I.F.S AlUiESTATIONS
de faire cesser la petite taquinerie dont je suis l'objet depuis mon arrivée dans votre maison ; à chaque instant on ouvre mon guichet, on me regarde comme si j'étais une bête féroce au Jardin des Plantes, et derrière ma porte j'entends constamment ces aimables exclamations : « Canaille, scélérat ! on devrait bien le fusillera » A cette heure pensa-t-il à M. Bonjean et eut-il un regret? Ce que l'on sait de sa nature permet d'en douter.
Les prêtres. — Pillage chez l'abbé Deguerry. — La voiture de l'archevêque. — Malpropretés communardes. — La loi des suspects. — Le décret sur les otages. — Le délégué à la justice. — Un juge d'instruction peu scrupuleux. — Liberté sous caution. — Charles Lullier. — Son évasion. — .\ssi. — Directeur du couiilTé des subsistances. — lîossel. Immédiatement rerais en liberté. — Ses origines. — Son ambition. — Son dégoût du lôle qu'il a recherché. — Délégué à la guerre. — Ignorance des olliciers fédérés. — Opinion de Rossel sur l'armée de la Commune. — Il demande à être arrêté et se sauve. — Sa condamnation et sa mort.
M. Bonjean ne devait pas longtemps rester seul en qualité de « grand otage », ainsi que l'on disait alors. Le 4 avril, les portes dn Dépôt se refermèrent sur plusieurs membres du clergé de Paris. Mgr Darboy et son vicaire, Lagarde, qui n'avait jamais lu l'histoire de Béguins; M. de Bengy, le père Clerc, l'abbé Allard, aumônier des ambulances; l'abbé Crozes, aumônier de la Boquette, le protecteur constant et entêté des condamnés ; l'abbé Deguerry, curé de la Madeleine, fort populaire à Paris, avec sa haute taille, ses long cheveux ébouriffés et sa brusque démarche de colonel de carabiniers; le père Dacoudray et d'autres viennent s'asseoir dans les étroites cellules et sont mis au secret. Cq
* Voir Pièces justificri/ives, n" 4.
n'est pa^ assoz : le lendemain, Mcrr Surat, airhidiacre de Paris, M. Moléon, curé de Saint-Séverin, sunt réunis à eux. Jusqu'aux derniers jours de la Commune il en sera ainsi: partout où l'on pourra saisir un séminariste, connue le jeune Seigneret, un sacristain, un bedeau, un prêtre, un religieux, on l'enfermera, sans autre forme de procès, parce qu'il adore un Dieu que la Comnume ne reconnaît pas, et s'il demande pourquoi on l'arrête, on lui dira : « Voilà quinze cents ans que vous nous la faites, et ça finit par nous embêter. » C'est du moins ce que Raoul Rigault répondit à l'arcbevêque. Ces prêtres étaient bien placés entre les mains de Carreau, qui éprouvait une telle haine contre la religion, que l'on fut obligé, le 29 mars, de faire partir les sœurs de Marie-Joseph, quoique déguisées sous vêtements ordinaires; parce qu'il parlait sans cesse de faire fusiller « toutes ces nonnes ».
Chez l'abbé Deguerry, on avait pillé connue dans une ville mise à sac ^ ; à l'archevêché, on y mit un peu moins de sans-façon. L'archevêque avait été arrêté à son domicile par un capitaine de fédérés nonnnéRévol, homme assez complexe, à ce qu'il parait, car, s'il avait porté la main sur Mgr Darboy, il fit des efforts sérieux pour obtenir l'élargissement de l'abbé Crozes, qui avait été saisi dans l'antichambre de Raoul Rigault au moment où il venait demander une permission pour visiter un prêtre détenu. Ce Révol fut incarcéré à son tour et écroué à Mazas; il put en sortir le 22 mai et se mêla aux derniers combattants de la Commune ; moins spirituel que la plupart de ses chefs, il se laissa prendre et fut exécuté dans les fossés du château de Vincennes, en compagnie d'un prince Ragration, fourvoyé, on ne
* Voir Les Convulsions de Paris, t. IV, cliap. ii. — III. Les arrestations.
sait comme, dans cette mascarade. Révol eut quelques égards pour l'archevêque et permit qu'il fût amené à la Préfecture de police dans sa propre voiture, qui fut immédiatement réquisitionnée, et servit à promener Raoul Rigault, son ami Gaston Dacosta, et parfois aussi quelques péronnelles ramassées un peu partout.
Le service auquel les chevaux de l'archevêque furent tout d'abord condamnés ne dut point leur paraître une sinécure, car dans les deux jours qui suivirent l'arrestation de Mgr Darboy, ils liront vingt-huit voyages entre la Préfecture et l'archevêché; la voiture était devenue voiture de déménagement. Riens d'église, biens d'émigrés : biens nationaux; — Flourens l'avait décrété au lendemain de la victoire. Les ornements d'église, les vêtements sacerdotaux étaient apportés à la Préfecture et jetés pêle-mêle dans les bureaux de la police municipale ou dans ceux de la première division. C'était là une tentation bien forte pour les fédérés libres-penseurs, qui s'écriaient dans leurs journaux : Nous biffons Dieu ! Ils ne surent y résister et ne perdirent pas cette occasion de faire une malpropreté; ils coiffèrent les mitres, revêtirent les chasubles, prirent en main les crosses pastorales, les calices, les ostensoirs, les saints ciboires, les encensoirs, les croix, les chandeliers, et dans le corridor qui, à cette époque, servait de dégagement à la première division, ils jouèrent à la messe et à la procession. Quand ils se furent bien amusés, les vases et les ornements furent chai-gés dans un fourgon et portés à la Monnaie. Ces bravades d'impiété étaient de mode sous la Commune : l'autel d'une certaine chapelle servait de lit nuptial à Sérizier.
Ces prêtres, ces religieux, nous les retrouverons plus tard à Mazas, où ils furent transférés le 6 avril en même temps que M. Bonjean; nous les retrouverons