‹ Les convulsions de Paris (volume 4)Chapitre 32 sur 66 · I.Ol'.liHE D'KXECl'TION · texte numérisé non relu

I.Ol'.liHE D'KXECl'TION

sera venu. » Une lueur traversa l'esprit de Sérizier. « Est-ce que tu as gardé ton ancien personnel? — Oui. )) Sérizier injuria CauUet, lui dit qu'il avait manqué à tous ses devoirs, car on lui avait prescrit de renvoyer tous les surveillants. Caullet nia le fait, et une violente discussion s'engagea. Caullet, pour prouver qu'il ne mentait pas, fouillait dans les tiroirs, et enfin, triomphalement, montra un papier: « 7 avril 1871. Le citoyen Caullet, directeur de la prison de la Santé, est autorisé à prendre toutes les mesures nécessaires relativement aux employés de son personnel. — Signé : L. Chalain. — Approuvé : Raoul Higault. » — « Imbécile, lui dit Sérizier, tu n'as pas compris; il fallait les mettre tous à la porte. )) Puis, se tournant vers Minière, il ajouta à voix basse : « II n'y a rien ri faire ici, allons-nous-en. » Il emporta la liste qu'il avait dressée, et, monti'ant le poing à Caullet, il lui cria : « Toi, je te retrouverai! » Sérizier, Milliére et l'artilleur se retirèrent. Le brigadier Adam les précéda pour leur ouvrir les portes et entra avec eux dans le poste d'entrée. Là, Sérizier remit au capitaine commandant la liste des otages, et lui dit : « Vous ferez vous-même fusiller tous ces gens-là. » Le capitaine répondit : « C'est bien ! »

Le brigadier Adam ferma la porte sur ces trois personnages, qui s'éloignèrent par la rue de la Santé, dans la direction du boulevard Arago ; il attendit quelques instants, puis, s'adressant au chef de poste, il lui demanda : (( Est-ce que vous aiu'ez le courage de commettre un pareil crime ? » Le fait qui se passa alors est étrange. La compagnie qui était de garde au poste d'entrée appartenait à la garde nationale sédentaire, et était composée en majeure partie de petits boutiquiers' du faubourg Saint-Jacques, hommes paisibles, faisant leur service sans entrain, alléchés par la solde et ne

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s'associant |)oiiit aux mauvais actes de la Commune. Le capitaine, déjà d'un certain âge, avait bonne réputation dans son ([uartier. A la question du brigadier Adam, il baissa la tète comme s'il eût cberché à préciser un souvenir; puis, tout à coup, avec un geste dramatique et une voix de basse-taille, il dit, ou j)lutôt il modula : « Parmi ces citoyens, je compte des soJdats et pas un assassin! » Il avait été jadis choriste à l'Opéra; une réminiscence du quatrième acte des Huguenots lui avait dicté sa réponse.

Adam courut au greffe. Caullet et les greffiers vinrent en hâte dans le poste; on félicita le capitaine, on serra la main des fédérés sédentaires, il y eut là un mouvement d'enthousiasme pour le bien qui fut touchant. Les soldats renchérissaient sur leur chef et criaient : « Non, nous ne sommes pas des assassins ! » On fit rentrer les sentinelles extérieures; on enleva les cartouches des fusils, que l'on disposa en faisceaux dans la cour ; de ce moment les gardes nationaux n'y touchèrent plus. Le personnel des surveillants eût pu s'en emparer et résister en cas d'alerte.

Le lendemain 23 mai, les extrémités de la rue de la Santé étaient fermées par deux barricades que défendaient des fédérés du 176'^ bataillon. Les soldats du poste ne se mêlèrent point à eux et restèrent à vaguer dans les cours et dans le chemin de ronde de la prison. La porte demeura close, nul n'essaya de la franchir. La maison formait une masse silencieuse au milieu de la bataille qui l'entourait de toutes parts. Vers le milieu du jour, les otages, libres dans les galeries, causaient entre eux, lorsqu'un obus, traversant le toit, éclata avec un bruit formidable. Les batteries de la Butte-aux-Cailles prenaient la Santé pour objectif et tiraient dessus à toute volée. On se gara comme on put, on se rassembla dans les parties de la prison les

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moins exposées, et Ton se demandait si, après avoir échappé à une exécution militaire, on n'allait pas périr sous les projectiles de l'insurrection.

Le déchirement des toitures par les obus, le bruit continu de la fusillade, avaient exaspéré les nerfs de Caullct; il parut tout à coup armé d'un revolver qu'il brandissait au-dessus de sa tête, en criant : « A moi, tout le personnel ! on massacre nos frères ! En avant ! en avant! » On le regarda avec surprise, et personne ne bougea. « Vous êtes des lâches si vous ne me suivez pas! » Son allocution ne produisit pas grand effet; les surveillants haussèrent les épaules et continuèrent leur service. Caullet s'élança hors de la prison et y rentra cinq minutes après tout à fait calmé. La nuit fut dure : la Butte-aux-Cailles n'avait point suspendu son feu, et les obus n'épargnaient point la prison; on se coucha vêtu pour être prêt à tout événement.

Le 24, il y eut des interruptions et des reprises de fusillade qui ravivaient et affaiblissaient l'espoir des otages; les vivres commençaient à manquer. Entre onze heures et midi, le vitrage de la maison s'abattit dans les couloirs comme un ouragan de verres cassés. C'était la poudrière du Luxembourg qui venait de sauter. Vers trois heures de l'après-midi, un surveillant qui avait été jeter un coup d'œil dehors vint annoncer que les barricades étaient abandonnées et que la rue de la Sauté restait déserte. Les greffiers tinrent rapidement conseil entre eux ; puis on enferma Caullet dans son propre cabinet, en lui déclarant qu'on le regardait comme démissionnaire et détenu ; il ne fit aucune résistance et dit seulement : « Je me recommande à M. Claude. » M. Laloë prit la direction de la maison. Un gardien fut placé prés de la porte d'entrée, avec ordre de an veiller la rue; il ne tarda pas à aper-

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