‹ Les convulsions de ParisChapitre 49 sur 68 · III. Si · texte numérisé non relu

III. Si

522 WÈCES JUSTIFICATIVES.

c Alors, leur désignant les maisons de la rue Royale, il s'écria : « Mes ainis, mettei le feu ! — Viye la Commune I » Tociférèi-ent les fédérés.

c M. Le Sage affirme avoir été le témoin oculaire de cette scène. Il se trouvait alors à côté de Matillon.

c L'inculpé fit ensuite avancer de la barricade un pièce de 12, qu'il fit placer en batterie sur le trottoir devant le n* C. Cette pièce était servie par des femmes et des artilleura en état d'ivresse. Elle était chargée avec des obus dont on entourait préalablement la capsule d'un tampon d'étoupe qu'on trempait dans un bidon rempli de pétrole, phcé à proximité de la culasse du canon. Son lir ^tait dirigé sur les maisons de la rue Royale portant les n" 17, 19 et 21. Après chaque coup bien tiré, Hatillon el ceux qui Tentouraient, jetaient leurs chapeaux en l'air et criaient : Vive la Commune I >

c L'incendie ne tarda pas à se propager aux numéros impairs de la rue Royale avec une rapidité effrayante; les incendiaires s'acharnaient sur plusieurs points à la fois. Us avaient pratiqué des brèches de maison en maison et ils trouvaient à s'approvisionner de pétrole au dépôt établi au ministère.

c Au n* 13 de la rue Royale, Mme Laurent, intéressée à suivre les incendiaires qui avaient envahi sa maison, s'aperçut que l'appartement supérieur venait d'être inondé de pétrole. On en avait répandu jusque dans le lit. Un fédéré tira, en sa présence, un coup de feu pour communiquer la flamme au pétrole. Le procédé ne réussit pas. Par hasard, l'insurgé chargé de descendre pour se procurer une allumette se laissa gagner par une pièce de 20 francs. La maison fut épargnée.

c Mme Laurent eut encore à lutter pour faire éloigner de sa porte une pompe à incendie, remplie de pétrole. Cette pompe reparut quelques instants plus tard, mais elle s'arrêta définitivement devant le n* 15, où elle arriva après la petite voiture qui a été signalée plus haut. Les incendiaires qui étaient restés maîtres de la maison depuis la cave jusqu'au grenier, avaient répandu du pétrole partout. Le feu fut allumé par un paquet d'étoupe enflammée lancé de la rue dans une chambre de l'entresol.

« C'est par le n* 15 qu'on faisait arriver le pétrole aux n*" 1 et 5 de la rue du Faubourg-Saint-Honoré. Le feu s'est propagé des «atresols aux étages supérieurs. Sept personnes ont péri étouffées dans l'incendie de la maison portant le n* 1 de la rue du Faubourg^- Saint-Uonoré.

c Au n* 2 de la rue du Faubourg-Saint-Uonoré, le liquide inflammable a été lancé par une pompe. La maison commença à brdler vers ,quatre heures du soir.

«Le n* 17 brûlait à trois heures de l'après-midi; l'incendie a commencé par la loge du concierge.

< La Taverne anglaise a été incendiée dans la nuit du 23 au 24 mai. Le pétrole enflammé ruisselait le long des caves.

< En face, le n« 16 a été pillé, puis brûlé entièrement.

c II est établi que, jusqu'au dernier moment, l'inculpé a déployé dans l'accomplissement de cette tâche abominable une ardeur, une passion et une énergie toujours croissantes.

« Au plus fort du désastre, toutes ses préoccupations se trouvaient eu même temps concentrées sur deux points : assurer sa retraite en faisant vigoureusement occuper la barricade de la rue Saint-Florentin, et défendre sans pitié ni merci toute la rue Uoyale.

c Après une reconnaissance à l'entrée de la rue du Faubourg- Saint-Uonoré, il sembla désespérer de lui-même et de Brunel, et. vers cinq heures du soir il monta à cheval et se rendit à l'Hôtel de Ville, où il donna l'avis pressant que, si l'on voulait conserver la position, il fallait envoyer un chef énergique et des munitions.

< A son retour, à sept heures du soir, il trouva Brunel et ses officiers installés au ministère de la marine. Ceux-ci venaient d'abandonner la Taverne anglaise, où ils s'étaient fait héberger depuis la veille. L'approche de la nuit donnait au quartier un aspect terrifiant.

« Les fédérés, gorgés de vin et d'eau-de-vie, continuaient aux barricades un feu roulant et convulsif. L'incendie, dans toute sa violence, anéantissait en partie le côté gauche de la rue Royale. Toutes les maisons étaient menacées, le ministère des finances était en flammes.

< Les insurgés, hommes et femmes, saccageaient les habitations et se livraient à tous les excès. Les artilleurs poussaient des vociférations et réclamaient à boire. Une distribution leur fut livrée par ordre de Matillon sur le vin réservé qui avait échappé aux pillards.

« Dans le ministère même, au premier étage, les officiers buvaient et mangeaient en compagnie de femmes. Les ivrognes gradés et non gradés se vautraient dans les appartements. Les pétroleuses rô laient dans tous les coins et s'offraient au premier venu. Celait sinistre et écœurant.

c L'inculpé dominait tous ces misérables et ne tenait plus cachées les résolutions extrêmes de la Commune. Vers dix heures du soir, il fit approcher de la fenêtre un témoin réfugié, la dame Fontaine, et, lui montrant les incendies de la rue Royale, il eut l'audace de s'exprimer ainsi : < Regardez comme c'est joli ; on dirait des flammes de Bengale. Dans peu de temps le ministère sautera. »

a Au milieu de ce mouvement, chacun préparait l'explosion. Les paquets de cartouches étaient semés partout. Les insurgés on bourraient les tuyaux de cheminée. Une couche d'obus décoiffes et des caisses de gargousses étaient rrjagées dans une des cours du

S24 PIEGES JUSTIFIGATIYfiS.

ministère ; des bombonnes de pétrole et des l)ombes explosibles étaient disposées dans les appartements supérieurs.

c Les clameurs qui signalaient Tembrasement du palais des Tuileries inquiétèrent MatiUon et Brunel. Ils craignirent que leur ligne de retraite ne se trouvât coupée de ce cMé, et, pour s'en assurer, ils allèrent tous deux parcourir le jardin en tous sens et reconnaître les issues encore praticables. A leur retour, ils trouYérent une dépêche leur enjoignant de se replier.

c Ils montèrent à la salle où leurs officiers étaient en ti'ain de prendre le café, et une espèce de conseil décida de faire appeler le chef de l'ambulance.

c Le docteur Mahé, accompagné de M. Gazalis, pharmacien en chef, se rendit, un peu avant minuit, à la sommation du commandant militaire de la marine, et Brunel lui présenta, sans s*ea dessaisir, un pli sur lequel il put lire : < Incendiez et faites sauter le ministère de la marine. » Et au-dessous : « Le Comité de salut public, i

c M. Mahé s'inquiéta de suite et seulement de son ambulance et il se mit à énumérer ce qu'on éprouverait de difficultés à tenter l'évacuation de soixante blessés graves, hors d'état d'être transportés.

«c II n'y a pas à discuter les ordres de la Commune, acclama MatiUon. ... . • - c Cette brutale interruption n'intimida pas le docteur Mahé, qui plaidait une cause d'humanité intéressant aussi bien ses sept blesses du premier siège que les cinquante-trois autres appartenant aux bandes de la Commune.

« Enfin, comme on se répétait, avant de consentir, à s'en rappori:er à de nouveaux ordres qu'on allait demander à l'Hôtel de Ville, c'est encore l'inculpé qui mit fin aux pourparlers, en ajoutant : « D'ailleurs, Latappy sera là pour voir ce qu'il y a à faire. »

a Le docteur Mahé avait le pressentiment qu'en cherchant à gagner du temps il parviendrait peut-être à coi^'urer le désastre, et, dès ce moment, il s'ingénia à accumuler des embarras tendant à retarder le départ des blessés. Mais vers trois heures du matin l'ambulance fut envahie par une bande de fédérés conduits par Brunel et ses officiers. Ils se présentaient pour enlever les blessés le plus promptement possible, car, disaient-ils, la Commune maintenait ses premiers ordres et commandait l'évacuation des blessés avant d'incendier le ministère.

c Ce fut alors un désordre et un tumulte indescriptibles.

c Les fédérés, presque tous en état d'ivresse, se bousculaient sans avancer, et les blessés, à la merci de leurs violences et de leurs brutalités, poussaient des cris aigus.

« Vers quatre heures du matin, il ne restait plus que sept ou huit malhcuieux trop grièvement blcssds pour être transportés. Le

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docteur Mahé fit observer à Brunel que ces hommes étaient perdus si on les déplaçait. Brunel les examina un instant et, après une courte hésitation, il se décida à certiûer à M. Mahé que, puisqu'il en était ainsi, on ne mettrait pas le feu, on ne brûlerait pasl Puis il disparut.

c Rien dans l'attitude de l'inculpé n'est venu confirmer ce qu*il a prétendu : que la décision implacable du Comité de salut public l'avait vivement ému et qu'il s'était multiplié pour conjurer le dé^ sastre. En effet, en toutes circonstances il a donné des preuves d'impatience manifeste, soit au conseil où s'est discuté le sort de l'ambulance, soit plus tard en présence du témoin Fauconnier à propos de l'évacuation des blessés, a C'est embêtant, s'est-il écrié, on ne peut rien faire ici. »

c Après avoir congédié MM. Mahé et Cazalis, il se hâta de faire prévenir ou d'aller prévenir lui-même les habitants du ministère, et quand il s'adressait à ceux qu'il rencontrait, c'était en termes brefs et décidés : n Emportes, leur disait-il, ce que vous avez de précieux; on va mettre le feu. i»

c Puis on le vit se mêler aux groupes de fédérés qui s'agitaient et mettaient la dernière main aux préparatifs d'incendie. Il fit placer par un mousse une bombonne de pétrole dans le cabinet et sous le bureau du ministre. Un obus de gros calibre fut aussi déposé dans la cheminée, dissimulé complètement sous im tas de vieux papiers.

c C'est Matillon qui, en s'en allant, a poussé ce cri : c Tout le monde dehors 1 Le ministère va sauter! Le feu est aux poudres 1 i Et il avait hi conviction que ce n'était plus qu'une question de temps et même de minutes, car M. Langlet, qui n'a cessé d'accompagner l'accusé jusqu'au dernier moment, Ta surpris dans la cour assis sur un banc, s'entretenant à voix basse avec im adjudant fédéré nommé Gérardot.

c Le témoin n'a pas entendu ce qu'ils pouvaient se communiquer , mais, ayant laissé MatiUon disparaître sous la voûte aboutissant à la porte donnant sur la rue Saint-Florentin, il se jeta précipitamment sur Gérardot, qui s'apprêtait à briser une tourie de pétrole pour

en répandre le contenu. « Que faites-vous là? s'écria-t-il. — F

le camp, tout va sauter! hurla Gérardot. — Et les blessés? reprit Langlet. — Ce n'est pas vrai, Matillon vient de me dire qu'il n'y en avait plus. •— Est-ce Matillon qui vous a donné l'ordre de mettre le feu? — Oui, i répondit Gérardot.

a M. Gablin intervint à son tour, et à force de promesses, puis de menaces, Gérardot se décida à ne pas donner suite aux ordres ({u'il venait de recevoir.

a En quittant le ministère de la marine, l'inculpé se sauva à l'Hôtel de Ville, où il rendit compte de sa mission. Dès ce moment, dit-il, il se désintéressa du sort du gouvernement insurrectionnel.

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et il alla se réfagier dans une maison meublée, à proximité de la rue du Temple.

c L'information s'est attachée à s'éclairer des renseignements les plus importants. Elle est parvenue à recueillir les témoignages les plus autorisés et les plus indispensables à la manifestation de la vérité. Généralement, les témoins ont présenté, dans un récit souvent développé, un ensemble de faits précis et des plus graves à la charge de l'inculpé; mais il est à remarquer qu'il n'a été indiqué aucune circonstance, aucune particularité qui puissent lui être favorablement attribuées.

c Au i*' juin 1871, l'accusé habitait 6, rue de Ghâteaudun, et il prenait ses repas taverne du Uelder, rue Taitbout, où il fut mis en état d'arrestation et amené en présence de M. Ilumann, aide de camp de H. le ministre de la marine, chargé de l'enquête sur les actes du gouvernement insurrectionnel commis au ministère de la marine

c Son attitude fut des plus fermes et il n'a pas cherché alors à se retrancher derrière les ordi^es supérieurs pour expliquer la part des plus actives qu'il avait prise à la défense du ministère et des alentours, principalement pendant les derniers jours de la lutte.

< H. Humann lui a fait remarquer que non seulement des témoignages unanimes le représentaient comme ayant fait le coup de feu sur les barricades qui flanquaient le ministère, mais encore que la rumeur publique le désignait comme l'instigateur des incendies de la rue Royale et du faubourg Saint-Uonoré. Il n'a opposé aucune protestation contre ces accusations. Il a reconnu avoir été dépositaire des ordres de Brunel et s'en être déchargé, au dernier moment, sur Gérardot.

c En résumé, l'inculpé n'est pas parvenu à se disculper des faits graves qui lui sont reprochés.

« Sans fournir aucune preuve, il s'est attaché à donner des explications et à essayer d'écarter sur toutes choses l'intention criminelle.

a 11 prétend s'être montré bienveillant envers le personnel régulier, qu'il aurait surtout protégé et fait maintenir en fonctions, et il ne s'explique pas que chacun lui soit resté hostile.

c II convient d'avoir assisté, comme témoin, à différents a(^es sérieux, mais aussi avoir fait tous ses efforts pour en atténuer les effets.

c II oppose des dénégations formelles aux accusations capitales que les témoins ont formulées contre lui. Il n'est pour rien, dit-il, dans les incendies de la rue Royale, et il a tout fait pour sauver le ministère. A ce sujet, il entreprend un long récit de la nuitdlii 23 ou 24 mai, y mêlant certains épisodes extravagants, récit qui ne fait que le compromettre davantage, et qui donne la meilleure preuve

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de son audace, de sa témérité, et surtout de Taseendant qu'il possédait sur les insurgés. »

M. le commandant Romain, commissaire du gouvernement, soutiendra l'accusation.

M» Lesenne est au banc de la défense.

Il est procédé à l'interrogatoire de l'accusé.

L'accusé demande la parole et dit :

c Pennettei-moi de demander si le jugement de plus ample informé, rendu au mois de mai dernier, a pour effet d'écarter ce qui m'est favorable, et notamment d'empêcher des témoins, sur la présence desquels je comptais, d'être entendus. M. Humann, officier de marine, qui m'accuse, ne doit pas venir, à ce qu'il parait. •

M* Lesenne demande communication de deux dossiers relatifs, l'un à un condamné par contumace, nommé Brunel, et l'autre relatif à des pétroleuses.

M. le président lui dit que ces dossiers lui seront commmuniqiiés.

L'accusé s'étonne que M. Palade de Gbampeaux, ancien officier de marine, ne soit pas là, ni H. Gazalis, pharmacien attaché à l'ambu-. lance du ministère en 1871.

H. le commissaire du gouvernement lit une cédule, constatant que M. Palade de Champeaux, en retraite, est au Pérou; M. Gazalis, pharmacien, est aux Indes, et M. Humann, officier de marine, en mission à l'étranger.

M. le président invite l'accusé à faire ses observations avec calme.

V accusé : Je respecte trop mes anciens chefs pour ne pas avoir confiance en mes juges ; mais la position qui m'est faite, à moi^ qui spontanément suis venu pour purger ma condamnation par contumace, est terrible, puisque je ne puis me trouver devant les témoins les plus importants.

D. Il résulte des pièces qui vous ont été lues que vous êtes accusé de plusieurs sortes de crimes et délits. Vous avez été engagé volontaire, vous êtes entré au 2* spahis, vous avez été maréciial des logis fourrier ; vous êtes parti du service avec un certificat de bonne conduite. — R, J'ai quitté le service en 1869 et me suis retiré à Rambouillet. Quand la guerre est survenue, je suis arrivé à Paris demander à m'enrôler dans le 2* spahis, dont un détachement venait d'Afrique. Quand l'armistice a eu lieu, je voulais partir prendre du service en province, mais j'ai été pris de fièvre et suis resté. Je reconnais que j'ai exercé des fonctions civiles au ministère de la marine, mais je n'ai pas pillé ni incendié les maisons. Le 1*' juin, j'ai été arrêté sur la dénonciation d'un ancien officier, M. Peyrusset, avec qui je me trouvais en bons rapports. J'ai été l'objet d'une ordonnance de non-lieu au bout de cinq mois. Au mois de novembre, on a voulu m*arrêter

«8 PIÈCES JUSTinCATIYES,

de nonyeau et Je suis parti pour la Belgique. J'ai appris ma condamnation par contumace et j'ai demandé au ministère Tautorisation de faire rectifier mon jugement.

D. Vous êtes venu en 1876 à Paris? — R. J'ai, en allant à Paris, Toulu obtenir d*être de nouveau jugé, en étant laissé en liheité provisoire; j'ai tu des personnes considérables : on ne m'a pas arrêté; on m'a demandé si j'étais fou, et un de ces messieurs m'a même dit : c Prenez un revolver, et ce- sera plutôt fait. > Je suis retourné à Anvers, soucieux, regi*ettant de ne pas avoir pu obtenir d'être laissé en liberté provisoire et de passer devant le conseil de guerre. Quand j'ai lu Tarticle de M. Du Camp, dans la Revue des Deux Mondes, au printemps de cette année, cette publicité n'a fait que redoubler mon désir de faire tomber mon jugement : je suis venu me constituer prisonnier.

D. Revenons à ce que vous avez fait en mars 1871. — R. Après être resté malade jusqu'au 20 mars, j'appris le meurtre des généraux Lecomte et Clément Thomas, et je voulus faire partie de la manifestation pacifique de la rue de la Paix ; mais* voyant des gens armés, je n'y ai pas pris part. La Commune a voulu m'incorporer dans la garde nationale, parce que j'étais libéré du service militaire, sans quoi l'on m'aurait laissé neutre. Un de mes amis me recommanda au délégué au ministère de la marine, et n'ayant pas d'argent, pour éviter de porter les aimes contre mes anciens frères d'armes, j'acceptai les fonctions provisoires de dief de la comptabilité au ministère; c'était un titre, mais je n'avais pas d'employés sous moi. Ha nomination a eu lieu le 10 avril.

D. Vous avez signé des réquisitions? — R. Simplement pour des fournitures de bureau pour mon service.

D. Qu'avez-vous fait de votre comptabilité t — A. Elle a été brûlée pendant que je parcourais les Champs-Elysées pour voir s'il était vrai que l'armée apparaissait le 23 mai.

D. Qu'avez-vous fait à votre entrée au ministère ; où logiez-vous? — R, J'ai assisté à l'ouverture de la caisse contenant 11 GO francs et une médaille d'or ; j'ai porté l'argent en recelte. L'argent est entré dans la caisse du comptable. Je logeais dans une chambre du rez-de-chaussée* Je touchais 425 francs par mois; j'étais avec mon ami Boiron, qui m'avait fait nommer. Une femme d'un employé du gouvernement régulier nous a fait la cuisine, car je n'ai pas dîné une fois au restaurant ; si j'y ai été, c'était le soir pour prendre un bouillon.

D. Qu'est devenue l'argenterie? — R. Une partie en a été donnée par M. Gablin au fonctionnaire de la Commune nommé Fontaine.

D, Les employés du ministère constatent que jusqu'au 21 mai on n*a pas eu à se plaindre de vous. — R, Tout le contraire, j'ai demandé au gouvernement de la Commune de laisser les anciens

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employés, qu'on Toulait renvoyer, pour éviter, en toute hypothèse, des responsabilités.

D. N'y a-t-ii pas eu des dîners au ministère où se trouvaient des femmes? — R. Il n'y a eu que Mme D..., femme d'un oflicier, qui venait de province chercher son mari au service de l'insurrection. Elle y a dîné quelquefois, je crois.

Z). Arrivons aux journées des 2i, 22, 23 et 24 mai. Le 2i, dans la nuit, vous avez appris l'entrée de l'aimée régulière, à quelle heure? — A. A deux heures du matin; vers sept heures, je quittai le ministère pour aller mettre mes effets chez moi, avec Cruchon et Boisseau, directeur du matériel; on me disait : c 11 faut vous cacher. » Je voulais quitter Paris. Je suis allé, à neuf heures, déjeuner avec eux. Pour m'en aller, je désirais emmener Boiron pour éviter qu'en sa qualité de fils de déporté de l'Empire, il ne voulût se battre. Je i^vins le chercher au ministère, vers quatre heures. J'ai appris que le colonel Brunel était à la Taverne anglaise. J'ai été demander de prendre des mesures pour empêcher d'entrer au ministère de nouveaux bataillons de la Commune qui voulaient en prendre possession. Je ne pus voir Brunel.

D, N'avez-vous pas pris le titre de commandant civil de la flottille? — R, Le lendemain, j'ai pris cette qualité pour m'opposer à l'entrée des bataillons dans le ministère, parce que je n'avais pas de costume et qu'il fallait avoir un titre pour être écouté.

/>. Qu'avez-vous fait le 23? — B. Le 23 j'ai pris sur moi de déchirer un mandat d'amener décerné contre Gablin, Le Sage, le concierge du ministère, et Fauconnier.

/>. Vous êtes allé rue Royale? — R. Non Le capitaine des fusiliers marins qui étaient dans le ministère rangea ses hommes dans la rue; j'ai regardé, je n*ai pas été dans la rue à ce moment.

D. Y a-t-il eu une alerte le 23? ^ i{. Une jeune fille de la Taverne anglaise est venue en larmes dire que le feu était à la taverne, mis par les obus de l'armée ; j*ai été pour la calmer et retrouver sa mère; j'ai vu deux gardes nationaux tomber atteints par les balles. La fusillade était vive

/>. Y a-t-il eu une autre alerte? — R, Un peu plus tard un capitaine est venu au ministère, où j'étais rentré, me demander un entonnoir; je pensais que c'était pour le vin que j'avais distribué peu avant, mais ensuite j'ai demandé pourquoi : on m'a dit que c'était pour mettre le feu à la maison du coin de la rue Royale, où est le marchand de vins. Je m'y opposai en disant qu'on n'avait pas prévenu tous les habitants, et comme les gardes nationaux s'enfuyaient par suite de détonations qui annonçaient l'approche de l'armée, je criai que c'étaient des lâches qui fuyaient et qu'on tire sur eux; je pris môme un fusil, je tirai, mais il n'y avait pas de troupes de l'armée dans la rue : c'était pour essayer le mécanisme

530 PIECES JU^TinCATIVES.

da fusil à tabatière, que je ne connaissais pas; je TaTais pris des mains d'un garde.

D. N'avez-Tous pas demandé un chef énergique? — A. J*ai étéi l'Hôtel de Ville et là j'ai dit en effet que si on Toulait défendre la barricade de la rue Royale, il fallait nommer un chef énergique; je suis revenu au ministère vers cinq heures, et j'ai trouvé Brund que je voyais pour la première fois, et une batterie installée dans la rue Royale. Elle envoyait des projectiles par-dessus la Madeleine, parce qu'on croyait que Tarmée allait déboucher par là.

D. N'a-t-on pas fait des brèches dans les murs intérieurs des maisons de la rue Royale? — R. Non. J'ai fait donner à manger aux femmes de la Taverne anglaise qui étaient venues se réfugier au ministère. Je ne sais rien des brèches.

D. Saviez-vous comment on chargeait la pièce de canon qui était devant le ministère dans la rue Royale? — Je ne sais pas, mais on a dit qu'il y avait des étoupes autour des projectiles; je ne crois pas que ce soit possible.

D. Âvez-vous distribué du vin ? — R. Les hommes &Ï ont demandé, et pour éviter le pillage, j*ai fait donner du vin coupé d'eau.

D. Le ministère des finances brûlait à ce moment? — R.Ohl depuis le lundi matin avant notre départ du ministère, le feu y était mis.

D. M'avez-vous pas su qu'on voulait mettre le feu au ministère? — R. Je voulus m'y opposer, et pour cela j'ai dit qu'il fallait, au lieu de brûler le ministère, le défendre et s'ensevelir sous ses ruines comme les marins du Vengeur sous la première R^ublique.

D. Cette comparaison n'est pas juste : les héroïques marins do Vengeur sont morts pour la France, et vous, vous combattiez contre la Fiance. Continuez. R. Il y avait une confirmation de l'ordre de mettre le feu au ministère, en ayant soin de faire évacuer les blessés.

D. K'avez-vous pas dit qu'il fallait obéir aux ordres? — R, Non, puisque je m'y étais opposé. Les personnes qui étaient réfugiées an ministère ont été prévenues par moi de la volonté de Brune! de mettre le feu. J'ai vu dans la cour Gablin et Gérardot près d'une tourie de pétrole, Langlet y était aussi; j'ai frémi au danger qn'on accident pouvait occasionner, j'ai fait porter par un mousse cette tourie dans un appartement où il était défendu d'entrer. J'ai dit aux personnes qui étaient là : c Ne craignez pas, le dnngar est passé. > M. Gazalis m'a dit : < Nais il y a encore des blessés. > Je lui ai répondu qu'ils étaient dehors, puis j'ai crié : c Sauve qui peut, tout va sauter! » C'était pour faire fuir tout ceux qui devaient allumer l'incendie. En m'en allant vers l'Hôtel de Ville, je rencoBtrai Brunel et ses hommes, chassés de la place Vendôme par Tar-

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mée régulière ; il voulait réoccuper le ministère, j*ai même été menacé d'arrestation pour en être parti ayant que le feu y eût pris. A l'Hôtel de Ville, où je suis allé à ce moment, ma conduite a été blâmée également pom* ne pas avoir fait mettre le feu aussitôt les ordres reçus.

D, Après où ôtes-vo>:s allé? — R, Je suis allé me réfugier dans un garni du quartier du Temple.

H* Lesenne prend acte des conclusions qu'il dépose sur le bureau du conseil, pour demander acte de ce qu'un témoin est resté dans rauditoii*e pendant la fin de l'interrogatoire. Le conseil donne acte et les débats continuent.

Avant de procéder à l'audition des témoins, M. le président donne la parole à M. le greffier pour faire connaître un rapport fait par M. Mabé, docteur-médecin du ministère de la marine, qui avait la direction d'une ambulance établie au ministère ; il en résulte que raccu.<;é a été vu dans la cour près d'une tourie de pétrole

L'accusé demande si c'est l'original qu'on lit ou une copie du rapport et proteste contre le sentiment que semble lui prêter M. îfahé ; il affirme qu'il a fait disparaître la tourie pour empêcher des malheurs. 11 regrette que M. Cazalis ne soit pas entendu.

Mme iMurentj concierge du n» 17, rue Royale-Saint-Honoré : Le 24 mai, une voiture, qui venait du côté du ministère de la marme, s'est arrêtée devant la maison et on en a retiré du pétrole avec lequel on a enduit les chambres des domestiques, le mardi à deux ou trois heures. J'ai vu un homme en paletot gris que les fédérés traitaient avec respect, ce qui n'était pas leur habitude; on m'a dit que c'était Dombrowski : ce qui n'était pas puisque ce deniier aurait eu un uniforme ; on m'a dit aussi que c'était Raoul Rigault, on ne savait qui c'était. Sept personnes ont été brûlées dans les caves de la maison du coin de la rue, j'en ai vu retirer les cadavres plus tard ; j'ai été chercher la marchande de vins qui était dans sa cave, en lui annonçant que le feu était au-dessus d'elle. Elle es venue avec le garçon du magasin se réfugier à la maison. On a construit une barricade à la rencontre de la rue Saint-IIonoré et de la rue Royale et on y a mis une pièce de canon.

Mme Deêjardins, employée de commerce : Ayant entendu le concierge de la maison du n* 15, que j'occupais, dire dans la cour que le feu allait être mis à la maison, je suis descendue ; un homme m'a apostrophée et m'a fait rentrer. Je suis sortie par un autre côté et me suis réfugiée chez Laurent. Le feu a consumé la maison vei*s cinq heures; plus tard une pompe et des accessoires, venant du côté de la place de la Concorde, a été amenée devant la maison.

M. Vallée^ ancien marchand de vins, 16, rue Royale : Le 4 juin, en revenant à Paris, que j'avais quitté pour éviter de servir la Commune, j'ai trouvé ma maison pillée, saccagée.

S3S PIÈGES JUSnnCATIYES.

L'accusé dit qu'il a protégé celui qui tenait la maison du témoin Le témoin dit que cet homme s'appelle Jules Loyer, mais qu'il ne sait pas où il est*

DÙrandt concierge : Les murs des maisons 1 et 3, reliées par les barricades, étaient percés pour laisser passer un homme. Les barricades ont été faites le 22. Je ne sais au juste à quelle heure.

M. le président : Vous avez dit dans Tinstruction que c'était le matin.

Le témoin : Si dans Tinstruction je l'ai dit, c'est exact, car mes souvenirs étaient plus précis à ce moment que maintenant.

Mme Bourcelet, rentière : Ma fille était employée à la Taverne, et quand le feu a éclaté, elle et moi nous nous sonunes réfugiées au ministère vers les cinq heures; les fédérés nous avaient prévenues; à une heure du matin, on a dit que le ministère allait sauter; on m'a donné une couverture.

JJaccuêé : lèti-ce moit

Le témoin : Je ne reconnais pas Taccusé pour être la personne qui m'a remis la couverture; je croyais que c'était M. Fauconnier.

(Sur interpellation) : J'ai entendu des chants pendant la nuit et trinquer.

(Sur interpellation du défenseur) : Je n'ai pas quitté ma fiUe un instant,

Vaccuzé dit que le témoin ment et que sa fille est venue vers lui à une heure du matin et, voyant les incendies, elle aurait dit : « C'est comme des feux de Bengale. > La mère n'était pas à côté d'elle.

M. le président : Ne parlez pas ainsi du témoin et soyez calme en discutant les charges qui pèsent sur vous.

M, Adrien Laine, rentier : J'étais concierge du ministère, du cèté de la rue Saint-Florentin. J'ai vu Hatillon qui passait, vêtu d'un paletot gris. Une voiture de pétrole est entrée le 23 mai ; elle était escortée par différents hommes, dont un en paletot gris. Je ne reconnais pas l'accusé pour celui qui était avec la voiture.

Juin, quarante ans, serrurier : J'ai fait, sur réquisition, toutes les ouvertures des portes ; on m'a arrêté avec M. Gablin et un autre comme complice de Versailles ; j'ai dit que je n'étais pour personne; on m'a retenu deux heures. J'ai vu une pompe à incendie dans la cour du ministère, et on n'a pas pu s'en servir pour lancer du pétrole.

Matillon n'a pas pris l'argent de la caisse que j'ai ouverte; c'est Boiron et l'ingénieur qui ont reçu l'argent et les deux médailles.

(Sur interpellation du commissaire du gouvernement] : NatiUoc n'y était pas.

Af. le commissaire du gouvernement : L'accusé lui-même recon-

PIECES JUSTinCAnVES. 55

naît avoir assisté à l'ouverture de la caisse. Je ne veux pas dire autre chose.

L'accusé : Je suis Tenu à la fin de ropératicm.

Le témoin (sur interpellation du défenseur) : Je n'ai pas vu Hatiilon près de la toiture de pétrole ni près de la pièce de canon.

Manfrina, fumiste : J'ai été arrêté et interrogé par Boiron; on m'a relâché une demi-heure après. J'ai vu entrer une grande barrique de pétrole; j'ai trouvé au ministère, après la lutte, des cartouches qui ont rempli deux seaux ; j'ai entendu dire qu'on voulait brûler le ministère, mais comme ils ont pris le pétrole pour brûler les maisons de la rue Royale, il n'en resta plus pour le ministère.

(Sur interpellation] : HatiUon avait une certaine autorité dans le ministère.

Mme Grabel, marchande de parapluies : J'ai vu une pièce de canon mise en batterie devant le n* 6 de la rue Royale, où nous demeurions. Un palefrenier vint nous dire que le feu allait embraser toute la rue Royale. Nous avons refusé de partir, et nous sommes restés à cause de nos enfants et de nos employés, en recommandant notre âme à Dieu. J'ai vu un homme en paletot gris, qu'on disait être le secrétaire d& délégué.

Jf. Nozay^ concierge : J'ai vu plusieurs fois un homme en paletot gris qui a levé son chapeau au moment où une cantiniére mettait le feu à une pièce de canon. J'étais loin et je n'ai pas entendu ' ce qu'il disait. Le 23, dans la nuit, par les toits de la maison du n* 7 où j'étais, j'ai passé par le n» 8 de la rue Boissy-d'Anglas, dans une maison dont l'aspect a changé, car elle a été rebâtie depuis et au moyen d'une échelle j'ai pu aller prévenir le général Douay que le ministèra de la marine allait sauter, si on ne venait pas bientôt le reprendre aux fédérés.

M. le président : Je vous félicite de votre conduite dans cette occasion. .

(Sur interpellation du défenseur) : Je ne reconnais pas en l'accusé i*homme au paletot gris.

La séance est levée et renvoyée à demain pour la continuation des débats.

Audience du 3 septembre,

La séance d'aujourd'hui a été consacrée à l'audition des derniers témoins; les dépositions de quelques-uns d'entre eux sont d'une importance considérable dans cette affaire.

M. Berthaudin, quarante ans, secrétaire du cercle de la rue Royale, n» i : Le lundi 22, j'ai vu un individu en paletot gris

causer a^ec des fédérés qui semblaient ayoir de la déférence pour lui. Il semblait leur donner des ordres. Le lendemain, j*ai encore TU le même homme dans les mômes conditions. Au moment de l'incendie, je n'ai pas tu cet homme. Entre trois et quatre heures, on a transporté du pétrole dans une Toiture traînée par des femmes, plus enragées que les hommes ; cette Toiture est sortie du ministère. J'ai tu la pièce de canon, placée dans la rue Royale, au coin de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, qui tirait à chaque instant.

Le 23 mai, dans la soirée, un garde, le fusil en bandoulière, est Tenu me préTenir de la part du commandant du ministère que le feu allait être mis au cercle ; il n'a pas dit si c'était le commandant ciyil ou militaire qui TenToyait ; j'ai fait partir les personnes qui étaient réfugiées, et je suis resté presque seul.

J'ai TU dans la nuit du 21 des troupes de fédérés descendant des Champs-Elysées faire irruption dans le ministère.

Le 23, à deux heures, j'ai encore tu Matillon sur le seuil de la porte du minbtère ; les incendies ont commencé une heure après.

Après les éTènemcnts, Langlet m'a dit que l'homme au paletot gris était Matillon.

M* Lesenne : L'homme au paletot gris, a dit le témoin dans un ouTrage qu'il a publié en 1871, était gros et aTait trentecinq ans; or Matillon est mince et ayait Tingt-cinq ans & celte époque.

Le témoin : J'étais à la fenêtre du cercle, à euTiron 18 mètres de distance de l'homme dont je parle; je ne l'ai pas tu de plus près.

Françotê Gablin, chef du matériel au ministère de la marine : A la fin de mars, le ministère a été occupé par des gardes fédérés. J'ai TU à l'ouTerture de la caisse Matillon et d'autres. Le lundi 22 mai, le ministère a été éTacué au matin; on m'a dit qu'à dix heures d'autres bataillons étaient Tenus réoccuper le ministère, et que Matillon reprenait le commandement. «

Matillon m'a préTenu de l'incendie qu'on Toulait mettre au miuis^ tère; je n'ai plus tu Matillon depuis.

Un homme qui aTait l'ordre de mettre le feu, lorsque tout le monde était parti, un nommé Gérardot» écouta mes obsenrations et pe mit pas le feu; il aida même à jeter le pétrole dans l'égout.

On disait, après la fin de l'insurrection, que c'était Matillon qui aTait mis le feu aux maisons de la rue Royale.

M. le commissaire du gouvernement : Dans une déclaration que TOUS aTez faite à H. Humann lors de la première enquête, tous aves rappelé qu'on nommait Matillon le « Pétroleur i.

(Sur interpellation de M* Lesenne) : J'ai été arrêté par un commissaire de police de la Commune, je suis resté qudques I

PIECES JÎJSTinCATIVES. 335

en prison. Je ne sais pas qui m'a fait arrêter, ni qui m'a faîl re* Iftclier.

Maliilon a pu m'êlre utile à l'égard de Durassier et de Peyrusset qui étaient très désagréables. 11 m'a dit qu'il avait empêché de m'arrêter une fois.

IJaccuaé demande au témoin s'il se souTlent d'avoir reçu de lui un encrier du ministère qu'il voulait mettre en lieu sûr.

IjC témoin : Je ne me rappelle pas bien ce fait; c'est possible; l'encrier est resté au ministère, donc on ne l'a pas pris.

Je ne sais pas au juste si Ualillon m'a dit qu'il faisait ses efforts pour faire rapporter l'ordre d'incendie ; c'est possible ; il y avait un affolement général. 11 m'a rendu le service de me prévenir de mettre en sûreté les effets que je voulais arracher à l'incendie projeté.

Vacciui : H. Gablin ne m'a-t-il pas vu demander à Gérardot ce qu'il faisait assis sur une tourie de pétrole dans la cour?

Le témoin : Je ne me rappelle pas ce fait.

Le défenseur : Qu'est-ce qui a poussé le témoin à ofù:ir de l'argent à Gérardot pour ne pas mettre le feu ?

Le témoiti : C'est parce que c'était, parmi les vingt gardes qui restaient au ministère, le seul gradé.

(Sur interpellation) : Je ne l'ai pas vu combattre, mais il avait l'attitude d'un combattant décidé, du 21 au 2 i mai.

V accusé : Je n'étais pas au ministère dans la matinée du lundi, le témoin a pu confondre avec moi un employé vêtu d'un paletot gris également.

Mme Weber, née Pâté: Dans la nuit du 23 au 24 mai, la Taverne anglaise, que je dirigeais, a été incendiée; mon mari m'avait dit, phi avant, que le ministère brûlait : il se trompait; c'étaient les maisons de la rue Royale. C'est notre sommelier qui nous a sauves, en prévenant la troupe qui arrivait. Nous étions .dans la cave; le feu était au-dessus de nous. Quand nous sommes sortis, ma sœuret sa fille sont partis se réfugier au ministère; mon mari n'a pas voulu quitter la maison, pour être tué par la canonnade ou par le feu ; il dit : c J'aime mieux ne pas sortir. » Je suis restée avec lui. Brunel a logé trois jours chez moi : c'est le feu qui a servi de payement. Un jour des fédérés vinrent demander Brunel, qu'ils appelaient « lâche et traître ». Je lui fis part de cette scène, et lui demandai de se montrer pour calmer leur effervescence. Il sortit, et abattit d'un coup de pistolet un des réclamants, c Yoilà, dit*il, pour ceux qui m'appellent lâche I i

Langlet, surveillant des cartes et plans au ministère de la ma* rine : H. Matillon a été tranquille jusqu'à la grande bataille de la fin de mai.

Boiron était plus gradé que Matillon ; au moment de l'effraction de la caisse, Boiron a pris la plus grande médaille et a passé la pe-

tite à son Yoisiii, qui était Boisseau. Il y avait là plusieurs pe^ sonnes; Natillon a reçu le sac d'argent.

Le lundi matin j*ai vu dans le corridor du haut. Boisseau, Cruchon et Boiron armés de carabines; je suis descendu; c'était dans la journée. La pièce de canon tirait sur la Madeleine et à chaque coup les fédérés criaient en levant leurs képis : Vive h Commune 1

Le mardi, Fauconnier m*a prévenu que le ministère allait sauter. Je fis partir ma femme. Matillon m'a répété un peu plus tard te même propos : c Partez, m'a-t-il dit, avec ce que vous pourrez, le ministère va sauter, i J'ai dit : c Je ne peux pas m'en aller, je n'ai pas grand'chose, mais il y a les collections du ministère, et puis il y a encore des blessés, i On a suspendu Teiécution et on a fait partir les blessés.

J'ai vu HatiUon et Gérardot près d'une tourie de pétrole, pois Matillon est parti ; je suis venu près de Gérardot, qui m'a dit : € F... le camp, tout va sauter. ~ Mais les blessés, dis-je. — Il n'y en a pas, répondit-il. Matillon me l'a dit et m'a ordonné de mettre le feu. I Gérardot n'a pas mis le feu, grâce à M. Gablin, qui ne l'a plus quitté; j'ai cherché un jeune garçon de seize ans, qui était dans les appartements avec du pétrole, je l'ai trouvé et l'ai fait verser le pétrole dans l'égout ; je ne l'ai plus quitté.

(Sur interpellation) : Brunel était le grand chef; Matillon, après lui, commandait, et Gérardot a été désigné pour être Texécuteur des ordres relatifs à l'incendie. J'ai vu Matillon près des pompes à pétrole, au milieu de la cour du ministère ; elles n'ont pu servir du reste, mais c'est lui qui recevait les touries de pétrole et les munitions. Je ne l'ai pas vu donner d'ordre à ce moment.

Le défenseur : Le témoin a-t-il dit tout cela le 3 juin 1871 î -

Le témoin : Oui; peut-être avec moins de détails, selon les questions qui m'étaient faites.

M* f^senne : Dans le procès des pétroleuses, le témoin a-t-îl dit que Matillon était l'ordonnateur des incendies ?

Le témoin : On ne m'a pas parlé, je crois, de Matillon; je n'ai pas eu à m'expliquer à ce sujet. On a enlevé du ministère de la marine plusieurs tombereaux de munitions, après la chute de la Commune. Plusieurs personnes ont vu l'homme au paletot gris, qui était Matillon, porter du pétrole dans les maisons qui ont été incendiées rue Royale. On l'appelait a l'Incendiaire i.

Vaccusé demande si le témoin se rappelle ce qu'il a dit à M. Bumann.

Le témoin : Non.

Vaccusé : M. Langlet m'a dit, quand j*ai été interrogé paf M. Ilumann : a Si le ministère est encore debout, ce n*est pas de votre faute. » J'ai répondu : c Ce n'est pas plus de ma faute q«e lorsque j'ai empêché votre arrestation. » M. Langlet m'a dit :

dT Pourquoi, Matillon, ne m'avez-vous pas prévenu du danger qui nous menaçait ? » J'ai répondu que, l'initiative de chacun étant à craindre, je ne pensais pas devoir les effrayera chaque instant sans ôti*e sûr du danger; je les ai prévenus quand les ordres formels avaient été donnés.

Si j'avais eu la réputation d'incendiaire, comme le dit le témoin, les employés du ministère qui se trouvaient devant moi le 3 juin, au moment de l'interrogatoire que m'a fait subir M. Humann, ne m'auraient pas salué comme ils le faisaient.

Le témoin : Je n'ai pas vu cela ; j'avais repris mon service.

Mme Fontaine : Le 22 mai, Druncl est venu avec des fédérés à la taverne dirigée par ma tante. Le 23, un fédéré est venu nous dire que le feu allait être mis à notre maison et que nous pouvions nous réfugier au ministère de la marine. Je suis partie en avant de ma mère, qui était au u* 13 de la rue Royale, où elle avait échangé quelques mots avec une amie. Je ne sais si elle est tombée; elle était souflrante. Elle est venue me rejoindre peu après.

A huit heures du soir je pleurais en voyant les flammes consumer la maison de mon oncle ; l'homme au paletot gris, Hatillon, que je connaissais pour l'avoir vu prendre des consommations à la taverne, m'a dit : a Ne pleurez pas, c'est comme un feu de Bengale. » Il a fait soHir des canons du ministère ; il allait et venait. 11 a donné une couverture à ma mère qui n'avait pu prendre un bouillon qu'on lui avait offert. Quand il a dit : a Parlez, tout va sauter, » il a donné un mot d'ordre siur un papier à un employé de la taverne nommé Têtard, qui était venu se réfugier également au ministère.

(Sur l'interpellation de M* Lesenne) : Je n'ai pas vu Matillon demander à la taverne à voir Brunel ; il s'est adressé à une auti*e personne, probablement.

Quand nous sommes parties, ma mère et moi et Têtard, une ambulancière armée d'un fusil et un jeune homme de vingt ans étaient avec nous; nous les avons quittés et nous nous sommes réfugiés rue Saint-Denis ou Faubourg- Saint-Denis. M. Fauconnier est venu avec nous, il n'a pas dit que Matillon fût un incendiaire.

(Sur interpellation) : M. Matillon nous a montré des photographies de femmes mauresques et son portrait en spahi, un peu avant l'embrasement de la rue Royale.

Jtf. Fauconnier, garçon de bureau au ministère de la marine : Jusqu'au lundi 22 mai, il n'y a rien à reprocher de grave à Matillon; mais ce soir-là il est revenu de l'Hôtel de Ville en disant qu'il avait le commandement du ministère.

. Le mardi, il a mis des marins de la Commune sur les balcons du ministère et il a tiré des coups de fusil dans la direction de la Madeleine ; il était à fa fenêtre.

J'ai donné, sur ordre de Matillon, du yin aux gardes de la barricade voisine. J'ai remis à Drunel un ordre qu'un garde a apporté et il l*a lu tout haut; c'était Tordre de mettre le feu. Plus tard, une autre dépêche fit savoir qu'il n'y avait pas de voiture pour transporter les blessés. Â ce moment, Matillon a dit qu'il n'y avait rien à faire ici.

Matillon m'avait demandé dans la journée un entonnoir poar mettre le pétrole dans une pompe qu'il a fait sortir du ministère. Je ne sais s'il était commandant, mais il avait une apparence aa moins d'autorité. Je ne faisais que passer au moment où il m'a demandé l'entonnoir, je l'ai envoyé au chef du matériel; j'étais près de l'escalier.

(Sur interpellation) : Je n*ai pas vu Matillon faire retourner une pièce de canon, c'est par erreur que ma première déposition» devant M. Humann, contenait ce fait, que j'ai rectifié dans rmstruction qui a suivi le jugement de plêis ample informé. Je n'ai pas entendu Matillon dire que l'incendie ressemblait à des feux de Bengale; J'allais et venais à la vérité, je ne suis pas resté complètement sans sortir de la pièce où étaient Matillon et différentes personnes réfugiées au ministère. Matillon a diné seul le 23 mai dans la chambre des officiers d'ordonnance.

Le témoin Juin^ confronté avec Fauconnier, dit que lorsque la pompe est sortie du ministère, il était seul, qu'il n'avait pas vu Fauconnier, ni d'autre personne employée au ministère.

Le témoin Fauconnier soutient qu'il a vu la pompe au moment où elle sortait du ministère. Matillon était là.

Le Sage^ concierge au ministère de la marine : Le lundi 22 mai, à neuf heures du matin, le 50* bataillon fédéré avait quitté le ministère; dans la journée Matillon, m'a-t-on dit, est revenu au ministère.

Le 23 dans l'après-midi, les gardes nationaux ne voulaient plus marcher. Il y a eu une alerte, une pompe est sortie, une voitui*e contenant des barils de pétrole a été conduite au 13 de la rue Royale. La pièce de canon de 12 a été placée contre notre loge, elle tirait sur les maisons en face portant les n** 23 et 25.

Matillon a dit aux artilleurs de la Commune : c Mes amis, mettei le feu dans les maisons. t> Une pièce de canon, mise en batterie, était chargée avec des boulets et avec des étoupes trempées dans da pétrole. Je voyais charger la pièce et je prévenais ma femme un peu avant la détonation, car le canon était tout près de la loge du ministère.

Fauconnier, de la part de Matillon, m'a prévenu que le ministère allait sauter et qu'il fallait partir. A deux heures du matin, je sois pai'ti; il y avait encore des insurgés. Je suis allé avec M. Noxay pv la rue Boissy-d'Anglas prévenir l'armée du danger que courait la miniatére.

Après la fin de la lutte, j'ai rencontré et fait arrêter Matillon. Il m'a dit : c Je sais ce qui m'attend ; une balle dans la t£tc. » Nous avons marché côte à côte ; c'est pendant le trajet qu'il s'est exprimé ainsi.

L'accusé proteste contre ce que dit le témoin. Celui-ci maintient sa déposition.

Vacctué giioute que lorsquHl a été arrêté par Le Sage et un adjudant de marine, Le Sage, qui lui donnait le bras, tremblait; il lui a dit : « Ce serait à moi de trembler, si ma conscience me reprochait quelque chose, i

M* ùsenne : A quelle heure l'armée est-elle venue?

Le témoin : A cinq heures du matin, le 23 mai.

M. le président : Le Sage, vous avez été avec Nozay prévenir Farmée, en passant par les toits des maisons de la rue Royale et Boissyd*Anglas ; votre rôle était effacé, vous en avez fait un rôle héroïque ; je tiens à vous féliciter.

Il est donné lecture de la déposition de H. Humann. Il en ressort que tf. Humann, en envoyant à la prévôté Matillon, représenté comme incendiaire par les nombreux témoignages des voisins, croyait à une prompte exécution à mort.

On entend les témoins à décharge.

JH. Lagier, employé : J'ai vu, vers une heure de l'après-midi, M. Matillon au ministère de hi marine le 21 mai ; j étais, pour éviter le service actif, employé à ce ministère; je suis resté huit jours environ. Matillon m'a répondu, lorsque je lui dis : t Je voudrais bien m*en aller; — et moi auspi. i J'avais un veston gris sans collet de velours. Le soir, Matillon m'a donné un laissez-passer pour quitter Paris. U ne semblait pas s'occuper à ce moment de la défense.

Laccugé : J'ai pu lui faire avoir un laissez-passer que sa mère m'a demandé pour lui.

i/. Dallemagne, propriétaire : J'étais clerc chez M. Dublin, huissier, rue Royale, 19 et 21. J'ai vu un individu, bien plus grand que l'accusé, qui a mis le feu dans la maison où j'étais.

A six heures et demie du matin, le lundi, on plaça à la barricade de la rue une pièce qui avait tiré vers le 43 de la rue du Faubourg* Saint-Honoré où on croyait que se trouvait la troupe. L'autre pièce, sur la barricade de la rue Royale, a tiré le mardi seulement sur les maisons de la rue Royale 23 et 25.

On a mis le feu dans la maison que j'occupais, devant moi. Je l'éteignais à mesure qu'on l'allumait ; à la fin, un fédéré me dit : c Crapule, tu éteins le feu, je vais te f... une balle dans hi tète ; » je pris un sabre et me mis en mesure de me défendre. Un autre individu a dit plus tard : t Nous n'avons pas de pétrole; i un jeune officier a répondu : c U va en venir de la Bourse ; » il en est arrivé, puis on a pris les effets qui se trouvaient chez le concier^ qui était

540 PIÈCES JUSTinCATIYES.

taiHeor, ob les a enduits de pétrole et le feu y a été mis. Ud autre locataire, an ancien militaire, N. Àmould, a, avec moi, éteint le feu dans le bas de Tescalier, puis nous avons, en faisant des trous dans les murs, rejoint les chasseurs du commandant de Sigoyer, qui sont Tenus dans la maison pour tirer des fenêtres ; mais peu après le feu à la maison voisine prit une telle extension, qu'on ne Yît plus rien, et qu'il fallut descendre. Le feu consuma la maison TOisine et celle où nous nous trouTions.

If. Seger$t négociant en grains à Anvers, entendu à titre de renseignement : Je n'ai eu que de bons rapports ayec M. Mat il Ion pour le commerce de grains. 11 ne parlait pas politique, il gagnait 10 000 francs environ par an, quoique je ne connaisse pas son bilan, et il manifestait souvent le regret d'être condamné et le désir de se usliûer.

La séance est levée et renvoyée à demain, à huit heures et demie.

IL le commandant Romain prendra la parole.

M* Lesenne présentera la défense.

Le jugement pourra être rendu dans la journée.

Audience dm l êeptembfe.

La séance est ouverte à huit heures et demie.

La parole est donnée à M. le commandant Romain, commissaire du gouvernement.

N. le commissaire du gouvernement abandonne l'accusation relativement à l'immixtion sans titre dans les fonctions publiques civiles de chef de la comptnbilité du ministère de la marine et au port d'armes ; il demande la condamnation de l'accusé à l'égard des utres chefs d'accusation et notamment en ce qui concerne la complicité d'incendie volontaire de maisons habitées en provoquant à l'action, par abus d'autorité, des individus restés inconnus, en donnant des instructions pour la commettre et en procurant du pétrole ayant servi à l'action, sachant qu'il devait y servir.

M. le commissaire du gouvernement toutefois sollicite l'admission les circonstances atténuantes en faveur de l'accusé.

M* Lesenne, avocat, repousse le bénéfice des circonstances atténuantes; il demande l'acquittement de son client. Pour le fait de pillage reproché à l'accusa, il soutient que l'on ne peut y voir le crime de pillage en réunion et à force ouverte, et que, s'il était maintenu, il ne pourrait l'être que comme un simple délit pour lequel la prescripUon serait acquise. Relativement à la complicité d'mœndie relevée contre son client, il la l'opousse énergiquement et soutient que Malillon y est resté étranger.

PIÈCES JUSTIFIGÀTITES. 541

M. le président demande à l'accusé s'il a à ajouter quelque chose à sa défense.

L'accusé répond : c J'ai été l'objet d'une ordonnance de non-lieu en 1871, Dieu m'a donné la liberté. Je me suis Tolontairement présenté doTant vous; tous, que Dieu jugera aussi, yoyez ce que tous avez à faire.

L'accusé est emmené hors du prétoire.

Le conseil a écarté les faits d'immixtion dans les fonctions publiques et le port d'armes et a répondu affirmativement sur les autres chefs d'accusation.

En conséquence, V. le président a prononcé un jugement qui condanme Matillon aux travaux forcés à perpétuité.

La séance est levée à deux heures et demie.

Conformément à la loi, lecture du jugement est donnée au condamné devant la garde assemblée sous les armes et avis lui est donné qu'il a vingt-quatre heures pour se pourvoir en revision.

Le condamné dit à ce moment :

c Dans une heure j'aurai signé mon pourvoi en revision, car TOUS avez rendu un jugement inique, i

COHSSIL DE RiviSION.

Présidence de M. le général Bounxi.

Audience du 20 teptembre.

APFAIBB MAmiOir. — RBIET OU RBGOORS.

Deux moyens étaient soulevés par la défense : le premier était tiré de ce qu'un témoin aurait assisté à l'interrogatoire de l'accusé avant d'avoir déposé; le second, du fait qu'une ordonnance de nonlieu ayant été rendue, le 2 octobre 1871, en faveur de Matillon, il y a chose jugée et, tout au moins, les prétendues charges nou- Telles auraient dû être acquises et indiquées dans les actes introductifs de la poursuite antérieure.

M* Lesenne, avocat, a soutenu et développé ces deux moyens dans l'intérêt de Matillon.

M. le vicomte d'Arnauld, commissaire du gouvernement, a requis et conclu an rejet du recoiu*s.

S43 PIÈGES JUSTIFIGATITES.

Après une longue délibération, la Cour rend la décision suivante :

c Le conseil,

c Sur le premier moyen : '

c Attendu qu*il résulte du procès-Terbal des débats que le témoin Juin s'est introduit furtiTement dans la salle d'audience pendant Finterrogatoire de l'accusé ; que, sa présence y ayant été presque immédiatement signalée, il a été aussitôt réintégré dans la salle des témoins; qu'il est d'ailleurs constaté que pendant les très courts instants qu'il a passés dans la salle d'audience au moment de l'interrogatoire, il n'a pu entendre que quelques paroles sans importance;

c Attendu, au surplus, que l'observation des prescriptions de l'article 316 du Gode d'instruction criminelle à l'égard des témoins n'emporte pas nullité;

c Sur lé deuxième moyen :

c Attendu, en droit, qu'une ordonnance de non-lieu n'affranchit pleinement un inculpé de toutes poursuites ultérieures qu'autant qu'il ne survient pas de charges nouvelles; qu'au contraire, les nouvelles charges constituent une affaire nouvelle et que l'instruction, dans ce cas, ne porte point atteinte à l'autorité de la chose jugée et peut être reprise tant que le crime n'est pas couvert par la prescription.

c Attendu, en fait, que dans le dossier relatif à Tordonnance de non-lieu et ne contenant que sept pièces, il n'est fait aucune mention du procès-verbal d'enquête de U. llumann, officier de marine, résumant les charges graves qui ont motivé la condamnation do Matillon;

c Que, dès lors, il y a lieu de considérer comme constant que ce document important n'est parvenu à l'autorité militaire supérieure que postérieurement à l'ordonnance de non-lieu rendue le 2 octobre 1871;

ff Attendu que ledit procès-verbal, non produit dans la première information, fait mention de charges nouvelles qui, aux termes des articles 246 et 247 susvisés, justifient pleinement le second ordre d'informer en donnant aux faits de nouveaux développements utiles à la manifestation de la vérité;

c Que dès lors le conseil de guerre a été régulièrement saisi des laits de la poursuite par le second ordre d'informer, en date du 6 juillet 1872, ainsi que par l'ordre de mise en jugement, en date du 50 septembre 1872, complété par celui du 10 août 1878 ;

c Par ces motifs,

< Rejette à l'unanimité le recours formé contre le jugement du 3* conseil de guerre, séant à Paris, en date du 4 septembre courant. >

{Gazeiie des Tribunaux, 22 septembre 1878.) P. S. Vatillon, gracié et amnistié le 5 juin 1870, a publié sous le

titre Monnsur Maxime Du Camp et le minitière de la marine pendant la Commune, une brochure dont les principaux passages ont été reproduits dans le journal le VoUaire, le 26» le 27 et le 22 octobre 1879. Sa conclusion est que, dans Toeuvre de sauvetage, il a été le plus utile auxiliaire de MM. Mahé et Cazalis et en général de tout le personnel du ministère.

?M r;i:cES justmcatives.

IfUMÊRO 2.

Réçidsltioiis.

Le7afrUi871.

Réquisitionnné, de la maison Rowel et Racine, 160000 kilogrammes de charbon.

Réquisitionné de la maison veuve Maisonnet : 75 enveloppes, 1 bouteille d'encre, 6 cahiers de papier in-4*, 1 canif, 1 grattoir, 1 flacon gomme, i encrier, 16 carnets, 1 registre répertoire, 1 paquet gomme à enci*e, 6 mahis de papier, 1 boite de plumes, 12 a'ayons, 12 porte-plumes, 4 règles, 6 registres.

Réquisitionné 124 mètres et aminé toile pour pavillon (Magasin du Louvre).

— 6 pommelles, i douzaine aiguilles, 3 écheveaux

de ûl (Moriceau et fils).

— 1 coffre-fort (Dclarue).

— 15 mètres toile (Georges et G**).

^ 6 pinceaux, 500 grammes éponges, 6 balais,

6 lave-places (Rennes).

— 6 kilogr. 550 ligne de cordonnet de pavillon (Thi-

phaine et Bourdonneau).

— 5 kilogr. de bougies, 150 kilogr. de sucre (Saus-

soy).

— 2 crics simples (Chouanard frères).

— 1 longue-vue, 3 jumelles (Colombi fils).

Pris au magasin de la rue du Bac tous les outils du maître charpentier.

Réquisitionné chez le citoyen Renard, chapelier, pour fournitures désignées ci-dessous :

— 6 sabres marins n* 1 , à 65 fr. . . . 390 h^

— G — n» 2, à 60 fr. . . . 360

— 4 — n» 3, à 45 fr. ... 180

— 11 sabres infanterie, à 40 fr 440

— 3 épées (commissaire et docteurs), à

50 fr 150

Réquisitioimé 1 casquette commandant 55 fr*

— 1 — capitaine 50

— 2 — lieutenant, à 27 fr 54

— 1 — docteur-major .#.... 30

— galon pour commandant 55

— 1 paire aiguillettes, or fin 130

— 2 paires aiguillettes, or fin, mélangées,

à 65 fr 130

— boutons argent et or 10

— ancres argent et or 9

— 14 dragonnes, or fin, à 16 fr 224

— 1 — — gros grains, offi-

cier supérieur 50

(Pièce appartenant au minUlére de la marine.)

1*IËG£S JUSTIF1GAT1?£S.

> U floUiUe 4e U Bêlnm d'arborer le reoge à ohaqoe bateau el inr ebaqne poatoa.

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