‹ Les convicts en AustralieChapitre 67 sur 119 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

en parlie la vivacité d’esprit qui le distinguait «à bord pendant la traversée d’Angleterre en Australie. Son état d’ivresse ajoutait encore à la confusion ordinaire de ses idées, et la scène suivante , qui fait voir une des faces de la physionomie du déporté en Australie, a besoin d’ètre traduite de son langage pour devenir intelligible.

La visite qu’avait reçue notre ivrogne était celle d’un neveu débarqué récemment à Sidnev pour y exercer scs talents de garçon de charrue. Il avait voulu voir son parent, et Mme Field, sa tante, charmée de trouver un moyen économique de savoir si son époux , le digne Thiny Field , était mort ou vivant, et espérant que ce serait plutôt l’un que l’autre , lui avait adressé le jeune homme avec un gâteau de ménage. Le gâteau avait été fort mal accueilli; M. Field l’avait jeté fort dédaigneusement dans un coin de sa hutte de berger et laissé en pâture aux souris australiennes. Supposait-il que son aimable moitié aurait voulu renouveler à ses dépens un envoi de gâteaux pareils à ceux que reçut le malheureux Lafarge ? C’est une question. Le fait est qu’il ne mangea pas une miette de celui-ci.

Le moindre verre de wiskey aurait bien mieux fait son affaire. Quant au neveu , Thiny le reçut à bras ouverts. C’était un jeune homme inexpérimenté, connaissant mal la valeur de l’argent et dis-

posé sans doute à la générosité , comme tous les novices. Thiny le régala de son mieux, c’est-à-dire qu’il lui fit partager sa ration de bœuf salé , assaisonné d’eau pure. En outre, Thiny, qui se piquait de savoir vivre, lui donna du thé et du sucre afin qu’il pût terminer son repas comme un vrai gentleman. A cette occasion il se passa un événement mémorable.

M. Field méprisait profondément mie boisson si fade. Lorsque l’eau fut au moment de bouillir dans le pot qu’il avait placé sur le feu , il dit à son parent d’y mettre le thé et il sortit pour aller prendre à quelques pas, dans un endroit où il l’avait enfouie sous le sable, une bouteille de wiskey. C’eût été pécher que de prodiguer une si bonne chose à un palais naïf qui certes n’en connaissait pas le prix. En conséquence, Thiny s’assit par terre, le dos commodément appuyé contre le mur , et , prenant la bouteille à deux mains , il en porta l’orifice à sa bouche. Son dessein était de n’en avaler qu’ujie gorgée ; mais la faim , comme l’on dit , vient en mangeant : il en but une seconde fois, puis une troisième et , à ce train , il eut bientôt vu le fond de la bouteille. Cette libation ne l’avait pas même légèrement ému. Il jeta d’un bras très-ferme le verre vide loin de lui et s’en revint à la maison.

Son neveu était encore assis à la même place , une assiette posée sur ses genoux; il finissait, avec

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