mie calotte grecque et une paire de bottes empruntée à un conviet aisé complétaient le costume de l’acteur. Par malheur, les bottes s’étaient trouvées trop courtes, les pieds de Blücher n’avaient

Page 1