‹ Les convulsions de Paris (volume 4)Chapitre 40 sur 66 · I.'AHIUYEE DES OTAGES · texte numérisé non relu

I.'AHIUYEE DES OTAGES

reiit hésiter ; ensuite ils inspectèrent les deux chemins de ronde et regardèrent longtemps le mur élevé entre le second et un terrain vague qui s'étend jusqu'au coude de la rue de la Folie-Régnault.

C'était là une sorte de promenade extérieure. François et son ami Vérig revinriMit au second guichet, traversèrent l'avant-greffe, gravirent un large escalier qui les mena à la quatrième section, long couloir où vingttrois cellules se font face de chaque côté, de façon que l'on peut y enfermer quarante-six détenus. François fit remarquer à Yèi'ig tout au bout de ce corridor, en face de la vingt-troisième cellule, une forte porte en chêne; il la fit ouvrir par le surveillant qui les accompagnait, et s'engagea dans l'escalier de secours, escalier étroit, en colimaçon, aboutissant à la galerie du quartier des condamnés à mort ; là il montra du doigt la porte du premier chemin de ronde : Yérig eut un sourire, il avait compris. On parcourut ainsi toute la maison, on constata que chacune des galeries formant une section distincte est fermée à chaque extrémité par une grille de fer, ce qui permet d'isoler les divisions et d'empêcher toute communication d'un étage à l'autre en cas de révolte, car les grilles sont si solides, si puissamment scellées dans les pierres de taille, que nulle force humaine ne parviendrait à les briser ou à les arracher.

François donna encore quelques détails à Yérig; il lui expliqua que le (( bouclage », c'est-à-dire la fermeture des cellules, se faisait régulièrement à six heures du soir; chaque jour on promène les otages dans le chemin de ronde; ils sont assez nombreux, quatrevingt-seize gendarmes, quarante-deux anciens sergents de ville, quatre-vingt-quinze soldats de ligne, quinze artilleurs, un chasseur d'Afrique, un zouave, un turco. Après cette énumération, François ajouta : « Tous ca-

l'.V.' I.\ CHA.MiK-I'.OOri'TTK.

|iil(il;ii(ls ! V (a'Itf longue touriKM' (huis la (iraiHli'-lioquetto, ces explications que Vêrii,^ avait semblé écouter avec intérêt, avaient altéré les deux fauves; ils allèrent s'abreuver cbez le marchand de vin.

Ce même soir, vers dix heures, on entendit un grand bruit sur la place de la Roquette; les cabarets avaient dégorgé leurs buveurs sur les trottoirs, les fédérés réunis devant la prison battaient des mains et criaient : « A mort les calotins ! » C'étaient les otages enlevés à Mazas qui. arrivaient sur les chariots où ils avaient été secoués par les cahots, insultés par la populace, menacés par les gardes nationaux armés qui les escortaient. Vn témoin oculaire raconte que Mounier, surveillant de Mazas, chargé de présider à ce transférement, était (( plus mort que vif », tant il avait été ému par les injures dont ces malheureux avaient été accablés pendant leur route, sur une voie à demi dépavée, à travers les barricades et parmi les bandes qui vociféraient en leur montrant le poing.

Les deux voitures pénétrèrent dans la cour de la Grande-Roquette; les otages descendirent et furent réunis pêle-mêle, dans le parloir éclairé d'une lanterne. François se réserva l'honneur de faire l'appel; il y procéda avec une certaine lenteur emphatique, dévisageant l'archevêque, regardant avec affectation le père Caubert et le père Olivaint, car il voulait voir, disait-il, comment est fait un jésuite. Les formalités de l'écrou ne furent pas longues; le nom des détenus ne fut inscrit sur aucun registre, on se contenta de serrer dans un tiroir la liste expédiée par le greffe de Mazas. Le reçu que Meunier emporta pour justifier le transfert était singulièrement laconique : Reçu quarante curés et magistrats; pas de signature, mais sinq)lement le timbre administratif de la prison.

Portant leur petit paquet sous le bras, placés les uns

Page 1