‹ Les convicts en AustralieChapitre 53 sur 119 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

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— Uue le ciel vous bénisse 1 vous êtes un grand innocent. Ne m’avez-vous pas vu ce matin rôder autour de l’hôtel royal et demander au cuisinier, d’un ton plaintif, les restes du dîner pour nourrir une pauvre créature affamée? Voilà, ajouta-t-il, tandis qu’un éclair de triomphe brillait dans son regard , voilà comment nous levons notre impôt , nous autres. »

En effet, l’odorante étuvée était composée des miettes tombées de la table du riche, recueillies dans la besace d’un mendiant pendant sa tournée quotidienne.

La compagnie avait déjà commencé le festin.

L’argus de la porte présidait, et c’est lui qui, plongeant dans la marmite une longue cuiller, servait à chaque convive, sans aucune préférence, une équitable portion de ce ragoût équivoque.

« Sottise, murmura Paddy, qui aperçut dans mes traits la répugnance d’un estomac délicat. Vous avez été présenté ici comme mon hôte :

mangez, ou vous ferez injure à tous les convives. »

Lorsque mon tour vint et que la cuiller disparut dans la profonde chaudière, je conçus l’espoir involontaire de voir la cuisse de dindon devenir mon partage, et réellement , dans l’assiette d’étain qui me fut présentée, je trouvai le morceau désiré. L’avouerai-je ? cette portion de volatile, sans doute refusée, comme coriace, par quelque dame friande

J Ül» LES CONVICTS EN AUSTRALIE.

et dégoûtée, était devenue délicieuse en passant par la chaudière du mendiant.

Le jour suivant, dans Pill-Street, je rencontrai • l’aveugle que j’avais vu jouer aux cartes.

« Silence est le mot d’ordre, mes maîtres, dit-il en s’adressant à mon compagnon et à moi.

— Oui , répondis-je : plus la langue est lente et plus la tête est sage ; mais, mon brave, une autre fois, n’oubliez pas qu’un aveugle ne doit reconnaître personne. «

Quelques heures après , • comme j’errais dans Sidney pour recueillir toutes les informations que mon court passage en cette ville pouvait me permettre d’obtenir, j’aperçus au coin d’une rue un individu vêtu d’une jaquette verte, d’un pantalon de grosse toile et coiffé d’un chapeau ciré.

Il désirait évidemment qu’on le prît pour un marin, car il roulait et faisait dans la rue des embardées comme les personnes de cette classe amphibie. Il jouait fort bien son rôle ; mais il y avait en lui quelque chose qui démentait sa pantomime et la signalait comme une simple contrefaçon : c’était son nez crochu, preuve de son origine Israélite. A mon approche, je le vis fixer sur moi l’œil perçant qui distingue sa race.

Au même moment, les mots : « Mettez en panne, capitaine , » m’arrêtèrent tout court.

Le juif continua.

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