CABINET DO WCRÉTAIRB GÉNÉRAL
Paiis, 25 avril 1871.
Nous, membre de la Commune, délégué civil à Tex-préfecture de police, autorisons le citoyen Washburne, ministre des États-Unis, et son secrétaire, à communiquer librement avec le citoyen Dar-^ boy, archevêque de Paris.
Raoul Rigault.
(Cachet.)
Vu, 6 mai 1871.
Le chef de division,
Edmond Lbvraud.
(Cachet.)
M. WASHBURNE A L*ARCHEVÉQUE CHIGI.
Paris, U avril 1871.
Mon cher collègue,
Je suis venu à Paris samedi soir, et le soir même j'ai pris mes dispositions pour voir un des chefs de la Commune le lendemain matin à 9 heures. Je ne saurais mieux faire que de vous envoyer un récit écrit par moi pour mon gouvernement à ce sujet. Je vous adresse donc confidentiellement une copie de la dépêche que j'ai expédiée hier à Washington. Après l'avoir lue, vous m'obligerez de
roe la retourner sous enveloppe, rue MademoiseUe, n* 7, à Versailles. Je joins ici une lettre de Tarcheyê^iue à Tabbé La^ardc J'espère vous voir.
MGR DARBOY A M. WASHBURNE.
Je prie M. le ministre des Étals-Unis de recevoir mes remercîments pour la bonne visite qu'il a eu la bonté de me faire dans ma prison, et de vouloir bien faire parvenir la lettre ci-incluse à sa destination, par son secrétaire qui se rend à Versailles.
L'adresse de la pei*sonne à qui elle est adressée sera donnée par S. Exe. le nonce apostolique ou par l'évêque de Versailles. Si cette personne est déjà repartie pour Paris, le secrétaire du ministre des États-Unis pourra détruire la lettre ou la rapporter à son retour & Paris.
G. Darbot, Archev. de Paris.
Prison de Mazas, 23 avril 1871.
L'ARCHEVÊQUE GHIGI A M. WASHBURMË,
(Confidentiel,)
Versailles-Montreua, S3 avril 1871.
Monsieur et cber collègue.
Je ne sais véritablement comment vous remercier pour tout ce que vous avez eu la bonté de faire afin de venir en aide au digne arcbevôque de Paris. Vous avez fait plus que je n'eusse pu espérer, malgré la confiance que j'avais en vous, sachant les sentiments d'humanité et d^ compassion de votre cœur et connaissant la généreuse nation que vous représentez si dignement en France ; et je suis sûr que les démarches faites par vous auprès des hommes de qui dépend le sort de Mgr Darboy ne manqueront pas de produire le résultat le plus favorable qu'on puisse espérer dans les circonstances présentes.
J'ai lu avec un grand intérêt et avec un sentiment de profonde gratitude envers vous, monsieur, les dépêches que vous avex eu la bonté de me communiquer confidentiellement et sous toutes réserves, et je m'empresse de vous les renvoyer, avec tous mes remerctments, à la légation des États-Unis, à Versailles, suivant rindication que contenait votre honorée lettre d'hier.
Le colonel HoflîiUin m'a informé que vous viendries bientôt à Versailles, et je l'ai prié de me taire connaître votre arrivée, afin de pouvoir, sans délai, allei' vous exprimer toute ma g^ratitude et iDon respect.
JËln attendant, veuillez agréer, etc.
Flavius Cwei, Ircber. de Mf j», nonce apotlaliqne
MGR DÂRBOY A M. WASHBURNE.
38 avril 1874.
Je prie S. Exe. le mintstre des États-Unis de recevoir Thommage de mon respect et d'avoir la bonté de faire parvenir la lettre ciincluse à Versailles.
L'adresse de M. Lagarde, dans le cas où le repiésentant de Son Excellence ne la connaîtrait pas, pourra être <^enue soit à la résidence du nonce, soit à l'évêché de Versailles.
G. Daebot, Archev. de Paris.
MGR DABBOY A M. WASHBURNE.
38avriH871.
Je prie S. Exe. le ministre des États-Unis de recevoir l'hommage de mon respect et de me permettre d'avoir recours à son obligeance pour envoyer à Versailles la lettre ci-incluse. Je lui en serai très reconnaissant.
G. Dabbot,
Arcbev. de Paris.
L'adresse de M. Lagarde est, sans doute, connue du représentant de M. Washbume à Versailles. En tout cas, on peut se la procurer chei le nonce ou chez Tévêque de Versailles.
MÉMORANDUM DE L'AEGHËVtûUE DE PARIS.
tCRIf PAR un AAMS LA MlUÛR »E MASAS^ LB iÙ Uàl WU
On ne sait pas précisément quelle réponse a fiiite N« Tbiers & la proposition qui loi a été adressée d'élargir Blanqui afin d'obtenir, en
3«.» PIÈfiES JUSTIFICATIVES.
échangée, l'élargissement de l'archevêque de Paris et de quatre on cinq pei*sonnes détenues avec lui. Le vicaire général Lagarde, qui est allé à Versailles ,pour s'occuper de cette aflaire, n'a envoyé ici que des rapports vagues et incomplets sur le résultat de sa démarche ; mais, comme il ne revient point, on croit que tout espoir de succès n'est pas perdu.
A défaut d'information précise, on conjecture que le gouvernement craint de paraître traiter avec la Commune, en acceptant l'échange proposé ; il est possible, en outre, qu'il regarde la libération de M. Blanqui comme dangereuse, au milieu de la présente agitation. Maintenant, les personnes qui s'intéressent soit à Blanqui, soit à l'archevêque, désirent vivement que Ton soumette les considérations suivantes à M. Thiers, qui les appréciera avec sagesse et humanité, et Ton croit qu'elles auraient un grand poids si elles étaient présentées à M. Thiers par Son Exe. le ministre des États-Unis.
La question n'est pas entre la Commune et le gouvernement, mais entre le gouvernement et les personnes sus-mentionnées. Ces dernières ont décidé que l'archevêque et quatre ou cinq autres prisonniers, à désigner par M. Thiers, seraient envoyés à Vei'^aiÛes, si l'on peut avoir l'assurance que M. Blanqui sera mis en liberté. Cette assurance devait êti*e garantie par la parole du ministre des États-Unis, autorisé à cet effet par celle de M. Thiers. Quant à la libération de M. Blanqui, au lieu de l'ordonner officiellement, ne serait-il pas possible de la réaliser, en lui laissant la faculté de s'évader, en sous-entendant qu'il ne serait pas repris, à moins que cène fût pour quelque nouveau délit commis par lui? De cette façon le gouvernement n'aurait rien absolument à faire avec la Commune ; quelqu'un en dehors de la Commune recevrait l'assurance donnée par M. Washburne, et tout serait aiTangé.
11 ne pourrait y avoir aucun danger sérieux à élargir M. Blanqui, même dans l'état actuel des choses.
La résistance de Paris est une résistance entièrement militaire, et la présence de H. Blanqui n'y pouiTait rien ajouter.
Les idées politiques et sociales que représente la Commune ne sont pas, en elles-mêmes, ni dans leur application, celles de M. Blanqui ; s'il venait à s'associer lui-même à la Commune, il ne serait pas un lien d'union entre les membres qui la composent, mais plutôt un nouvel élément de discorde.
A tout événement, il ne seitible pas qu'au milieu des théories politiques et sociales de la Commune il puisse être mis lin au présent conflit autrement que par la force des armes. On n'aurait donc aucun nouvel embarras à surmonter si M. Blanqui était mis en liberté, et même s'il revenait à Paris. Le ferait-il, d'ailleurs, ou ne le ferait-il pas ? On l'ignore.
Si l'on savait exactement pour quelles raisons M. Thiers hésite à prendre une résolution favorable sur la proposition d'échange qui
lui a été soumise, il serait possible de les affaiblir et de l'amener peut-être à une meilleure conclusion. En outi*e, il ne devrait pas i^orer que la vie de l'arcbevêque est sérieusement menacée. En le sauvant, H. Thiers donnerait, croyons-nous, mie grande satisfaction au clergé français et particulièrement à l'épiscopat.
M. WASHBURNE A MGR CHIGI.
Paris, 11 loai 1871.
Mon cher collègue,
M. Mac Kean, mon secrétaire particulier, ira vous trouver au sujet de l'archevêque. Il vous remettra une copie du mémorandum écrit par lui concernant un échange avec Blanqui. Je n'ai pas besoin de vous assurer que je serai très heureux de faire tout ce qui pourra être fait en cette circonstance — officieusement s'entend — pour faciliter tout arrangement qui pourrait être concerté. M. Mac Kean a visité Parchevèque avec moi hier, et pourra vous donner tous les éclaircissements en ce qui le touche.
J'ai l'honneur d'être, etc.
E. B. Washburne.
M. WASHBURNE A M. W. B. NURCOTT.
Paris, 11 mai 1871.
Cher monsieur.
J'ai envoyé aigourd'hui à Mgr Chigi une copie du mémorandum de l'archevêque de Paris, au sujet de l'échange à faire entre lui et Blanqui et je lui ai dit que je ferais avec empressement tout ce qui serait possible, officieusement ^ bien entendu. Je crois que l'archevêque a très bien posé la question, et j'espère que l'attention de M. Thiers sera appelée sur son mémorandum. Je comprends bien les raisons que le gouvernement de Versailles pourrait opposer à la proposition d'échange ; mais il me semble qu'on pourrait s'élever audessus de ces raisons, dans un cas pareil, alors que la vie d'un homme tel que l'archevêque est en danger. Le gouvernement français ne perdrait rien à mettre Blanqui en liberté, et en le faisant il sauverait probablement les jours de l'archevêque. Je considère que sa vie est dans le plus imminent danger, et, pour ce motif, dans le
»» PIÈGES JUSnFKATIYES.
dntr d'alMçer ses souffinmces en prison, je me suis décidé à prêter tom mes bons offices en cette affaire, dans Tofre visite à Yersadles, j'espère <fne tous poorrei amener X. Thiers à consentir ilr Yéchmtge. le crois qm ht Commune est prête à élargir phnieurs prisomiiers, y compris H. Bonjean, en pins de f arcbeTé<|iie, dans le cas où fftanqà serait mis en lil>erté. C'est une considération de plus à faire TaJoir auprès de M. Tiiiet^. y
Je suis, etc. ^
K. B. WASHSUfiNE.
MGR ÇUIGI À M. WASHBURNE.
VersaiUea-lloBtreiul, ii mai 1921.
Moiisiefir et cher coHègue,
M. ffae Kean m'a remis ce matin la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser hier, ainsi que la copie du mémorandum écrit par l'archevêque de Paris, et j'ai reçu également, il y a queï- .ques jours, par la poste et fort en retard, l'autre lettre que vous avex eu la bonté de m'écrire le 29 avril, avec les deux lettres qui y étaient jointes de Mgr Barboy pour l'abbé Lagarde, à qui je les ai remises immédiatement. Ce matin j'ai envoyé confidentiellement à M. Thiers le mémoire de l'archevêque, et je l'ai prié de me répondre confidentiellement afin de pouvoir vous envoyer cette réponse, pour être communiquée par vos* soins à Mgr Barboy. Si je la reçois, comme cela a été promis, vers 3 heures, je m'empresserai de vous la transmettre, en vous priant de la faire connaître à Mgr l'archevêque. En attendant, il est bon que vous sachiez où en sont les affaires.
M. Thiers ayant reçu, il y a quelques jours, la lettre apportée par l'abbé Lagarde, l'a soumise d'abord au conseil des ministres* puis à la commission des quinze députés qu'il s'est adjoints ; û a également soumis au conseil et à la commission la question d'échange, de Blan* qui d'une part, et de l'archevêque avec quatre ou cinq ecclésiastiques d'autre part, et tous ont refusé unanimement leur consentement à un semblable arrangement*. Après cetej M. Thiers a déclaré que, malgré le désir qu'il éprouvait de vofl* l'archevêque en liberté, ainsi que fabbé Beguerry, qui était son ami personnel, il ne pon-
* L'unanimité ne fut point aussi complète que le pense Mgr Chigi ; je cfois être en mesure d'affirmer qti'un des membres de fa commission, pré* voyant les dangers trop réels que courait la vie de Parchcvéquc de Parls^ insista vivement povtr que l'échange fût opéré; it ne parvint pas à faire partager son opinion à ses collègues, ni à ébranler la détermination de M. Thiers. M. D.
PIÈGES lUSTIFIGÂmES. 385
vait prendre sur lui d'exécuter rechange. Il a ajouté que U. Blanqui allait être jugé à nouveau, et que s'il était condamné à mort, il aurait lui, comme Président, le pouvoir de lui accorder la vie ; mais que, quant à le mettre en liberté, surtout avant qu'il fût jugé, cela lui était impossible ; que cela dépasserait son droit comme chef du pouvoir exécutif. Cette réponse, adressée à Mgr Darbey, il y a plus de deux semaines, a été couchée par écrit, et M. Lagarde a été prié de la porter à l'archevêque, sous enveloppe cachetée, comme elle était. Mais M. Lagarde a refusé, et persiste à refuser de le faire, donnant pour motif de son refus qu'il ne peut porter mie lettre cachetée en réponse à une lettre qu'il avait apportée ouverte. Il en résulte que la lettre de M. Thiers est encore au ministère c des cultes 9, et on ne veut fçofOftr que par M, iagarde, qui, de son côté, n'a pas envie de s'en charger.
M. Thiers veut aussi que je sois assuré qu'il est convaincu que ni les jours de l'archevêque de Paris, ni ceux des autres ecclésiastiques, actuellement prisonniers, ne sont en danger.
Quant à moi, je ne partage pas, je l'avoue, la confiance du président sur ce point.
4 heures. — J'arrive de Fhôtel de la préfecture. M. Thiers a lu avec attention la copie du mémoire dont j'ai parlé plus haut, et il a répété, après mûre réflexion, les mêmes observations faites par lui dans sa réponse à Mgr Darboy. Il a résolu de ne point mettre Blan* qui en liberté, mais d'épargner sa vie s'il était condamné à mort. C'est là tout ce que ses pouvoirs l'autorisent à faire. En outre, il ne lui serait jamais permis de sanctionner une iniquité, consistant à saisir des otages parmi les hommes éminents afin de £ure élargir des garnements et des criminels, en l'amenant à se prêter à de pa« reils projets d'échange plus ou moins déguisés. Il a renouvelé l'as' sorance que la vie de l'archevêque ne courait aucune espèce de ùsngeTf et il a dit en terminant que dans deux jours environ les troupes seraient dans Paris et que tout péril aurait disparu.
Telle est, mon cher collègue, la réponse que je puis vous faire, et je regrette atec tous qu'elle ne soit pas plus en rapport avec le désir de l'archevêque, et avec votre généreux et charitable dessein. Permettez-moi, en finissant, de vous communiquer, conformément aux OTdres que le cardinal Autoitelii m'a transmis, les sentiments de gratitude de Sa Sainteté le Pape et du cardinal pour tout ce que vous ave* fait et tout ce que vous pourre» faire en feveiu» de l'archevêque 8t injustement martyrisé.
Agrées, monsieur, avec mes sincères et affectiomiés sentiments, la nouvelle assurance^ etc.
Flwius Ghigi, Archev. deltyre, nonce apostolique.