‹ Les convicts en AustralieChapitre 75 sur 119 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

pas l’uniforme de la caserne. J’ai remarqué aussi que vos domestiques n’en sont pas revêtus.

— Sur les fermes de l’intérieur, ils sont exempts de porter cette livrée qui leur est odieuse. C’est encore un motif du désir qu’ils éprouvent d’être engagés par les colons. Nous leur devons chaque année des vêtements dont la nature et la quantité sont déterminés par les règlements; mais on ne nous impose pas de les choisir de couleur jaune , et aucun maître ne s’avise de faire cette offense à ses domestiques. »

En disant ces mots , le docteur descendit dans la cour, où je l’accompagnai. L’une des personnes qui paraissaient s’agiter le plus dans le groupe des maîtres s’avança vers lui et , aussitôt après les premières civilités, se répandit en plaintes violentes contre un de ses domestiques.

« Tout dégénère ici, disait-il. Les hommes du gouvernement croient avoir le droit de faire tout ce que bon leur semble. On leur montre une tolérance qui perdra la colonie. Quant à moi , je proteste contre de telles faiblesses. Tant qu’il y aura des juges dans ce pays , je ferai voir à ces coquins que je suis le maître et qu’ils me doivent obéissance.

— La sévérité, dit Campbell, n’est pas toujours le meilleur système ; il en faut quelquefois cependant. Avez-vous de graves sujets de mécontentement?

— Si j’en ai ? c’est-à-dire que ces gens-là semblent avoir pris à lâche de me braver et de tout bouleverser chez moi. Aussi point d’indulgence pour eux : il ne sera pas dit que j’aie fait douze milles à pied, que j’aie quitté tous mes travaux sans avoir fait administrer à ces drôles la punition qu’ils méritent. Je vais de ce pas trouver le magistrat.

— Voilà un homme passionné, dis-je à Campbell. Les convicts qui lui sont assignés doivent être traités au moins avec inégalité d’humeur.

— Laissez faire, répondit le docteur, M. Marsh, notre magistrat, connaît son monde. C’est un homme prudent , qui traite les gens selon leur caractère. Nous allons le voir à l’œuvre. »

Nous rentrâmes dans la maison. Le magistrat était assis dans la salle à manger, sans autre appareil et sans autres gardes qu’une chaise sur le barreau de laquelle il appuyait ses pieds. Notre mouvement avait été imité par tous ceux qui se trouvaient dans la cour, de sorte que la salle d’audience fut bientôt remplie. Le colon qui nous avait précédés exposait déjà ses griefs.

« Il faut absolument que ce misérable soit puni, disait-il avec véhémence. C’est le plus effronté coquin qu’il soit possible d’imaginer. Si l’on n’y met bon ordre , c’en est fait de mon exploitation , il faut que j’y renonce. Je ferai tout aussi bien de l’abandonner et de m’embarquer pour l’Europe.

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