‹ Les convulsions de Paris (volume 4)Chapitre 39 sur 66 · I/\RP,IVEE DES OTAGES · texte numérisé non relu

I/\RP,IVEE DES OTAGES

SOUS le commandement du capitaine Vérig, ouvrier terrassier, petit liomme brun, sec, anguleux, nerveux, ayant des bras d'une longueur démesurée, ce qui lui donnait la démarche oscillante d'un quadrumane, âgé de trente-cinq ans environ, propre à toutes les besognes où il ne faut que de la cruauté et l'amour du mal. Il ne quittait point un long pistolet d'arçon, qui lui servait à accentuer ses ordres; il commandait: « En avant, marche, ou je fais feu ! » Il était de cette race d'hommes qui ne peuvent supporter d'autre autorité que celle qu'ils exercent eux-mêmes et dont ils abusent insupportablement. La Commune avait eu la main heureuse en choisissant François comme directeur du dépôt des condamnés, car ce fut lui qui découvrit Vérig, sut l'apprécier et lui conlia le poste de la prison lorsque l'exécution des otages eut été décidée. Lorsque François avait pris possession de la prison, il y avait trouvé deux malheureux condamnés au dernier supplice, Pasquier et Bertiiemetz. Le 6 avril, la guillotine fut solennellement brûlée devant la mairie du Xl*^ arrondissement, parce que la Commune répudiait « toute la défroque du moyen âge )>. François se rendit dans la cellule d'un des condamnés, le félicita, lui prit les mains et se mit à danser avec lui *. Ce bon mouvement de chorégraphie humanitaire ne Fcmpècha pas d'agir avec un singulier discernement lorsqu'il mit la prison et les détenus sous la garde de Yérig.

Il promena celui-ci dans la maison et, sous le prétexte de lui en « faire les honneurs » , il lui en montra toutes les dispositions. Après la première cour, l'on

* Il avait fait enlever et transporter chez lui les cinq dalles qui servent de point d'appui aux montants de la guillotine. On les retrouva le 28 juin 1871, lors d'une perquisition opérée à son domicile, rue de Charonne, n" 10. Il déclara avoir eu l'intention de les faire vendre en Angleterre comme objets de curiosité.

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entre dans une soi'lc de veslilmlc qui est le second guicliel; à gauche s'ouvre le parloir, pièce étroite, séparée en deux parties égales dans la longueur par un double grillage en fer; à droite, c'est le greffe et à côté l'avant-greffe, c'est-à-dire la chambre où l'on fait la toilette, l'inutile et cruelle toilette des condamnés à mort. En face et dans l'axe du vestibule, une petite jiorle lamée de fer ))ermet de pénétrer dans la cour principale, large préau d'où se voit l'ensemble de la maison pénitentiaire proprement dite; au fond, la chapelle ; à droite, le bâtiment de l'ouest, composé d'un rez-do-chaussée où sont les ateliers et de trois étages renfermant chacun une section de cellules; à gauche, le bâtiment de l'est, avec une distribution analogue ; toutes les fenêtres sont munies de barreaux. Dans l'angle de la cour, à droite, une porte, fortifiée par une grille que l'on ferme le soir, conduit à une assez vaste pièce, qui est le guichet central ; des surveillants y sont en permanence jour et nuit. Lorsque l'on a traversé le guichet central, on entre dans un petit jard*in où trois lilas et un marronnier apportent quelque gaîté : c'est là un quartier isolé ; en face, au rez-de-chaussée, la bibliothèque, au-dessus l'infirmerie: à droite, une galerie à arcades où sont situées les trois grandes cellules réservées aux condanniés à mort.

Au bout de la galerie, une porte basse, — la porte de secours, — domine cinq marches par lesquelles on descend dans le premier chemin de ronde qui enveloppe la prison, comme ce chemin de ronde est lui-même enveloppé par un second ; des murs de trente pieds de haut séparent les deux chemins l'un de l'autre et enferment toute la maison derrière deux remparts construits en pierres meulières. Dans leur minutieuse visite, Vérig et François s'arrêtèrent au milieu du petit jardin de l'infirmerie, l'examinèrent avec soin et paru-

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