‹ Les convicts en AustralieChapitre 60 sur 119 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ainsi , sur les deux bords et même plus loin , des chaînes de petits réservoirs qu’un rideau d’arbres signale à l’attention des voyageurs. Ce sont autant d’abreuvoirs où toutes les créatures du désert viennent étancher leur soif.

Un des derniers explorateurs de l’Australie, M. Mitchell, préfère le liquide brun qu’on y puise au cristal des sources môme les plus pures. Ce liquide a plus de corps et désaltère mieux, ditil. Le fait est que toutes les espèces, civilisées ou sauvages, hommes et brutes, se réunissent autour de ces étangs salutaires et n’éprouvent aucun malaise pour y avoir étanché leur soif. L’Australie est en cela bien différente de l’Afrique, où les sucs des végétaux , lentement dissous dans les lacs , transforment le breuvage qu’on y puise en un poison mortel, et propagent parmi les Européens la douloureuse maladie appelée coliques végétales , qui emporte tant de marins.

Les rivières de l’Australie , en temps de pluie , coulent souvent entre des collines qui, s’écartant graduellement, du pied au sommet, forment de charmantes vallées pleines de verdure. Souvent aussi elles roulent au fond d’anfractuosités de rochers ; des bords perpendiculaires les rendent inaccessibles au voyageur mourant de soif : moderne Tantale qui, penché sur le courant , en aspire avec désespoir les fraîches émanations.

Les indigènes ont l’habitude de brûler les buissons et les herbages ; aussi les forêts australiennes sont-elles dégagées de ces millions de plantes qu’on rencontre dans les bois de l’Afrique et de i’Amérique. En Australie, les arbres de haute futaie s’élancent par groupes sur une pelouse verte; les plateaux ont aussi l’aspect de parcs artificiels. A voir les hommes et les animaux errer librement sous les ombrages, on se croirait transporté dans le paradis terrestre ; mais partout le paysage n’est pas aussi séduisant. Des voyageurs ont traversé une étendue considérable de terrain où l’œil n’aperçoit pas un seul arbre, où des rangées de collines de sable rouge se succèdent sur un espace de plusieurs centaines de milles.

Les colons se sont établis sur les terres fertiles qui avoisinent les rivières. Ils y ont trouvé de nombreux pâturages naturels ; l’éducation des bestiaux est devenue , en conséquence , leur principale industrie. Les bêtes à laine et à cornes se sont multipliées prodigieusement dans l’intérieur. Le nombre des moutons et des brebis sur le territoire de la Nouvelle-Galles du sud, sans \ comprendre les animaux de même espèce répandus dans les autres colonies de l’Australie , était de. huit millions en 1847. On y comptait, à la même date, quatorze cent mille bœufs, vaches et veaux. C’est le cinquième du nombre total des bêtes à laine

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