CHAPITRE VII
— Patience, dit le magistrat, ne vous animez pas ainsi. Justice vous sera rendue, mais encore faut-il savoir le sujet de votre plainte. Je ne puis punir l’accusé sans connaître la faute qu’il a commise.
— Vous ne pouvez pas le punir? s’écria le colon. Est-ce que ma parole ne suffit pas ? Faudra-t-il supporter toutes les insolences et toutes les désobéissances de nos domestiques? S’il en est ainsi, le mieux est de quitter immédiatement la colonie.
— Allons, dit le magistrat, exposez votre plainte, j’écrirai sous votre dictée. »
Pendant que le magistrat préparait sa plume , je vis entrer notre ami Tliiny Field sous la conduite de Paddy. Campbell leur fit signe de venir se placer à côté de lui. Je m’imaginai que son maître avait intention de le traduire également devant la justice , et certes il avait bien mérité d’étre châtié ; mais mon attention fut bientôt détournée par . l’exposé de la plainte que recevait en ce moment le magistrat.
« J’accuse James Colman ici présent, disait le colon, d’avoir abandonné plusieurs fois la garde de mon troupeau pendant le jour; il s’est, en outre, absenté de sa hutte pendant la nuit. Enfin, je le soupçonne de m’avoir dérobé un certain nombre de moutons , de concert avec un autre individu employé comme domestique sur une habitation
voisine. J’affirme le fait de l’abandon du troupeau et de la hutte ; quant au vol des moutons , voici les indices sur lesquels mes soupçons sont fondés. Un jour, en l’absence de Colman, j’ai fait entrer mon troupeau dans un parc et j’ai compté moi-même le nombre de mes bêtes. Plusieurs moutons manquaient ; ils étaient remplacés par des animaux appartenant à un troupeau étranger. Des recherches ont été faites , et l’on a trouvé dans la hutte du complice dé Colman les moutons qui m’appartenaient.
— Est-ce tout ce que vous avez à dire ? demanda le magistrat.
— Non , répondit le colon ; je me plains encore de ce que, ce matin, quand j’ai menacé Colman de l’amener devant vous , il m’a répondu avec une insolence extrême.
— Comment se comporte-t-il en général? reprit le magistrat. Il y a déjà longtemps que vous l’avez à votre service, c’est une raison de penser qu’il n’a pas commis de fautes graves.
— Je n’ai jamais été très-content de lui ; il a toujours été insolent et négligent ; mais j’ai tardé à le conduire devant votre tribunal à cause de l’éloignement et pour éviter de perdre une journée de travail. Sa dernière faute a comblé la mesure : le vol des moutons surtout m’a paru grave. Il était combiné avec adresse. L’introduction de moutons