‹ Les convulsions de ParisChapitre 45 sur 68 · ÉPILOGUE. SOS · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE. SOS

leur poste, ils se mirent en révolte ouverte contre l'insurrection et ne lui cédèrent pas. Quel que fût leur intérêt personnel à la conservation de rétablissement financier qu'ils représentaient, ils auraient été tentés de se mettre en sûreté et le souci de leur propre sécurité les aurait éloignés de Paris, si TÉtat ne leur avait déclaré qu'en restant là où étaient le péril et l'honneur, ils faisaient œuvre de salut public et de défense sociale. Au lieu de porter devant le Conseil d'État une question qu'il suffisait de connaître pour la résoudre, il fallait consulter la finance de Paris et lui demander ce qu'elle pensait des services que la Banque lui avait rendus par son attitude pendant la durée de la Commune. Cette réponse n'eût point été douteuse, car elle avait déjà été formulée, dès la fin de mai 1871, dans une adresse, solennellement portée à MM. de Plœuc, sous-gouverneur, Durand, Davillier, Denière, Millescamps, régents, Fère, censeur. Le haut commerce, la haute industrie, la haute finance sont unanimes : « Permettez donc, messieurs, aux soussignés de venir vous exprimer leur profonde reconnaissance pour le dévouement sans bornes avec lequel vous avez protégé les immenses intérêts qui vous étaient confiés *. » Si à ce moment l'État avait déclaré qu'il ne se considérait pas comme responsable du préjudice pécuniaire causé à la Banque par les exigences de la Commune, une souscription, en quelque sorte nationale, ouverte dans les régions parisiennes, eût fait rentrer dans les caisses de l'hôtel de la Vrillièro, les sommes que, sur l'autorisation du ministre des finances, les régents et le sous-gouverneur avaient livrées à la Commune.

Je ne puis juger le fait en homme d'État ni en homme de finances, car je ne suis ni l'un ni l'autre ; au

' Voir Pièces juslificatives, n* 10.

point de vue de la rectitude des relations, je le troUTe peu correct ; au point de vue économique, je le troure maladroit. Que la Banque ait à supporter une perte de sept millions, c*est peu de chose, en vérité ; j*en conviens ; mais cela diminue d*autant la valeur des billets en circulation et cela nous apprend que TÉtat, quitte à léser son intérêt moral, peut nier ses dettes et refuser de les payer, lorsqu'il y trouve son intérêt matériel : ce qui est une révélation qu*il eût mieux valu ne point faire. En outre, Taffaiblissement de la protection que . rÉtat doit à la Banque ne peut que produire TafTaiblissèment de la confiance que la Banque avait dans FÉtat, d*où résulte Taffaiblissement du crédit public. Si les termes du procès étaient soumis au verdict de TAssemblée nationale, il me semble certain qu*une majorité considérable donnerait gain de cause à la Banque'. L* Assemblée se rappelerait que si, en avril 1871, une sanction législative n*a pas été donnée aux engagements pris, au nom de TÉtat, par M. Pouyer-Quertier, c'est qu'alors il y aurait eu péril à proclamer que le gouvernement prenait à sa charge les réquisitions de la Commune. Celle-ci, forte de ce décret, eût immédiatement vidé les caisses de la Banque.

La leçon ne sera pas perdue. La Banque, qui a tant fait pour la France pendant la guerre et pendant la Commune, sait aujourd'hui à quoi s'en tenir ; du haut de sa grandeur elle peut accepter avec quelque commisération l'ingratitude qui a payé ses services. Après remprunt qui servit à accélérer la libération du territoire, notre ambassadeur eu Angleterre célébrait, au

* Le TOtc a prouvé que mon opinion était erronée. Dans la séance du 13 décembre 1879, sur le rapport de la commission du budget, la Chambre des Députés a repoussé un projet de loi qui accordait à la Banque de France la moitié de la somme qui lui est duc, soit 3 G40 GOi lianes.

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