‹ Les convulsions de ParisChapitre 43 sur 68 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

et financières que Ton eût confisquées au profit de rÉtat. Dans ce cas, la Banque eût été la première dévalisée, et il est fort probable que les metteurs en œuvre du pillage se seraient retirés de là avec quelques rentes pour aller vivre à l'étranger. Par les reproches qui ont été adressés à Jourde, il nous est prouvé que sa probité n*a pas fléchi, qu'il a été résolument le bon complice du père Beslay dans l'intention que celui-ci avait manifestée de protéger le crédit de la France en ne permettant point que l'on portât à la Banque des atteintes trop dures. Je le répète, Jourde ne faisait qu'émettre une vérité, lorsque le 19 mai il écrivit : « Si je succombais seulement une heure, vous savez ce qui en résulterait. » 11 en serait résulté l'anéantissement de trois millards*.

Ces trois milliards, la Banque a su les conserver ; mais, quoi que l'on ait pu croire, elle n'est pas sortie absolument indemne de la crise qu'elle a traversée en 1871. Elle avait cependant agi avec prudence, et lorsqu'elle avait vu que le compte courant de la Ville de Paris n'allait pas tarder à être épuisé, elle avait signifié au gouvernement que si l'État ne prenait à sa charge les réquisitions qui lui seraient encore imposées, elle refuserait de s'y soumettre et courrait les risques d'une aventure définitive. J'ai reproduit, on se le rappelle, les lettres qui ont été échangées à ce sujet vers la fin du mois d'avril entre le conseil de la Banque et le ministre des finances. Le messager du sous-gouverneur, M. de Lisa, inspecteur, avait rapporté à cet égard les assurances les plus positives. Les paroles du ministre

' Est-ce pour reconquérir restirae du parti dont Yerraersch fut l'organe que Jourde a publié en 1877, à Bruxelles, une brochure intitulée : Souvenirs d'un membre de la Commune ^ et dans laquelle il a commis des erreurs trop manifestes pour ne pas paraître voontaires î

pouvaient se résumer ainsi : a Donnez le moins d'argent possible, mais donnez ce qu'il faudra pour éviter un péril sérieux; les sommes qui vous seront extorquées seront considérées comme des avances faites à TÉtat, qui vous les remboursera. » C'était rassurant, car dans l'état des choses, alors qu'il était impossible de faire approuver le contrat par une sanction législative, la Banque et le ministre des finances avaient qualité pour traiter. L'ime et l'autre le croyaient du moins, car ils étaient de bonne foi. Il paraît qu'ils s'étaient trompés, et l'événement se chargea de le leur démontrer.

Du 20 mars au 25 mai, la Banque de France avait payé à la Commune révolutionnaire la sonune de 19695202 francs, qui avait été violemment réquisitionnée : sur ce total, 9401819 francs formaient le compte courant de la Ville de Paris et 7293383 francs provenaient des fonds appartenant à la Banque ellemême ou au public. La Ville de Paris émit d'abord, dés le 2 août 1871, la prétention de réclamer à la Banque le solde créditeur que celle-ci avait abandonné à la Commime. C'était insoutenable et le ministère des finances mit spontanément fin lui-même à ce commencement de conflit en écrivant au gouverneur (10 août 1871) : « Que la somme de 16 millions environ qui a été payée par la Banque à la Commune de Paris est reconnue par nous comme dette, soit de l'État, soit de la Ville; mais que le compte à faire sera fait entre la Banque et l'Etat, qui se porte fort pour la ville de Paris. » Cinq jours après, sur les instances de H. Rouland, M. Pouyer-Quertier écrivait de nouveau : « Je n'hésite pas, puisque vous le désirez, à vous dire que le gouvernement accepte toute la responsabilité des sept millions et que la Banque n'a aucun risque à courir pour cette somme. L'Etat se réserve seulement

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