‹ Les convicts en AustralieChapitre 61 sur 119 · II · texte numérisé non relu

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et le tiers de celui des hôtes à cornes que nourrissent l’Angleterre , l’Ecosse et l’Irlande réunies.

Tel propriétaire possède dix mille hôtes ; aussi cette industrie condamne-t-elle les colons sérieux, c’est-à-dire ceux qui font valoir eux-mêmes leurs terres , à un isolement très -rigoureux. Il faut, en effet, un bien vaste parcours pour nourrir dix mille animaux. Le colon pasteur établit sa demeure au centre d’un rayon de quelques lieues. Le troupeau se subdivise en plusieurs troupes d’animaux confiées à autant de bergers.

L’isolement où vit cette classe de colons entretient parmi eux une certaine ignorance et quelque immoralité. La colonisation par groupes, comme celle de l’Amérique du nord, est plus morale en ce qu’elle permet l’établissement d’écoles, la construction d’églises, et en ce quelle maintient le colon en la société d’êtres civilisés.

Un autre malheur de la condition des colons australiens, c’est l’état d’incertitude où ils se sont trouvés longtemps quant à la propriété des terres qu’ils occupaient. La concession leur en avait été laite à titre provisoire et révocable , de sorte qu’ils se regardaient comme des locataires exposés à recevoir tout à coup leur congé, et n’ayant aucun intérêt à faire des sacrifices pour améliorer le sol où ils étaient établis. Cette situation incertaine a mis obstacle au développement de la colonisation de la

Nouvelle-Galles du sud, qui aurait pris un essor plus grand encore, si les droits de chacun avaient été mieux déterminés. Aussi l’exemple n’a-t-il pas été perdu pour les autres colonies de l’Australie. Dès le principe, la propriété a été constituée dans les nouveaux établissements sur des bases solides et définies. Les derniers gouverneurs de la Nouvelle-Galles du sud ont pris des mesures pour régulariser les droits de propriété dans l’intérieur, en acceptant , à titre de capital , en payement des terres occupées, vingt années du loyer de ces terres à verser en plusieurs termes.

Il arrive quelquefois que des sécheresses extrêmes chassent les colons et les troupeaux. Quand les réservoirs naturels sont à sec, quand les prairies jaunissent et quand les herbages sont flétris , il faut bien partir, aller à la recherche d’eaux et de pâturages. Les migrations de troupeaux sont une des plus pénibles épreuves de la vie des colons , c’en est aussi l’un des plus intéressants épisodes.

< )n m’a fait le récit curieux d’un voyage de cette nature.

C’était à la fin de 1840. Un colon pasteur avait à conduire des plaines de la Nouvelle-Galles du sud dans la colonie de l’Australie méridionale sept mille moutons, six cents bœufs et vingt chevaux. Le voyage était de plusieurs centaines de lieues. Ce colon engagea vingt-deux hommes à son service ,

CHAIMTRE VI.

et il fit des provisions pour cinq mois. Le 26 octobre, l’expédition se mit en marche. En tète s’avançaient les bœufs, réunis en un seul troupeau; les moutons suivaient, formés en dix divisions. Vers le milieu du jour, la chaleur devint excessive. De midi à deux heures, les moutons haletants refusèrent de marcher; ils se rassemblèrent autour des arbres , et tous les efforts des bergers et des chiens pour leur faire quitter ces ombrages furent inutiles. On fit donc une halte. Les bœufs de trait furent dételés; on les laissa libres de paître dans le voisinage. Dès que l’atmosphère fut un peu rafraîchie, les troupeaux se remirent en mouvement.

Quand vint la nuit, un endroit fut choisi pour camper jusqu’au lendemain matin. Les tentes dressées, les malles servant de tables et les pierres éparses formant les sièges des convives, chacun prit son repas. Une partie des hommes se retira ensuite sous les chariots entourés de couvertures pour y prendre du repos. Le reste fut chargé de veiller à la garde du camp, tandis que le propriétaire et ses amis dormaient sous les tentes. A cent pas, les bétes à cornes, rassemblées comme dans un parc, s’étendirent bientôt à terre.

On alluma à l’entour un cercle de feu, et la surveillance à exercer sur cette partie du troupeau fut confiée à deux hommes. Les dix troupeaux de

moutons furent rangés autour des feux qui protégeaient les bestiaux, et gardés eux-mêmes par une seconde rangée de foyers incandescents. Quant aux bœufs et aux chevaux de travail , on leur rendit la liberté en donnant à uu homme la mission d’empêcher qu’ils ne s’écartassent du camp et qu’ils ne reprissent le chemin de leurs anciens pâturages.

Les gardes de nuit, ainsi posées, eurent l’ordre de répéter de demi-heure en demi-heure le quivive de leur chef. Malgré tant de précautions, celle première nuit fut des plus désastreuses. A peine la garde du premier quart avait-elle été formée que la pluie commença à tomber par torrents. Les tentes, les lits, les hardes, les provisions furent trempés; les feux s’éteignirent. La violence d’un vent glacial, qui souffla sans interruption jusqu’au matin, fit passer aux voyageurs quelques heures de véritable souffrance. Quand le jour parut, le camp était dans la confusion la plus complète. Pendant la tempête, les troupeaux s’étaient mêlés ensemble ; les plus vieux et les plus faibles animaux avaient été foulés et écrasés par les autres; un assez grand nombre avait péri. Il fallait du temps pour rétablir l’ordre , pour faire sécher les vêtements, les matelas et les couvertures.

On partit enfin. Dans le cours de la troisième

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