‹ Les convicts en AustralieChapitre 66 sur 119 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

et Field avec lui , sous le prétexte de l’accompagner seulement jusqu’à la route. Field n’a pas reparu , et je l’ai trouvé ce matin dans l’état où vous allez le voir. »

Tout en nous donnant ces explications, Paddy nous conduisait dans un champ voisin, où nous trouvâmes le malheureux domestique de Campbell couché à terre , complètement abruti ; ses vêtements étaient souillés de boue. Son visage pâle, ses yeux enflammés, son nez d’un rouge vif, ses lèvres sèches, blanches et ardentes, lui donnaient une physionomie terrible à voir ; ses artères battaient avec une force extrême ; mais on eût dit que le sang avait abandonné les autres parties de son corps.

Les excès de boisson ont des conséquences d’autant plus terribles, sous un climat chaud comme celui de l’Australie , que les spiritueux débités dans les auberges sont de très-mauvaise qualité. Il est d’usage, parmi les convicts qui fréquentent ces tavernes, de déposer en entrant dans les mains du maître de la maison tout l’argent qu’ils portent ; puis ils commencent leur débauche , qui dure souvent plusieurs jours et plusieurs nuits. Généralement ils ne cessent de boire que lorsqu’ils sont devenus incapables de porter le verre à leurs lèvres. Leur ivresse ne se dissipe qu’après douze ou quinze heures d’abrutissement. Ce n'est d’ail-

leurs que graduellement qu’ils rentrent dans l’étal normal. Leur habitude en cette circonstance est de boire une petite quantité de spiritueux, qu’ils réduisent peu à peu jusqu’à ce qu’ils aient recouvré leurs forces. Ceux qui , pendant leur prostration, ont été dépouillés de tout par leurs amis, et se trouvent par conséquent hors d’état de faire de nouvelles dépenses, s’exposent à une terrible maladie connue sous le nom de delirium tremens et qui résulte du relâchement trop subit de leurs nerfs.

Nous soulevâmes le malheureux Field, qui taisait entendre une espèce de grognement inarticulé. Le docteur lui lava la figure avec de l’eau et lui fit avaler quelques cuillerées de bonne eaude-vie. Field se frotta les yeux, regarda autour de lui d’un air hébété, et, pour la première fois depuis dix-huit ou vingt heures, il eut la conscience de son état et des objets qui l’environnaient. On le fit asseoir à l'ombre sur le bord de la route, et Campbell ayant tiré quelques provisions froides de son sac de voyage, nous commençâmes notre repas en plein air. Le docteur profita de la circonstance pour interroger son malade. Field ou Wellington, ou Thiny Field, comme on l’appelait dans sa famille, nous fit le récit de son aventure. Ce malheureux, depuis son arrivée dans la colonie, devenu l’esclave de sa brutale passion, avait perdu

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