CHAPITRE VI
et de l’immobilité, du bruit et du silence. La vie primitive y coudoie les existences les plus raffinées ; les sauvages nus et affamés, rôdant autour de l’enceinte des habitations, voient luire le gaz et entendent sauter les bouchons du vin de Champagne. A vrai dire , le colon de l’Australie n’est pas l’homme qui habite les villes; c’est le fermier qui s’avance dans le désert, qui élève sa demeure grossière au milieu de la solitude. Les véritables éléments de la civilisation sont dans l’industrie et le travail de ces pionniers. Le théâtre de leurs efforts est une zone de terrain adjacente à la côte et où sont élevées les villes principales. Ce n’est pas une contrée ouverte ; c’est un pays que traverse une chaîne de montagnes infranchissables, si ce n’est par un petit nombre de défilés.
Au delà s’étendent de vastes plateaux, du sein desquels il u’est pas rare de voir une montagne solitaire surgir et s’élever jusqu’à la région des nuages. Les rivières de l'Australie ne sont ni larges ni rapides; ce sont des canaux d’eau dormante qui coulent lentement sous un manteau de verdure, formé par la végétation des deux rives. Pendant la saison des pluies, ces courants se gonflent et se précipitent avec le bruit du tonnerre ; mais durant les grandes chaleurs de l’été, ou bien aux époques de sécheresse, qui sont longues et fréquentes, les rivières se traînent et tarissent. La constitution du sol favo-
rise d’ailleurs l’absorption des eaux. Les terres vont en s’abaissant, par une inclinaison rapide, depuis le pied des mon Lignes jusqu’à la limite extrême des explorations faites dans l’intérieur, si bien que l’Australie paraît être un immense bassin dont le centre serait la partie la plus basse. Les eaux qui descendent des hauteurs, n’étant retenues ni par des digues ni par des écluses, se répandent et se perdent dans les sables. Le thermomètre en Australie marque souvent cinquante degrés de chaleuren outre des années se passent quelquefois sans un nuage au ciel, sans une goutte de pluie sur le sol. Alors les- rivières passent à l’état de ravins où croissent les arbres et les plantes de toute espèce.
Hommes et animaux périraient de soif sur les bords, si la nature toujours prévoyante ne formait des milliers de petits étangs où l’eau se conserve des années. Chaque fois qu’un orage , une fonte de neige ou une pluie abondante dans les montagnes y grossit les sources, les rivières, aussitôt remplies, débordent, se répandent et couvrent les plaines. Au contraire, lorsque les sources ont cessé d’être alimentées par la pluie , lorsque le soleil et la terre ont vaporisé et absorbé toute humidité à la surface du sol, les rivières, rentrées dans leur lit, s’abaissent graduellemeut et ne tardent pas à se dessécher ; mais en se retirant elles ont laissé dans toutes les excavations une partie de leurs eaux. Il se forme