SECTION I
Etat actuel des Coopératives de reconstruction
Malgré les louables efforts de leurs membres et les eucouragements qui leur furent prodigués, les coopératives de reconstruction sont loin d'avoir réponäu aux espoirs fondés sur elles. Nous en avons déjà dit quelques mots. La majorité d’entre elles est réduite à une impuissance presque absolue. Tantôt elles n'ont qu'une existence nominale sans aucune activité extérieure. Tantôt, malgré leur ardent désir d'action, elles se heurtent à des difficultés multiples dont la plus fréquente est le mauvais vouloir des entrepreneurs ; ceux-ci discutent leur validité et leur régularité de constitution, refusent d'accepter certaines clauses de leurs statuts et ne consentent à passer avec elles que des marchés onéreux.
On pourrait prolonger sans fin le récit des multiples aventures survenues aux coopératives les plus honorables. Nous ne croyons pas devoir donner plus d’ampleur à cette partie de notre étude, Tous ceux qui ont quelques attaches dans les régions dévastées connaissent trop cette triste situation. Ceux qui voudraient
acquérir à cet égard une documentation étendue n’auraient qu'à procéder à une rapide enquèle locale et à écouter les doléances des intéressés.
Il est seulement un point que nous estimons devoir exposer plus longuement. Il vise les spéculations multiples auxquelles les regions libérées ont donné lieu. Des agents d’affaires sans scrupules sont venus dans nos pays en ruines, ont constitué des coopératives de reconstruction, ils s’en sont fait nommer directeurs, administraieurs ou gérants, et ont alors passé, pour le compte de cette coopérative, avec des entrepreneurs dont ils étaient les hommes de paille ou desquels ils recevaient de fortes commissions, des marchés léonins. Is s'éclipsaient ensuite, laissant les coopératives sortir comme elles pouvaient d'une situation embarrassée, souvent mortelle pour elles. De pareils abus sont navrants et d'autant plus condamnables qu'ils ont pour victimes nos malheureux sinistrés, dignes, plus que tous autres d’égards et de pitié.
Le résultat de cet ensemble de maux fut de détourner des coopératives de nombreux sinistrés. Ces derniers ne donnent pas leur confiance à un organisme impuis- : sant el dangereux, dont ils ont d'ailleurs facilement tendance à exagérer les inconvénients sans en reconnaitre les mérites. Leur méfiance est cependant quelque peu légitimée par les scandales auxquels nous avons si souvent assisté. Si l'on ne met pas ordre rapidement
à cet état de choses désastreux, les coopéralives, sui-
vant en cela le sort des travaux d'Etat, seront à jamais discréditées dans l'opinion publique des sinistrés. Une fois encore on aura, par imprévoyance ou négligence, laissé échapper à jamais ce qui pourrait être la planche de salut.