‹ Les convulsions de Paris: Les prisons pendant la communeChapitre 18 sur 52 · I. — LB oéNÉRAL GBANZT · texte numérisé non relu

I. — LB oéNÉRAL GBANZT

La foule homicide. — Les orficiers. — La prison est envahie. — M. Lefébure, directeur régulier. — 11 fait enfermer les ota^s. — Allocution de Sérizier. — Le général Chanzy sur la Loire. — Efforts de Léo Bleillet . pour sauver les prisonniers. — Prudence de M. Lefébure. — Les fédérés refusent de laisser mettre le général Chanzy en liberté. — Charles Beslay. — Défiance. •— Le cadavre.— Départ de M. Lefébure. — CauUet, directeur nommé par la Commune. — Délivrance du général Chanzy. — Le p<irfumeur Babik. — Le général Chanzy comparait devant le Comité central. — Le Comité en séance.

La prison de la Santé est la prison modèle; bâtie en pierre meulière, disposée pour le régime cellulaire et pour le régime auburnien, elle est le spécimen des constructions pénitentiaires; mais on peut avouer que sa beauté spéciale en fait un monument d'une remarquable laideur. Des murs l'entourent de tous côtés, en cachent les fenêtres et lui donnent, sur le boulevard Arago, l'apparence d'une grosse forteresse aveugle. Intérieurement, elle est bien distribuée et abrite, dans une division particulière, l'infirmerie centrale des prisons de Paris.

472 LA SÂNTË.

Ce fut par la voix publique que Ton y apprit les événements du 18 mars; le poste était gardé par des soldats de la ligne, qui, dans la matinée du 19, se retirèrent en bon ordre et ne tardèrent pas à être remplacés par des fédérés venus du IX* secteur, dont Tétat- — i^^ A»«:* installé à la manufacture des Gobelins. leures du soir, une rumeur extraordinaire \ la rue de la Santé, passa par-dessus les prison, et vint troubler le personnel de la I, du greffe et de la direction. Une foule 1000 ou 6000 personnes, femmes, enfants, irdes nationaux, poussait vers la grille de uatre officiers, reconnaissables à leurs uniambeaux. Cette bande s'acharnait principaitre un lieutenant général, assez grand, ive, de figure énergique, âgé de quaranteâron, qui restait impassible sous les coups ;es dont on Taccablait. C'était le général 3S côtés et non moins maltraité, marchait e Langourian; puis venaient M. Ducauzé de pitaine du 5* lanciers, et M. Gandin de Litenant au 75" de marche. Trois hommes fort pour les protéger contre la foule :

) Meillet, maire du XIII* arrondissement, oint, et Sérizier, commandant du 101* bairtenant au IX* secteur, se de peuple était rendue terrible par un 3ur spontané. On voulait tuer les généraux ivait même pas leurs noms. On criait : « A ! à mort Vinoyl à mort Aurelle de Pala- 't les traîtres et les vendus I Vous nous avez ie la paille I Prussiens I capitulards 1 A mort!

«(arcisse-Désiré) fut blessé au menton en protégeant

LE GÉNÉRAL CIIANZT. 175

à mort! à la lanterne! qu'on les fusille! » Léo Meillet leur répondait : « Mais non, c*est Ghanzy I » Et on reprenait : « Tant mieux! Ghanzy à mort! » Le général Chanzy avait à peine figure humaine lorsqu'il arriva près de la grille, sans képi, les vêtements lacérés, la face tuméfiée par un coup de bâton, couvert des sanies que Ton avait lancées sur lui. 11 fut terrassé devant la porte d'entrée. Le surveillant Villemin, gardien-concierge, le releva rapidement, para un coup de crosse qui lui était destiné, et le jeta dans l'intérieur de sa loge. Le premier mot du général fut : « Ces malheureux ne savent pas ce qu'ils font, il faut leur pardonner. » Un seul homme ne pouvait résister à la poussée qu'exerçait la foule. La porte fut forcée, la prison envahie. La cour, le rond-point (lieu central où aboutissent toutes les galeries), le greffe, les guichets, tout fut encombré par les fédérés, au milieu desquels des femmes s'agitaient en criant. Les surveillants, tenant en main leur forte clef d'acier trempé, s'étaient réunis autour des officiers.

H. Lefébure, le directeur régulier de la Santé, était accouru. C'est un homme qui n'est plus jeune, de taille moyenne, d'une extrême mansuétude, fort intelligent, rompu par une longue pratique à l'administration des prisons, très ferme, très résolu, sous une apparence fort douce; ayant quelquefois l'air de chercher ses mots et les trouvant toujours; n'aimant point les émeutes, mais sachant ne pas reculer devant elles. Il demanda d'abord en vertu de quel mandat ces détenus étaient amenés dans la maison. On lui remit quatre paperasses : « Ordre au directeur de la prison de la Santé de recevoir en dépôt le général Chanzy jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné. Le directeur répond sur sa tête de la garde de ses prisonniers. — Pour E. Duval : Catol. — Paris, le 19 mars 1871. Timbre : République française.

174 U SiWTÉ.

État-major de la garde nationale, XIII* arrondissement. » — Un ordre identique concernait MM. de Langourian, Ducauzé de Nazelles et Gandin de Villaine. Ces mandats d'arrestation étaient d'une indiscutable illégalité, mais ils se trouvaient appuyés par une telle force armée, qu'il n'était pas possible de se refuser à les exécuter ; c'eût été exposer inutilement sa vie et celle des prisonniers. M. Lefébure le comprit, et dès lors, connaissant bien les foules, sachant qu'elles s'apaisent souvent lorsqu'elles n'ont plus sous les yeux l'objet de leur haine irraisonnée, il résolut de faire incarcérer les quatre prisonniers le plus rapidement possible.

Ce n'était point aisé, car les fédérés les serraient de près et ne paraissaient guère disposés à les perdre de vue. L'hiver, sans charbon et sans bois, avait été très dur à la Santé; pour abriter ses détenus contre le froid, M. Lefébure avait, dans les premiers jours de décembre 1870, fait construire des cloisons en planches à l'entrée des galeries cellulaires ; la porte la plus voisine du rondpoint, 011 se tenaient les officiers, entourés des gardes nationaux, était celle de la quatrième division. Sur un signe des yeux fait par M. Lefébure au brigadier Adam, compris par celui-ci, les généraux Ghanzy, de Langourian et leurs deux aides de camp furent brusquement saisis par les gardiens et entraînés vers la porte qu'un surveillant se tenait prêt à ouvrir; Sérizier, lançant ses poings en avant, fendit la foule qui criait de nouveau : « A mort I à mort ! « Les prisonniers franchirent la cloison, dont la porte fut immédiatement refermée derrière eux; ils étaient sauvés. M. Lefébure avait remarqué l'influence que Sérizier exerçait sur les fédérés; il lui dit que son éloquence seule pouvait faire évacuer la prison et permettre d'assurer le salut des officiers auxquels il s'intéressait. Sérizier ne se fit pas prier; il dégorgea une allocution et jura qu'aucun « capitulard » n'échap-

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