CHAPITRE Y
montre qui passait entre les mains d’un adroit filou. Paddy avait remarqué les légèretés que ses compagnons se permettaient à mon égard. Il dénonça leur conduite au reste de la société avec tant d’indignation, que mes nouveaux amis renoncèrent à exercer plus longtemps leur adresse à mes dépens. ' Ils eurent même la générosité de me rendre ma montre et mon mouchoir.
Tout habitant de Sidnev a entendu parler d’Élisabeth Meredith, la mère des voleurs. Personne n’a jamais su recéler les objets dérobés et en disposer avec une telle adresse; personne n’a soustrait plus de malfaiteurs à la justice. La rusée vieille femme était assise dans un coin, fumant cette espèce de pipe que le peuple appelle « un brûlegueule. » On me fit l’hortneur de me présenter à elle. Ses yeux gris, ordinairement vifs et perçants, n’avaient en ce moment aucun éclat; sa voix, enrouée par l’usage immodéré du gin , était affectée d’un tremblement continuel; et pourtant je ne pus, sans un certain frémissement , subir le torrent d’imprécations et de blasphèmes que vomit sur moi, sans me connaître, cette infernale créature. Mme Meredith avait, d’ailleurs, une excuse.... elle était ivre.
Il serait difficile d’énumérer les nombreuses professions exercées par toute cette canaille. Chacun déguisait sa véritable occupation : le vol , sous l’ap-
parence (l’un métier publiquement exercé. L’un vendait des lorgnettes, l’autre des allumettes chimiques. Le plus grand nombre spéculait sur la crédulité publique. Le vieux soldat, soi-disant amputé d’une jambe , avait jeté de côté sa béquille et marchait avec ses deux membres parfaitement sains. Plus loin , un pauvre aveugle , que Dieu l’assiste , jouait aux cartes avec un prétendu matelot qu’on aurait cru privé de son bras droit, mais qui , s’étant débarrassé de ses bandages , avait recouvré le poing, dont il se servait pour menacer son adversaire.
Une certaine catégorie d’individus , à la physionomie basse et aux allures tortueuses, semblait combiner quelque méfait à commettre ou réfléchir sur un crime accompli. La crainte était peinte dans tous leurs traits , et leur sombre visage présentait un contraste frappant avec les figures épanouies du commun des escrocs de notre compagnie. Semblables à des animaux de proie , ces gens-là se montraient rarement pendant le jour. Quand l’ombre était venue , ils se glissaient hors de la maison et se répandaient dans la campagne, en quête d’un bon coup à faire. De tons les hôtes de cette triste demeure, c’étaient ceux qui m’inspiraient le plus de défiance. Mais heureusement ils s’attachaient à éviter eux-mêmes tous les regards.
Je me mêlai à plusieurs groupes. Ici on s’exer-